regard sur Parti pris de Renaud Camus

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Comme je ne peux pas chroniquer tout ce que je lis, vois ou entend, n'en n'ayant ni le temps ni le talent, je jubile lorsque qu'un confrère blogueur se fend d'un article que j'aurais aimé écrire, même si, en admettant que j'ai l'aisance de plume de l'auteur dont je rapte le billet, la tonalité et l'angle d'attaque aurait été différent si j'avais donné mes sentiments sur le même sujet. C'est le cas pour cette réflexion sur un des dernier tomes du journal de Renaud Camus, auteur que j'ai délaissé ces derniers temps, ce dont je culpabilise un peu, découverte à cette adresse:http://limbo.over-blog.org que je vous recommande de visiter. La liberté de ton, la culture et l'intelligence émanent de chaque billet hébergé sur ce site. L'auteur est un neurologue entre autres fin observateur de la vie gay...   

 

 

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Comme l’an dernier, c’est avec les quelques volontaires de l’AMG qui avaient répondus présents, en quatorzième position juste devant le « char » de Aides, que j’ai fait ma vingtième gaypride parisienne, marche rendue quelque peu pénible par une tendinite du jambier postérieur qui s’était réveillée au lendemain d’un jogging. Nous étions trop peu nombreux pour être vraiment visibles, certain d’entre nous, surtout les « psy », semblant préférer éviter d’être identifiés en tant que « gays » par leurs patients. Un peu moins de monde que les autres années m’a t’il semblé, mais il est difficile de se faire une idée de la mobilisation de l’intérieur du défilé, ainsi qu’une moindre couverture médiatique, l’évènement s’étant trouvé éclipsé par l’adoption du mariage gay par l’état de New York. J’ai du quitter la marche avant l’arrivée de la queue du cortège place de la Bastille pour me rendre avec Bertrand à l’invitation de deux de nos amis qui fêtaient à Boulogne leur 30 ans de vie de couple, un de ces couples qui n’envisageraient certainement pas de «se marier» mais qui feraient sûrement leur un des slogans: « le droit de ne pas se marier ». Ce genre de soirée où le champagne coule à flots n’autorisant pas à prendre sa voiture, le métro ayant fermé ses portes et les taxis introuvables un samedi soir, il ne restait plus à ceux qui voulaient goutter les dernières miettes de l’ambiance folle qui règne dans le marais un soir de gaypride qu’à se saisir d’un vélib Porte de Saint Cloud, pour parcourir avec entrain en moins de 30 minutes, les quelques kilomètres qui nous séparaient des bars pour avaler la bière de trop avant de galérer pour trouver un autre vélib en état de marche et tenter de regagner son domicile.

Le réveil, dans une atmosphère de plus en plus chaude, fût plutôt difficile. Une bonne occasion pour rester chez soi et s’emparer, laissant tomber comme à mon habitude toutes les autres lectures en cours, du journal de l’année 2010 de Renaud Camus, « Parti pris ». Quelle ne fût pas ma surprise de découvrir mes nom et prénom, même mal orthographié pour le premier, aux pages 53 et 54, à propos d’une de intervention, exceptionnelle car on ne s’aventure qu’à ses risques et périls dans le petit cercle des adorateurs, que j’ai pu faire sur le site de la "Société de ses lecteurs". Certes cela m’était déjà arrivé, mais sous le nom de mon pseudonyme « hyperion ».
Je n’en suis qu’à la moitié de l’ouvrage, aussi serait il sans doute prématuré d’affirmer que je le trouve plus apaisé que les précédents, ses obsessions un peu moins envahissantes (un peu seulement), on peut même y trouver ici où là des appréciations positives. J’ai lu avec un vif plaisir les pages que consacre l’auteur à « l’éreintement élogieux » de son journal par un certain Pierre Le Coz et où il est question de son homosexualité, si absente de son journal depuis des années alors quelle fût un des thèmes majeurs de ses premières œuvres, « Tricks » bien sûr mais surtout les « Notes et Chroniques achriennes» et « Buena Vista Park ». Ce dernier se livre à une « psychanalyse » de l’œuvre : « Il y a à l’œuvre dans les livres de Renaud Camus une sorte de devenir-Nadine-de-Rothschild de leur auteur (sinon de devenir-Pascal-Sevran) : être, dans tous les domaines, l’arbitre des élégances, des codes, des gestes et du « ce-qu’il-faut-penser-de » - y compris dans le domaine intellectuel, littéraire........et c’est l’irruption de Nadine de Rothschild dans la sphère artistique. Ce kitsch en réalité est lié à l’homosexualité – il n’est pas une faute de goût, il est une posture sexuelle. Nadine, en effet, entre deux réceptions, deux avis sur les bonnes manières, ne dédaigne pas d’aller se faire enculer dans les back-rooms, et d’en revenir « les chaussures couvertes de foutre ». La quasi-totalité des lecteurs de Camus lui font reproche de ces passages « hard », mais ils ont tort : cette « pornographie » est absolument nécessaire à l’économie du journal, nécessaire parce que constituant un des pôles de la structure du désir camusien, où l’écart doit être maximum entre le Renaud des back-rooms et la Nadine des salons ».

Nadine est convoquée là où l’on aurait attendu Charlus. L’homophobie de cette interprétation, Renaud Camus en fait la démonstration en rappelant qu’il n’ a cessé de dire qu’avoir une bite à la main (ou ailleurs) ne pouvait excuser « l’incivilité » (citation en fin de billet), est renforcé par son anachronisme, le sexe étant le grand absent de son journal depuis dix ans que l’auteur a rencontré Pierre.
Cette « pornographie » était peut être en effet nécessaire à l’économie du journal, mais pas du tout dans le sens où l’entend Le Coz. Je ne fais pas partie de ceux qui ont fait le reproche de ces passages « hard », bien au contraire. Ils contribuaient à un certain équilibre, la place laissée libre ayant été envahie par la récurrence des obsessions de l’auteur et par ses « folies » de substitution : « La folie de la peinture m’habite entièrement, comme a pu le faire un moment celle de la photographie.... ; et comme l’a fait longtemps celle du sexe, ou du désir, ou de l’amour, où de l’espérance (celles là, je les ai réglées de la plus brillante façon)». On pourrait même avancer l’hypothèse que la fin de son vagabondage sexuel, privant l’auteur des multiples fenêtres sur la diversité du monde, a précipité le repli sur soi et l’accentuation de sa misanthropie.

"D'évidence, Le Coz me lit un peu distraitement, au moins en ce qui concerne l'homosexualité. Il écrit qu'il me faut, ou plutôt qu'il faut à la Nadine que je suis, "l'écart maximum" entre les salons (que je ne pratique guère, mais ce cliché est familier) et les back-rooms, qui seraient pour moi, d'après lui, "le lieu même de l'informe et de la profanation", où les formes qui me sont chères, ou si chères à la Nadine qui est en moi, seraient autant que possible rudoyées, ravagées. Manifestement il a dû sauter, par dégoût, tous les passages sur les back-rooms, dans mon journal - car ce que j'y déplore sans cesse, c'est exactement ce qu'il dit que j'y recherche : la violence, la méchanceté, la brutalité, le défaut de gentillesse et de courtoisie. J'ai écrit deux mille fois que je ne voyais pas pourquoi il fallait au sexe un statut spécial et pourquoi devenait caduc, à son approche, tout ce qui rend supportable la vie civile : la délicatesse, la bonté, l'in-nocence. J'ai dit aussi souvent que j'en ai eu l'occasion à quel point la profanation, et la rasoir transgression bataillienne, n'étaient pas mon affaire. Bien loin que j'étais de rechercher "l'écart maximum" entre la vie sociale et la vie sexuelle, c'est au contraire l'écart minimum qui m'a toujours semblé un idéal."

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ismau 26/03/2013 17:24

Je trouve très regrettable que l'idée répandue de la supposée beauté incontournable de Guibert vienne faire écran à l'appréciation de ses qualités d'écrivain . De même pour la supposée exploitation
de sa maladie .
D'abord je ne le trouve pas si beau ... vers 25 ans Renaud Camus ou Le Clézio, étaient aussi beaux (sinon plus à mon goût ), idem pour Gilles Barbedette, et beaucoup d'autres jeunes écrivains .
Ceux qui sont morts jeunes sont plus beaux que ceux qui vieillissent ...
Hervé Guibert a souvent un visage ou une attitude démodée, un peu ridicule sur les photos . C'est encore pire en vidéo : voir la vidéo en ligne du prix à Cannes en compagnie de Chéreau en 84, ou
celle d'Apostrophe en 85 où il est reçu pour "Des Aveugles" . Il est chaque fois terriblement timide, visiblement mal dans sa peau, et très mal à l'aise . Ce n'est vraiment pas l'attitude de celui
qui serait sûr de sa beauté, et de son pouvoir de séduction . D'ailleurs, quand on le lit, c'est justement un complexe sur son physique qui est central, depuis son plus jeune âge, présent dans tous
ses écrits : l'anomalie congénitale de son torse ne cesse de le hanter .Il refuse de se montrer, il refuse de se déshabiller, il est toujours mal à l'aise en société, il attire peu ou pas du tout (
tout le contraire d'un séducteur ), il est très solitaire .
Ce qui le préoccupe essentiellement,c'est son oeuvre, son écriture, qui existe effectivement bien au delà de l'apparence de son auteur . C'est d'ailleurs à mon avis une oeuvre majeure de notre
époque, qui n'a pas encore la place qu'elle mérite .

Je ne suis pas d'accord non plus pour la sécheresse de coeur ( mais peut-être faut-il s'entendre sur les mots ) . Ses écrits expriment au contraire, avec violence, le malheur de vivre avec une trop
grande sensibilité, et susceptibilité aux autres . Un coeur sec ne souffrirait pas autant .
Quant aux témoignages posthumes de ses amis, ils insistent particulièrement et paradoxalement, sur sa gentillesse, ses attentions délicates, sa fidélité aussi . Ceux qui sont un peu plus critiques,
ne le sont pas trop ( Mathieu Lindon, Bernard Faucon, Chéreau ) et je sais aussi qu'ils ont quelques comptes à régler .

lesdiagonalesdutemps 26/03/2013 17:38



J'ai rencontré Hervé Guibert lorsqu'il est arrivé à Paris et il était sublime mais effectivement mal dans sa peau. Je trouve que le portrait qu'en fait Claude Arnaud est très juste. Pour avoir
beaucoup photographié, mais malheureusement pas Guibert je me méfie des photos certaines personnes peuvent être très belles et pas photogénique en particulier si elles ont un visage mobile. Je
suis tout à fait d'accord avec vous quand on lit Guibert on voit qu'en effet il a un complexe envers son physique mais j'ai connu un garçons très beau qui développait le même genre de complexe,
qui est pour moi inexplicable. Je pense qu'il attirait peu en raison d'un formidable égocentrisme qui lui aussi transparait nettement dans ses écrits d'où ma réserve. Il est difficile en ce qui
me concerne d'adhérer à ses livre autobiographyque dans le personnage m'est antipathique. Vous avez raison ses ami semble avoir de beaux souvenir de lui en tous cas pour Bernard Faucon avec
lequel j'ai parlé entre autres de Guibert.


Si je ne suis pas un inconditionnel de cet écrivain, je ne le suis d'aucun artiste je crois, je pense comme vous que c'est un écrivain important dans les lettre française de la deuxième moitié du
XX ème siècle qui en compte assez peu.



ismau 25/03/2013 18:27

J'ai lu avec grand intérêt ce billet, et aussi dans la foulée, les vôtres, me donnant envie de lire sans tarder le vénérable Renaud Camus .
Pour le moment, je ne le connais malheureusement que très superficiellement : à travers la lecture d'extraits de son Journal romain, à travers son site, à travers une très rare mais mémorable
apparition télévisuelle .

Ce qui me donne envie de commenter tout de même, c'est ce sobriquet bien trouvé de "Nadine de Rothschild", qui me renvoie à un autre sobriquet encore plus incongru, celui donné par Hervé Guibert à
Renaud Camus en 1988 . Il s'agit de "Quickly", qui apparaît à plusieurs reprises dans "l'Incognito", le roman de son séjour à la Villa Médicis . Mais alors que tous, dans cette méchante farce, en
prennent pour leur grade, Quickly-Camus est plutôt épargné, ce que je ne peux m'empêcher de regretter .
Je crois que Renaud Camus a traité cette histoire avec le même mépris qu'il réservait à son auteur .
Par contre ses amis, vexés, expriment encore leur agacement au ridicule de ce sobriquet . Ils vont surtout jusqu'à prétendre qu'Hervé Guibert a osé copier le Journal romain du maître ; ce qui n'a
pas de sens bien sûr.

lesdiagonalesdutemps 25/03/2013 20:25



Je ne suis pas un grand fan d'Hervé Guibert même si j'ai lu à peu près tous ses livres. De même je suis assez réservé sur Renaud Camus même si j'aime beaucoup certains de ses écrits alors que
d'autres m'agacent particulièrement (je pourrais à peu près dire la même chose de Guibert) en particulier ceux qui se rapporte à sa mère, une parfaite imbécile. Ce qui me gène le plus chez ces
deux écrivains c'est la sécheresse de leur coeur. Guibert me parait être le parangon du coeur sec. Ce que j'admire chez Renaud Camus c'est surtout ses propos sur la peinture. Je suis rarement en
désaccord avec lui (sauf pour Twombly). Et puis je suis jalous de sa mémoire en ce qui concerne les tableaux. En effet Renaud Camus n'a pas à se plaindre du traitement littéraire que lui a
infligé Guibert qui s'aimait trop pour ne pas mépriser quiconque. Il serait intéressant de connaitre l'opinion d'un lecteur de Guibert qui n'aurait jamais vu à quoi il ressemblait. Je ne peux pas
m'empêcher de penser que la réception de ses oeuvres devait beaucoup à sa beauté puis au saccage de celle-ci...