Ron Mueck à la fondation Cartier

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Ron Mueck:  Couple under Umbrella  (2013) Fondation Cartier, Paris

 

 

Huit ans après un premier triomphe Ron Mueck est de retour à la fondation Cartier où cette fois encore il déplace la grande foule. L'exposition de Ron Mueck de 2005 a été le record de fréquentation du lieu. Cette fois trois sculptures ont été élaborées spécialement pour cette manifestation dont le couple de géants du troisième âge au parasol.

 

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Les sculptures de l'artiste sont hyperréalistes dans la lignée de celles de Duane Hanson mais alors qu'Hanson avait le souci de documenter son époque avec une volonté bien affichée de critique sociale, rien de tel chez Ron Mueck, si ces créatures semblent pouvoir à tout moment parler et prendre la fuite, il ne sont pas à notre échelle, tantôt géant, tantôt lilliputiens. En outre certains sont placés dans des situations incongrues comme cet homme nu dans une barque qui n'est pas à son échelle ou cette femme nue au prise avec un fagot géant.

 

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l'homme dans sa barque

 

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Que signifie ces visions qui parfois semblent sortir d'un rêve ou plutôt d'un cauchemar car Ron Mueck semble affectionner la laideur. Telle cette femme visiblement du lumpen prolétariat qui porte son enfant, aussi moche que sa mère, sur son ventre (voir immédiatement ci-dessous).

 

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Un film est projeté au sous-sol de l'exposition. Il montre comment l'artiste travaille, seulement aidé de trois assistants. On y voit que Ron Mueck est un modeleur prodigieux. C'est à partir d'un modelage qu'il élabore toutes ses sculptures ensuite c'est une longue élaboration qui demande une patience de bénédictin.

Alors que toutes les sculptures sont soit posées au sol soit sur des socles, une est accrochée au mur. On peut y voir une variation de l'image du christ. Dans ce cas Ron Mueck doit être un des rares humain à avoir imaginé le christ sur un matelat pneumatique flottant dans une piscine...

 

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Le résultat est spectaculaire mais la finalité de cet extraordinaire savoir faire reste pour moi mystérieux. Le poulet mort et plumé pendu par les pattes d'une hauteur de plus de deux mètres m'a laissé particulièrement dubitatif (ci-dessous le poulet vu du jardin).

 

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Paris, aout 2013

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ismau 26/08/2013 17:36

Pourquoi douter plus de Ron Mueck que de ses collègues contemporains ( ou que d'un ancien comme lucas Signorelli, que j'aime aussi beaucoup ) ?
Peut-être à cause du côté fascinant, apparemment d'accès trop facile . Mais est-il pour autant moins intéressant, ou moins profond ? Je ne crois pas.
En tous cas, je ne lui reprocherais pas d'affectionner la laideur, pas plus qu'à Duane Hanson, son propos étant en effet différent . Pour moi, ses personnages ne sont pas  moches  du
tout, mais simplement ordinaires, et parfois vieillissant ou fatigués, ce qui est le cas de la femme pauvre portant son enfant à qui je trouve même une certaine beauté.
Je pense que son propos est de questionner notre regard sur les individus que nous sommes, et sur le tragique de la condition humaine . D'où le changement d'échelle, essentiel pour réactiver
l'acuité de notre regard sur ces corps à la fois proches, ordinaires, et tout à fait étranges . D'où les mises en situation incongrues. D'où le parallèle avec la condition animale, toute aussi
effrayante sinon ordinairement plus que la nôtre : le poulet suspendu comme à la torture .
Ce tragique est consommé avec l'humoristique et si terriblement dérisoire Christ sur matelas pneumatique, que je ne connaissais pas, et que je trouve excellent .
Je n'ai pas vu la précédente exposition de la Fondation Cartier, et pas encore celle-ci . Son Géant nu recroquevillé dans un coin, à l'air si malheureux, découvert par hasard dans une autre
exposition il y a longtemps, m'avait fait une très forte impression .

lesdiagonalesdutemps 26/08/2013 18:10



Merci pour cet excellent commentaire. Je ne doute pas de Ron Mueck, mais je n'adhère pas à son parti pris de laideur. Etant vieux et pas très intelligent je préfère voir en finissant de belles
créatures (les fessues de Signorelli par exemple) cela sans doute au détriment de l'intelligence du propos.


Mais je dois dire que par exemple je n'ai pas compris ce qu'il y a derrière le petit homme nu dans sa grande barque. C'est sûr que BHL aurait une idée la dessus (voir ses délirants cartouches de
son expo à la Fondation Maegh) moi je suis seulement intrigué. Ce qui n'est déjà pas si mal. Il y a pour moi quelque chose de fascinant à passer si longtemps (il faut absolument voir le
documentaire sur le minutieux travail de l'artiste qui est projeté dans l'exposition, par ailleurs il ya un dvd disponible de ce film)  à élaborer une oeuvre aussi moche que cette pauvresse
avec son horrible lardon qui est par ailleurs une oeuvre d'une force indéniable. Je suis bien de votre avis qu'il veut nous forcer à regarder cette laideur mais en ce qui me concerne je ne veux
pas la voir, d'ailleurs pour fuir les individus de cet acabit qui encombrent rues et transports je ne vais pas tarder à allez revoir la mer. Je tourne le dos à la terre et je me met face à la mer
- reposant - c'est une sorte de cure de désintoxication.


Je vous remercie de votre reflexion sur le poulet, je n'y avais pas pensé. Pourtant je suis sensible au sort des poulets (je crois qu'en fait celui là est un coq). Je ne mange que ceux dont on me
garantit (je ne suis pas dupe, on me ment) qui ont courru et je n'achète des oeufs que de poules heureuses, enfin que je suppose telles. Il faut dire que la situation du poulet me préoccupe
beaucoup plus que celle du syrien moyen (j'écris cela car j'ai peur de n'avoir pas le temps d'écrire un billet sur notre ridicule vélléité d'intervention militaire en Syrie...).