Reviens-moi

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Une question que se pose un nombre d’écrivains dont l’oeuvre est adaptée au cinéma, sans parler des malheureux scénaristes, est-ce qu’une bonne histoire peut résister à une mauvaise mise en scène? Reviens moi permet de répondre à cette angoissante interrogation qui taraude aussi bien les professionnels de l’écritures que les producteur et bien la réponse est oui. Ce qui va j’en conviens à l’encontre de la doxa, en France et seulement dans cette contrée, en cours depuis la Nouvelle Vague, qui veut que la mise en scène ait la primauté sur le scénario. Loi, bien discutable qui a fait des ravages depuis un demi siècle dans le cinéma français depuis un demi siècle. Il faut néanmoins ajouter que les péripéties du récit peuvent palier à l’ incurie du réalisateur à condition que celles-ci soient incarnées avec talent, ce qui est heureusement le cas dans “Reviens moi”.

 

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“Reviens moi” est au strict sens du terme, un cas d’école. En effet il faut souhaiter que le film soit projeté à tous les élèves des écoles de cinéma pour leurs montrer ce qu’un réalisateur ne doit jamais faire! Pas une scène qui ne soit pas étirée jusqu’à en perdre toute pertinence, pas un effet de montage qui ne souligne pas lourdement un événement, pas une image attendue qui n’arrive pas... Joe Wright, jusque la connu pour son premier film “Orgueil et préjugé dont il a reconduit une grande partie de l’équipe, dans son deuxième opus  veut absolument que sa mise en scène se voit. La caméra virevolte, plonge, s’élève... pour mieux nous montrer son impuissance à faire autre chose que de la laborieuse illustration et puis que de travellings inutiles qui ne dynamisent en rien l’action. A croire que cette visibilité forcenée n’est là que pour prouver au producteur que son argent n’est parti en oiseuses bamboches.

 

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Certaines scènes virent à l’ obscène comme ce grotesque ballet d’infirmière, on s’attend à ce qu’elles entonne une guillerette chansonnette sur les joies de vider les bassins, lorsqu’on apporte les grands blessés dans un hôpital londonien, mais non le plan suivant est sur de la bidoche humaine calcinée qui sera bientôt suivi un autre sur un crâne fracassé. Le cinéaste a semble-t-il un plaisir à filmer frontalement les blessures les plus horribles possible, jouissance largement partagée dans sa profession; soyons magnanime et imaginons que c’est pour rendre hommage au travail des maquilleuses...

 

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Le summum  du grotesque est atteint avec la fastueuse reconstitution de l’attente des troupes britanniques avant leur hypothétique embarquement à Dunkerque. Certes on pourra me dire que les extravagances de certaines séquences sont validées par le retournement final (je ne peux en dire plus sans gravement déflorer l’histoire), mais où le bât blesse c’est que nombre de morceaux du film, aussi pénibles que peu crédibles, ne rentre pas dans cette habile astuce scénaristique telle la plombante prestation de Jérémie Rénier en agonisant français. Cette scène parfaitement inutile me fait m’interroger sur l’adaptation de Christopher Hampton pourtant vieux et talentueux routier de l’adaptation, connu notamment pour celle des Liaisons dangereuses pour Frears. On l’a connu beaucoup mieux inspiré. Il a pour “Reviens moi” oublié la règle première de l’adaptation cinématographique, surtout quand il s’agit de celle d’un roman aussi copieux que celui de McEwan (http://www.evene.fr/celebre/biographie/ian-mcewan-14972.php), qui est de dégraisser le récit jusqu’à l’os. Ce n’est pourtant pas les exemples d’adaptation cinématographique des œuvres de cet écrivain qui manquaient à Hampton. McEwan qui déclare: << une adaptation au cinéma d’un livre est en quelque sorte une entreprise de démolition. Il faut réduire une œuvre de 130 000 mots à un scénario de 25 000 mots.>>. Ces propos n’empêche pas qu’il exerce une grande séduction sur les cinéastes puisqu’il a été adapté par ordre chronologique par Richard Eyre (The Ploughman's Lunch), Wolfgang Becker (Schmetterlinge), Paul Schrader (Etrange séduction), Andrew Birkin (Cement Garden), John Schlesinger (The Innocent) ou Roger Michell (Délire d'amour). Je vous recommande particulièrement le cruel chef d’oeuvre méconnu  d’Andrew Birkin, “Cement garden”. 

Le plus éprouvant pour le spectateur reste l’omniprésence de la sirupeuse musique de Dario Marianelli qui surligne chaque expression des acteurs, chaque événement... Pour un tel film il faudrait prévoir lors de sa sortie en dvd, une touche pour désactiver la musique.

 

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Malheureusement pour Wright il se trouve qu’à cause de l’époque à laquelle se déroule l’intrigue, la classe sociale où elle se déroule, du drame au cœur du récit et de son ambiance générale on est amené à comparer sa mise en scène pachydermique à celle de Jean Renoir pour “La règle du jeu”, d’ Anthony Minghella pour “Le patient anglais, d’Altmann pour “Gosford park”, de Joseph Losey pour “Le messager ou de James Ivory pour “Retour à Howards end” autant de films qui vont du chef d’oeuvre au bon film et dont la mise en parallèle avec “Reviens moi” est désastreux pour celui-ci.

 

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Il reste que le film m’a apporté le plaisir de revoir la grande Vanesa Redgrave. On retrouve aussi  Romola Garai, l'héroïne de “Angel” de François Ozon. Et de découvrir un comédien aussi joli que talentueux, James Mac Avoy. Si malgré cette critique vous allez voir le film repérerez vous les apparitions très fugitives d’ Anthony Minghella, le réalisateur≤ entre autres du  Patient anglais auquel le film fait parfois penser (malheureusement en beaucoup moins bien) et des français Lionel Abelanski et Michel Vuillermoz.

Le film a été nommé dans 7 catégories aux Golden Globes 2008. Il a décroché deux prix lors de la conférence de presse (qui tenait lieu de cérémonie cette année) : Meilleur film dramatique et Meilleure musique pour Dario Marianelli; les votants devaient être sourds!

 

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S’il n’est pas indispensable de voir “Reviens moi”. Il est très recommandé de lire le roman de McEwan “Expiation “ www.ratsdebiblio.net/mcewanianexpiation.html (éditions Folio Gallimard) dont il est tiré, bien malmené par cette malencontreuse adaptation.

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