Real Human

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

real-humanArte diffuse en ce moment la deuxiéme saison de la série Science-Fiction suédoise intitulée Real Human (la première saison est déjà disponible en dvd). 
Imaginez un monde très proche du notre où vous pourriez vous acheter un hubot (human robot): un androïde fait à l’image de l’homme, créé pour le servir… dans tous les sens du terme. Il fait un ouvrier infatigable, un domestique souriant, un jardinier zélé, un coach personnel motivant… et un amant potentiel (si on bidouille un peu la mécanique). Mais est-ce vraiment de la science-Fiction lorsque l'on sait qu'il y a déjà deux robots humanoides qui accueillent à Tokyo les clients dans les boutiques de téléphonie Softbank, une sur Ginza l'autre sur Omotesando. Softbank est le promoteur de l'opération mais les hotesses mécaniques sont fabriquées en France... Revenons à la série. Vous vous doutez bien que tout ne va pas aller pour le mieux dans ce meilleur des monde suédois... Une phalange de ces hubots se rebelle.

Le grand intérêt de la série, c’est de faire réfléchir sur notre rapport aux nouvelles technologies qui passent progressivement de l’objet utilitaire à objet de transfert affectif voire objet de désir (sinon comment expliquer les queues devant les magasins Apple?). Conçus comme des compagnons à part entière, les hubots deviennent de meilleurs amis et de meilleurs maris que les êtres humains par leur disponibilité et leur patience. Faut il en déduire qu’ils méritent autant de droits qu’un véritable humain ? C’est la question fondamentale de la série. Cette question était déjà posé par Isaac Asimov dans certains de ses romans et cela dès les années 50.

La série à la grande intelligence de poser des questions morales et éthiques: lors d’une soirée entre copines, un des personnages, rétive aux hubots, voit une jeune femme embrasser goulûment son hubot et même se laisser peloter par lui. On sait qu’elle est choquée mais ne veut pas passer pour une coincée et garde le sourire même lorsque les autres femmes lui demandent ce qu’elle en pense. Une scène assez perturbante car elle met à l’épreuve notre rapport à la société. On peut penser qu’un des opposants à la loi dite du « mariage gay » ne se posera aucune question sur ce qu’il doit en penser mais lorsque l’on défend les libertés individuelles, on est brusquement confronté à un paradoxe intéressant: il paraît « contre nature » qu’une personne tombe amoureuse d’une machine même si cette dernière mime le comportement humain mais peut on réellement réprouver un comportement qui ne cause de tort à aucune personne réelle ? Voilà des questions perturbantes.

real-human_02La série est non seulement riche en questionnements philosophiques et sociétales, mais elle s'appuie sur des intrigues passionnantes bien qu'un peu touffues. L'intrigue principale suit  un groupe de hubots rebelles qui tentent d’échapper à la police pendant que l’humain qui les accompagne et qui semble avoir un passé associé à leur développement part à la recherche d’une hubot dont il est épris et qui a été recyclée en domestique dans une famille bourgeoise. La famille en question a un grand fils très mignon pour qui aime les grandes gigues scandinaves pâles (c'est mon cas). Le garçon ne tarde pas à tomber amoureux de la robote et aimerait bien faire quelques galipettes scabreuses avec la belle androide (je ne dirais pas non, mais prèferais une partie à trois!). Le plus troublant s'est que l'on s'attache assez rapidement aux personnages hubots autant qu'aux humains. Un pépé bien sympathique, c'est le père de la mère de famille bourgeoise entretient avec son domestique hubot, fort joli garçon, des rapports disons ambigue... Il est à noter que pour renforcer l'empathie du spectateur envers les hubots, les humains sont soit faibles soit dépassés).

Comme il surgit beaucoup de questions associées à l’existence de ces hubots certaines sont un peu sous estimées comme les conséquences sociales de leur existence. ils font tous les travaux peu gratifiants mais le problème du chômage que génère les hubot n'apparait qu'à la fin de la première saison (on a un peu l'impression d'un rattrapage) ? De même l'incidence des hubots sur le monde politiques du pays ( nous sommes en Suède mais le pays n'est jamais citéc) est ignorée. Assez curieusement (à mon avis) il semblerait que les hubots soient parfaitement acceptés à part pour une frange de la population qui ne semble être représentée politiquement que par un groupuscule. On peut aussi s'interroger sur la logique des fabricants des hubots qui font beaucoup d’efforts pour réaliser des produits le plus humains possibles (ce n'est pas le cas des robot japonais dont je parlais au début du billet) ? Au point de les doter de sexe, anus et bouche véritables quelque soit le modèle et sa fonction (les hubots ne mangent pas mais se recharge avec une prise comme votre téléphone portable!). Si ce brave Isaac n'avait pas envisagé dans ses lois de la robotique les sexualité des robots, la série Hubot n'est pas la première à aborder la question, voir par exemple La fille automate de Paolo Bacigalupi. En revanche il me semble que c'est presque une première en tout du moins sur un écran de voir des machine éprouver à ce degré des sentiments humains. 

Si certains des hubots de la série sont très gentils et même très serviables (vous me comprenez) d'autres sont très très méchants: une hubot "méchante" déclare qu’elle ferait en sorte que les humains passent de l’état de maître à esclaves. Il me semble que les scénariste ont oublier un petit problème vu que ces machines androide ont besoin d’une prise de courant pour se recharger et cela toutes les vingt quatre heures, une coupure générale réglerait le problème de la révolte des hubots radicalement. Autre petit souci, comment une société pouvant fabriquer des êtres aussi sophistiqués est aussi peu progressé dans les autres domaines techniques. Mais on peut envisagé que cette histoire se passe dans un présent alternatif.

La réalisation est très soignée (suivant les critères scandinaves...). Chaque épisode offre des beaux plans de cinéma. L'image est traitée en ton froid et couleurs pastelles. Les premiers épisodes de la deuxième saison (je n'ai encore vu que les quatre premiers) marquent un changement dans l'esthétique du filmage par rapport à celle de la première. Elles se rapproche plus dorénavant des codes des films d'horreurs ce qui n'était pas le cas précédemment. L'interprétation est excellente. En particulier pour les acteurs jouant les hubots qui vont du presque humain au très robot. 

En résumé, une série passionnante dans le fond et qui aborde des questions que les américains auraient évacués.

 

Publié dans télévision et radio

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B.A. 12/06/2014 07:14

Chère Ismau vous avez raison la réception des hubote par la population est au centre de la série ou tout du moins en devient le centre car les premiers épisodes de la première saison se focalise sur la révolte des hubotes et l'histoire de leur démiurge et surtout sur l'histoire d'amour entre le fils des créateurs des hubotes et Mimi (très mimi d'ailleurs). C'est un peu tardivement à mon sens qu'arrive les histoires autour du mouvement politique rejetant les hubotes. Mouvement qui m'a paru groupusculaire et l'expression d'une minorité ( ce qui n'est pas le cas en France devant l'arrivée de certains étrangers, c'est le certains qui est important où ce sentiment est très largement majoritaire). Mais globalement je suis entièrement d'accord avec votre critique.
J'aurais beaucoup aimé mettre en illustration de mon article des images de Kare Hedebrant que je trouve bien "mimi" sans toutefois atteindre même de loin la charge érotique de Bjorn Andressen que l'on peut qualifier de bombe (pour une fois ce terme vulgaire me parait justifié), mais malheureusement n'ayant ni les dvd de cette série, ni gardé les enregistrements des épisodes, car j'ai vu Real humans quelques semaines après sa diffusion (je suis très souvent en retard pour voir les séries qui m'intéresse) et étant contraint pour moult raisons que de consacrer un peu moins de temps qu'auparavant au blog, j'ai été dans l'impossibilité de faire des captures d'images du joli Kare ou de faire une recherche approfondie de photos du garçon.
Pour en revenir au fond de la série je rappelle que toute la problématique des rapport humain robot est au centre de l'oeuvre d'Isaac Asimov (mais pas de son célèbre cycle des "Fondations") écrite dans les années 50 et 60.
Petite anecdote personnelle qui me semble illustrer à la fois mes opinions et la myopie de la société française; il y a une quarantaine d'années commençant une petite carrière d'ingénieur j'étais chargé d'automatiser un poste sur une chaine fabriquant des automobiles. Il y avait huit opérations simples que j'ai pu facilement automatiser, soit la suppression de huit ouvriers. Lorsque j'ai présenté mon projet au client (j'étais prestataire). Il a été satisfait mais m'a demandé de garder un poste manuel. C'est comme cela que nous avons donné du travail à des émigrés avec l'accord du patronat, cette main d'oeuvre peu chère leur évitait des investissements lourds et des syndicats qui y voyaient des troupes facilement mobilisables. Je ne dis pas qu'une automatisation de l'industrie aurait supprimé le problème de l'immigration et surtout celui des enfants ou petits enfants d'immigrés mais cela en aurait incontestablement diminué le poids surtout si on avait pas accepté la catastrophique loi sur le regroupement familiale dite loi Stoleru parlementaire de centre droit je le rappelle et promulgué et voté par la droite...
Je voudrais redire un grand merci pour vos commentaires qui enrichissent grandement mes billets qui sont parfois comme celui-ci un peu famélique par rapport à l'intérêt du sujet.

ismau 11/06/2014 22:23

Mais c'est Mimi ! ... je suis un peu étonnée - et ravie - de la retrouver ici en tête d'affiche, la jolie hubote asiatique si douce, sensible et intelligente . Et vous ne nous montrez même pas son amoureux le grand fils timide, Tobias, de son vrai nom Käre Hedebrant , si mignon en effet qu'il ressemblerait quelque part à Björn Andressen - Tazio - s'il changeait de coiffure . Pas trop surprenant d'ailleurs puisque tous deux jeunes suédois ( Käre aujourd'hui et Björn autrefois )
J'aime comme vous cette série qui pose avec intelligence et talent, sans jamais nous ennuyer, sans dogmatisme, des problèmes de société pourtant délicats et très actuels . Ce que vous en dites m'a donc particulièrement intéressée . Un seul point de désaccord entre nous . Quand vous dites que l'incidence des hubots sur le monde politique est ignorée, que seul un petit groupuscule les rejette ... Il me semble à moi, que ce rejet, et le fonctionnement de ce « groupuscule »-parti politique soit au contraire au coeur du sujet . Le nom de ce parti extrémiste donne d'ailleurs son nom à la série «  Akta Människor »  traduit par « Real Humans »  et si son logo évoque celui d'un parti totalitaire ce n'est pas un hasard non plus . Assez vite, on voit ce parti engagé dans des actions violentes, avec l'association habituelle de doctrinaires et de paumés . Dans un des derniers épisodes, l'endoctrinement de la jeunesse par ce parti est aussi très révélateur : de bons sentiments et des valeurs positives sont détournés pour les amener à agir avec agressivité, et la pression du groupe les pousse fortement dans le même sens . Mais ce qui est intéressant, c'est que ce rejet – identique à celui de certains partis envers les minorités, ou envers les étrangers – est justifié par l'agressivité grandissante de la minorité en question . Les hubots sont à la fois de pauvres victimes humiliées et potentiellement des révoltés agressifs dont on a raison de se méfier . Le problème de l'intégration, qui est bien un problème politique, devient alors crucial, comme celui des minorités ou des étrangers dans nos sociétés . Doit-on ou non souhaiter cette intégration ? La réponse n'est pas donnée, heureusement !