Raphael Sorin, un guide rigolard et érudit pour des heures de riches et heureuses lectures

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Je ne sais pas pourquoi je n'avais pas encore ajouté à ma liste des blogs à visiter celui de Raphael Sorin, peut être par le fait d'y aller souvent sans pouvoir se régaler d'une nouvelle livraison de sa prose vacharde et passionnante pour tous les amoureux des livres. Il ne publie guère qu'une fois par mois, deux pour les mois fastes. Pour vous inciter à la visite, je vous offre, ci-dessous, un court extrait d'un de ses billets dans lequel il écrit tout le bien qu'il faut penser des oeuvres de Jean-Louis Curtis, ce que j'approuve des deux mains.

 

... Allez chez un bon libraire avec une liste de «petits» auteurs, confidentiels, méconnus, oubliés. Vous serez fiers (fières) de revendiquer Pierre Herbart, Raymond Dumay, Jean de la Ville de Mirmont, Michel Fardoulis-Lagrange, Pierre Bettencourt, Noël Devaulx, Jean Lagrolet. Sinon flânez chez les bouquinistes, hantez les brocantes, fouillez les greniers, interrogez les vieillards, et vivez votre vie de lecteur sans entraves.

Tiens, puisqu’il est question de lui dans LE roman qui vitriole la rentrée littéraire, intéressez-vous à Jean-Louis Curtis. Je fus son dernier éditeur, chez Flammarion. Il souffrait d’être totalement rayé de la carte, malgré, ou à cause, d’un Goncourt (Les forêts de la nuit, 1947). J’ai déjà dit du bien de ses excellents pastiches mais il faudrait surtout réévaluer Un jeune couple, paru en 1967, chez Julliard.
J’ai conservé le numéro du Monde des livres du 25 octobre 1967. Pierre-Henri Simon (les souris ont dévoré ses livres et ses chroniques) consacrait presque tout son feuilleton au roman de Curtis et en résumait ainsi la «thèse»: le jeune couple dont il est question est victime des erreurs et des vices d’une société que l’auteur «définit en termes d’économiste». C’est déjà, comme chez Marcuse, une critique de la société de consommation. Et Simon précisait ce que le romancier voulait dénoncer.«Une production massive suppose de fouetter chez les individus le besoin d’acheter et de jouir, et tout suit: la fièvre des technocrates, le délire de la publicité, l’obsession de l’argent à gagner et des objets à acquérir, la facilité des plaisirs, le glissement des mœurs, l’invasion des poncifs et la dégradation de la culture…» Il esquissait ensuite un parallèle entre Curtis et Perec qui, dans Les Choses, porte un diagnostic analogue sur l’extension de la dépossession du jugement et des sentiments en Occident.

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bruno 10/01/2012 22:00

Bonjour Merci pour vos billets
Concernant Perec, le dernier numéro de la revue Europ" est presque entièrement consacré à l'auteur des Choses et de La Vie, Mode d'Emploi.

lesdiagonalesdutemps 11/01/2012 07:28



Merci pour cette information, je vais faire un passage à la Hune pour me procurer cette revue, que j'achète de temps en temps lorsque le sujet m'intéresse, mais comme elle n'est guère mise en
avant, je dois en rater quelques unes, heureusement vous semblez d'être d'une précieuse vigilance sur le sujet