Raphael, les dernières années au Louvre

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

"Raphaël, les dernières années" au Musée du Louvre

 

 

Comme souvent lors des grandes expositions de peinture, le titre Raphael, les dernières années (1513-1520) est quelque peu mensonger, car c'est un peu une exposition Raphael sans Raphael; c'est à mon tour de travestir un peu la réalité; les visiteurs qui se déplaceront au Grand Palais verrons bien quelques oeuvres du maitres, d'ailleurs absolument magnifique mais ils découvriront surtout celles de son atelier et en particulier celle de l'assistant principal de Raphael, Romano. Car paradoxe de la manifestation dans les années romaines de l'artiste, qui correspondent à ses dix dernières années, Raphael a essentiellement travaillé à la décoration des appartements du pape au Vatican, oeuvres intransportables. Le pape Jules II lui a demandé de décorer les nouvelles chambres du Palais du Vatican. En 1513, lorsque Jean de Médicis succède à Jules II, sous le nom de Léon X, les commandes passées à Raphaël par le pape et d'autres grands mécènes dans le reste de l'Italie et en France explosent. Pendant qu'il oeuvrait pour le confort du Saint Père, les commandes continuaient donc à affluer, la garçon qui était semble-t-il aussi avide de ducats que plus tard Dali de dollars n'était pas homme à refuser une offre, il chargeait donc ses assistant exécuter le tableau à sa place, néanmoins sous sa direction et souvent mettant une dernière main à la peinture, pas seulement pour la signer.

 

 

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Ange
Fragment du retable Baronci
1500-1501


D'ailleurs pour avoir des oeuvres de la seule main de Raphael, les commissaires ont triché présentant quelques merveilles peintes dans la jeunesse de l'artiste. L'exposition commence par un merveilleux ange, fragment d'un retable.

Pour mieux apprécier l'accrochage il n'est pas inutile de revenir sur la carrière de Raphael. Il nait à Urbino en 1483, Raffaello Santi, fils d'un peintre poète, enfant prodige, il développe son art dans l'atelier du Pérugin à Pérouse. En 1504, il part compléter sa formation à Florence où se trouvent Michel-Ange et Léonard de Vinci (qui à la foi l'inspireront et seront ses concurrents). Quatre ans plus tard, il migre à Rome où bientôt le pape Jules II lui demand de décorer les nouvelles chambres du Palais du Vatican.

 

 

Raphaël, Etude de deux cavaliers pour Le Spasimo, 1515-1516

Raphaël, Etude de deux cavaliers pour Le Spasimo, 1515-1516 


L'exposition montre tout le processus de création d'un artiste au sommet de sa gloire à la renaissance. Il faut d'emblée que le visiteur se débarrasse de l'image, beaucoup trop prégnante à mon sens, de l'artiste propagée par le romantisme, celle du peintre qui dans son galetas (voir la ridicule scénographie de l'exposition Bohème dont il faudrait bien que je cause) visité par une soudaine inspiration vous pond un chef d'oeuvre en une nuit avec pour seul compagnon son vieux poêle éteint. Rien de semblable dans l'atelier de Raphael qui au plus fort employait une quarantaine de personnes, après avoir accepté la commande, ce qui n'était pas toujours le cas, le maitre faisait une esquisse du tableau, puis le premier assistant dessinait un modèle qui était en format réduit ce que serait le plus exactement possible la future toile. Pour réaliser ce modèle Raphael et son principal assistant, le plus souvent Romano dessinaient des esquisses pour chaque personnages. Une fois que Raphael avait donné son aval pour le modèle celui-ci était mis aux carreaux et reproduit par des assistants, principalement par Romano ou Penni sur la toile. Si besoin était Raphael retouchait ou parfois réalisait lui même les parties les plus délicates comme les visages. Pour les fresque il y avait encore une étape supplémentaire après la mise aux carreaux du modèle, les assistants confectionnaient un carton à l'échelle 1 de la fresque et c'était ce dessin qui était au final reproduit sur le mur.

Alors que Raphael se consacrait surtout aux commandes papales il continuait à recevoir des commandes de tableaux de dévotion privée. Ce sont surtout ces toiles qui permettent le mieux d'identifier et d'apprécier les contributions personnelles de Giulio Romano et Gian Francesco Penni. En plus de réaliser des oeuvres au nom de Raphaël, comme la Petite Sainte Famille (Paris, musée du Louvre) destinée au cardinal Bibbiena, ils exécutaient également des tableaux composés à partir de motifs raphaélesques pour leur compte en quelque sorte.

Dans les nombreuses toiles ayant pour sujet la vierge ont s'aperçoit du talent rare qu'a Raphael et aussi Romano, mais pas Penni, pour faire vivre, par le jeu des regards ses personnages sur la toile.

Ce qui est passionnant dans cette exposition c'est que nous pouvons voir chaque étape de l'élaboration des oeuvres. Pour les fresques des appartements papaux il n'y a bien sûr que des photos du travail final qui donnent une furieuse envie de se précipiter à Rome, mais surtout de nombreux modèles et esquisses et même un carton complet. Même chose pour les tableaux qui sont presque tous accompagnés de leurs études.

 

exposition raphael louvre

 

 

exposition raphael Paris

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Portrait de Balthazar Castiglione


Les portraits sont les tableaux où il n'est pas difficile de discerner ceux qui sont de la main de Raphael (même si ce jeu n'est pas l'essentiel de l'intérêt de l'exposition). C'est dans ces toiles que l'on voit ce qui sépare un maitre de la peinture d'un grand peintres. Les portraits réalisés par Raphael essentiellement ceux de ses proches, (Une différence existe entre les portraits officiels et les portraits d'amis. Malgré la qualité de ses commanditaires, Raphaël semble avoir accordé une importance relative aux premiers, dont une partie de l'exécution picturale pouvait être confiée à l'atelier) sont fascinant d'intensité et de beauté, irradiant une douce lumière. Romano qui était pourtant loin d'être maladroit accentue trop les contours de sont modèle qui semble ainsi collé artificiellement sur le fond alors que dans ceux peints par Raphael le visage est dans le même monde que son décor.

J'ai appris pour ma part que c'était Raphael (même si le système existait avant lui) qui avait inventé l'usine à tableaux qui fera flores au XVII ème siècle, je pense à Rubens et surtout au XX ème siècle (Warhol) et aujourd'hui Murakami, Koons et les frères Chapman...

 

Raphaël, Autoportrait avec Giulio Romano, 1519-1520, Paris, Musée du Louvre

Raphaël, Autoportrait avec Giulio Romano (à droite), 1519-1520, Paris, Musée du Louvre 

 

En ce qui me concerne et je ne dois pas être le seul, Giulio Romano a été la véritable révélation de cette manifestation qui illustre combien l'histoire de l'art peut être injuste, même si Romano n'atteint pas les sommets que fréquente Raphael, en laissant de tels artistes dans l'ombre. A propos de Romano ce qui me stupéfie le plus c'est qu'il n'a que vingt ans lorsqu'il fabrique des « Raphael » et des Romano à la chaine avec une dextérité extraordinaire. Je ne peux éprouver que nostalgie devant de tels talents quand je pense à ce que nos étudiants en art O combien surnuméraires pondent à la sortie de leurs prétendues études. Je connais un malheureux qui a engendré une créature de cette espèce qui après de longues et couteux séjours dans des écoles où elle trainait sa mine maussade s'épanouit dans le ramassage des olives en Espagne pendant que ses oeuvres, magma dense de divers détritus, ont complètement envahi la villa paternelle...

 


 

 

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La Belle Jardinière
La Vierge, l’Enfant et le petit saint Jean
1507
Huile sur bois

 

 

Raphaël (?) ou Gian Francesco Penni (?), Vierge à l'Enfant avec le petit saint Jean Baptiste, dite La Vierge au diadième bleu, musée du Louvre

Raphaël (?) ou Gian Francesco Penni (?), Vierge à l'Enfant avec le petit saint Jean Baptiste, dite La Vierge au diadième bleu, musée du Louvre 

 

 

S'il y a pléthore de vierge à l'enfant, les admirateurs de beaux jeunes hommes sur toile que je subodore pas tous étranger à ce blog ne seront pas pour autant frustrés, il y a de bien beaux Saint Jean Baptiste au Louvre à commencer par celui de Léonard de Vinci qui ne fut pas sans influence sur ceux que peignit Raphael.

 

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Raphaël meurt en pleine gloire à l'âge de 37 ans. Un mauvais rhume attrapé en quittant sa maitresse, selon Giorgio Vasari. Plus probablement par un épuisement au travail, ajoutent les commissaires de l'exposition.

Avec le départ de Giulio Romano pour Mantoue en 1524, puis le sac de Rome en 1527, l'atelier de Raphaël se dispersera et, en gagnant les autres cours italiennes, où ils diffuseront la manière moderne, ses élèves contribueront à la naissance du maniérisme.

Raphael est au Louvre chez lui, car ce sont ses tableaux offert à François I er qui furent le noyau premier de la fabuleuse collection du musée que nous connaissons aujourd'hui.

Nota: Le billet n'est pas cette fois illustré par mes photos, les gardiens cerbère étant dans cette exposition particulièrement efficace pour interdire la photographie.

 

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La Nana d'à côté 24/11/2012 12:19

J'adore Raphaël et je comptais (et compte toujours) aller voir cette expo ! Merci beaucoup pour cet article !

lesdiagonalesdutemps 24/11/2012 19:22



C'est à mon avis l'exposition à voir en priorité à Paris en ce moment. Elle permet de voir comment travaillaient les grands peintres de la rennaissance. On s'aperçoit que le tableau et encore
plus la fresque est un travail d'équipe.