Résidence des étoiles d'Angelo Rinaldi

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 


.9782213642826_G“Résidence des étoiles” nous fait parcourir une vie, celle de Marc-Antoine, narrateur de cette réminiscence qu’est tout le roman, personnage typiquement rinaldien qui s’efface derrière les figures hautes en couleurs qui ont traversé sa vie. Marc-Antoine revient, à l’occasion d’un rendez vous avec un chirurgien qui doit l’opérer, dans un quartier du 17 ème arrondissement de Paris où il a vécu à son arrivée à Paris dans de ces impasses appelées “villas” dans lequel depuis s’est installé un mouroir pour séniles fortunés, “La résidence des étoiles qui donne le titre au roman.
Angelo Rinaldi sait comme nul autre, faire surgir d’une description méandrique, un événement qui cueille le lecteur. De ce fait capital ou plus souvent minuscule l’auteur sait, avec une justesse inouïe évoquer le ressenti de son héros et par la même émouvoir le fébrile tourneur de pages que nous devenons à mesure qu’avance cette immersion dans la mémoire d’un homme. L’auteur rend palpable des sentiments aussi intimes que secrets, tel le soulagement à la mort d’un père, vu comme un obstacle à l’amour de la mer, ou encore le bonheur de voir apparaître, une tante aimée, sur le quai d’une gare qui fleure bon l’ eucalyptus...
Cette remémoration de la vie de Marc Antoine est émaillé de réflexion, presque des maximes, mélancoliques comme celles-ci: << Mais le remords est sans prise sur le passé; il dissimule une ruse, une tentative de rachat de soi par soi-même, un chatouillement de la sensibilité qui tourne à la complaisance, si ce n’est au plaisir, quand il n’y a jamais de réparation possible.>>, << Trop de choses, trop de gens dans une existence, et presque pas d’événements, sinon la sortie en fanfare, dans la douleur, pour presque tous.>>, << Certaines personnes, on les voit toujours sous l’aspect où on les a connues quand on était enfant; on les espère aussi immuables que les étangs à l’horizon, sans se rendre compte que les années, nous poussant tous aux épaules, nous ont précipités dans l’âge qu’elles mêmes atteignaient lorsque nos jours se confondaient encore.>>, << Pour nous tous, quels seraient les témoins? Un jour, notre cœur a débordé de gens pour lesquels nous étions la dernière chance, et à leur mort nous allions les décevoir autant que nous l’avions fait leur vie durant.>>. Avec ces quelques extraits on mesure le plaisir très rare que la beauté de chaque phrase apporte au lecteur...
Je ne pense pas que ce roman, et même en général l’oeuvre d’Angelo Rinaldi soit faite pour les tendrons ou tout du moins pour ceux qui n’ont pas encore eu le temps de ressentir une nostalgie d’avoir appartenu à une tribu ou même, celle plus pernicieuse d’avoir désiré en être sans réussir à complètement l’intégrer, tribu aujourd’hui dispersée aux quatre vents et dont les membres font irruption dans nos songes en raison d’un détail fortuit qui soudain fait émerger tout un monde des limbes de la mémoires où jusque là, il demeurait tapi. Les romans de Rinaldi sont souvent les regrets de ce qui n’a pas été...
Deux veines irrigue l’oeuvre du romancier, l’une que l’on qualifiera de parisiano - cosmopolite et l’autre, plus importante, à laquelle appartient “Résidence des étoiles”, et qui comporte ses meilleurs livres, à défaut d’être les plus surprenants, que j’ appellerais parisiano - corse, bien que l’ile, dont le romancier est natif, ne soit jamais nommée. Tout comme Patrick Modiano, Rinaldi semble écrire plus une fresque qu’une suite de romans unitaire d’ailleurs on retrouve de livres en livres certains personnages même s’ils arborent des patronymes différents.
Le narrateur, celui qui se souvient, personnage récurrent de toute la geste rinaldienne, est le plus souvent un garçon un peu timoré qui est monté à Paris de sa contrée insulaire. Un homme timide dont l’âge avance concomitamment à celui du romancier, est demeuré plus un spectateur qu’un acteur de sa propre vie, doté d’un destin inaccompli par rapport aux espoirs que certains mettaient en lui. Il y a un masochisme chez Rinaldi à donner vie, de livres en livres, à un double médiocre, à quelqu’un qui ne serait pas parvenu à s’imposer dans la comédie parisienne.
Tout comme chez Modiano on y parcourt  des quartiers de Paris un peu en marge dans lequel s’ épanouit un demi-monde pittoresque. Il y a presque toujours, dans cette province parisienne quelques animaux qui parfois servent d’ intercesseurs entre les hommes....

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xristophe 18/05/2014 23:37

Encore une question à l'érudit B.A : me diriez-vous d'où sort "le témoignage de Joseph Pollini, ancien camarade d'école" d'Angelo Rinaldi ? (c'est dans votre billet du 2 octobre 2013) (J'y laisse
tellement de bavardages, que j'ai déplacé cette question ici...)

lesdiagonalesdutemps 19/05/2014 07:07



J'ai trouvé ce témoignage sur la toie mais je ne peux pas vous en dire plus ni si elle y est encore. Elle n'était pas plus longue que ce que j'ai transcrit.