Questionnaire cinéphile entre Proust et Pérec

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Joachim dont je vous conseille l’excellent blog cinéphilique (http://365joursouvrables.blogspot.com/) a eu la judicieuse idée d’adapter le « questionnaire portrait chinois » en un questionnaire “proustien” où il s’agit moins de citer nos films préférés que ceux qui ont marqué notre jeunesse. Le bon docteur Orlof (http://drorlof.over-blog.com/) à rempli le questionnaire avec érudition et sensibilité.

Je vous livre mes réponse à ce délicat exercice. Il ne faut pas hésiter  à vous prêter au jeu du << si j’étais>>.

 

Un film:

“Lawrence d'Arabie” de David Lean, l'aventure, l'espionnage, les conquêtes, les causes perdues, l'empire, les garçons...

Un réalisateur:

Adolescent je vouais une passion à Claude Chabrol, “La femme infidèle” était mon grand film, Michel Bouquet et Maurice Ronet mes acteurs préférés. Lorsque quelques années plus tard j'ai rencontré Maurice Ronet, il a été très flatté d’avoir été mon comédien favori. Mais alors, c'est surtout sa peinture que j'aurais aimé voir... dont plus tard Oscar Gauthier me parla avec chaleur. Il y a deux ans, sur la plage de La Baule où je lisais le ventre sur le sable comme souvent je le fis, et soudain une rumeur parcouru le sable, Claude Chabrol venait de mourir non loin de là, il habitait Le Croisic, j'ai été très ému.

Un acteur:

Enfant, jusqu'à 15 ans, c'est Jean Gabin qui me passionnait, “Les grandes familles” ou “Le président” ou bien encore “La bête humaine”, autant de films découverts à la télévision, le dimanche soir, sur l'unique chaîne, qui m'avaient beaucoup impressionné. Dès leur sortie je demandais à ma tante de m’emmener voir le dernier film de l’acteur.

A cette époque avec mes parents nous habitions la banlieue parisienne. Nous n’allions à Paris au cinéma qu’exceptionnellement, le plus souvent pour voir le Disney annuel. J’attendais donc  que les films de mes acteurs préférés, il n’était pas encore question pour moi de metteur en scène dont j’ignorais jusqu’à l’existence, passent dans nos cinémas de quartier. Ils avaient pour nom le Vox et le Dôme. Nous étions prévenu de la programmation de ces deux cinémas par de grandes affiches mensuelles aux lettres tantôt rouges, tantôt bleues, invariablement collées sous le pont du chemin de fer.

Une actrice:

Dominique Sanda dans “Le jardin des Finzzi Contini” de Vittorio De Sicca.

Une rencontre d’acteurs:

Laurel et Hardy qui seront à jamais mon souvenir des après-midi de vacances lorsque ma jeune tante m'emmenait au cinéma lorsque nous ne pouvions aller à la plage.

un gag: 

Toujours Laurel et Hardy se servant à tour de rôle de leur pouce comme briquet dans “Fra Diavolo”, vu à six ans dans un cinéma de Cabourg et jamais revu depuis!

Une révélation: 

“Blow up” découvert une après midi à Leysin, un jour de tempête de neige, où l'on ne pouvait pas skier, le mauvais temps est propice à la naissance de la cinéphilie..

Souvenir cinéphilique qui pourrait figurer dans une chanson de Vincent Delerm:

Je ne suis pas sûr que cela pourrait être dans une chanson de Delerm (que j'aime bien)... La crise de larme de mon petit ami d'alors à la sortie de "La mouche" de Cronenberg, il avait dix huit ans et devait mourir du sida quelques années plus tard...

Une histoire d’amour:

Le problème lorsque l'on est gay et qu'on le sait très vite, c'est que l'on est très frustré de ce coté là... Il m’aura fallu attendre “Beautifull thing” pour voir une histoire d’amour gay qui finisse bien.

Une bande son: 

“West side story”, la musique me tourne toujours dans la tête avec celle des Demoiselles de Rochefort.

Le pire film que j'ai vu: 

Mon beau frère à tué ma soeur dont j'ai oublié (par charité?) le nom du metteur en scène dont je ne désir pas me souvenir. 

Faiseur surestimé:

Beaucoup des cinéastes français que défendent à longueur d'année les Cahiers du cinéma, Vincent Dieutre par exemple et son désolant “Rome désolé”.

Une oeuvre sous estimée:

Les films "qualité française" descendus par la Nouvelle vague et qui ont émerveillé mon enfance: “Taxi pour Tobrouk”, “Fortunat” (j’ai appris plus tard que Frédéric Mitterrand jouait l’un des enfants), “Les aristocrates”, “Un singe en hiver”...

Un choc plastique: 

“Le satiricon” de Fellini, “Mort à Venise” de Visconti, la même année je crois(??)

Un fantasme:

Vivre dans “Le satiricon” de Fellini pour être tout près d’Encolpe et Giton...

 

A la manière de Pérec

 

Je me souviens entre mes sept et douze ans de mes sorties rituelles et très attendues du dimanche après midi sous le chaperonnage de ma tante qui était au moins aussi contente que moi d’aller voir des films et à laquelle je dois mon amour du cinéma.

Je me souviens ainsi de Jean Gabin en clochard dans “Archimède”, de Fernandel dans Crésus, de Francis Blanche dans “Ces messieurs de la famille”,de Darry Cowl dans “Le triporteur”, de Louis de Funes en braconnier dans “ L’affaire Blaireau” (mais je ne suis pas sûr du titre), de Jean Marais en bossu...

Je ma souviens de Fernand Reynaud en bagnard, cela s’appelait “Le mouton” je crois

Je me souviens de l’émerveillement pour le “Docteur Jivago” vu au Richelieu. Ce cinéma des grands boulevards existe-t-il encore?

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xristophe 04/12/2013 18:26

J'aime bien que vous ne vous formalisiez pas de mes grands éclats d'adepte ! (pour Fellini - sûr, j'en suis un...) "Cabot(in)age" était une façon bien sûr de m'auto-plaisanter...

xristophe 04/12/2013 00:26

Encore ce Réel archi-structuré par en-dessous, accumulateur de bizarres hasards qui voudraient passer pour "coïncidences"... : cabotinant dans votre blog si riche - voici que le Croisic me renvoie
au... Satyricon (orthographe Fellini, attirant un trait rouge du correcteur orthographique très renseigné).

Moi aussi cela m'amusera bien, connaître ce "Satiricon" de Poulidor... et son Giton. Mais - THE "Fellini One" est une si tant merveille (comme dit si joliment l'ancienne chanson) que je suis
presque heurté, choqué, scandalisé ! par le ton - le manque de précaution et la désinvolture (et, certes ancienne, un an ou deux, mais il n'y a pas encore prescription...) dont Il est
tranquillement, le Satyricon des satiricons, présenté "à côté", sans plus, de l'œuvre de ce malheureux cycliste - comme un Napoléon III que l'on confondrait avec Napoléon... Vous glissez même qu'il
y aurait de l'un à l'autre des "parentés esthétiques"... (Je ne le connais pas encore d'accord l'objet bizarre et d'avance pitoyable dont j'avais entendu parler - mais je parie quand même en
attendant un maximum sur le pur-sang de Fellini...)

lesdiagonalesdutemps 04/12/2013 07:14



L'autre Satyricon (que l'on trouve avec les deux orthographes) que j'ai vu il y a quelques temps n'est pas impérissable, mais pas honteux non plus. Je me demande si je ne lui ai pas consacré un
petit billet. Continuez votre cabotage (et non cabotinage à moins que ce soit là un jeu de mot?). Mais il me semble que je n'en parle pas dans le billet que vous commentez.



Bruno 22/11/2012 20:54

Comme quasi toute la littérature antique, cet ouvrage nous est certainement parvenu au fil de multiples recopies -et censures- dans les monastères entre le IX et le XIII e siècles
Un lien ( après clic supplémentaire) vers quelques informations sur le météoritique "Giton de Polidoro" :
http://www.maniaco-deprebis.com/index.php?post/2011/01/04/Francesco-Pau%3A-Un-enfant-n%C3%A9-sous-le-signe-du-scandale

Merci pour vos billets

lesdiagonalesdutemps 22/11/2012 22:20



merci, je connais ce curieux site. Ce qui est curieux à propos du Satiricon c'est la connaissance fragmentaire que nous en avons et comme ce récit n'est pas linéaire je me demandais d'où venait
exactement l'ordre dans lequel il nous est présenté, ordre que bouleverse le film.



bruno 19/11/2012 17:29

Merci pour ce beau "je me souviens"...
Vous évoquez in fine le Satiricon de Fellini. Que pensez vous de la version donnée par Polidoro avec son amusant traitement du personnage de Giton ?
http://www.youtube.com/watch?v=0qfZ6vzRNt0
Je compte sur votre maîtrise de l'italien ;-)
Merci pour vos billets

lesdiagonalesdutemps 22/11/2012 03:30



Je vous remercie de m'avoir fait connaitre ce film dont j'avais oublié l'existence. A le voir on mesure combien Fellini a été fidèle à l'esprit et à la lettre de Petrone. Ce qui n'est pas
vraiment le cas de Polidoro. Il semble que la version de ce dernier a été tournée avant celle de Fellini. Elles ont d'ailleurs des points communs esthétique. Ma plus grosse surprise a été de
constater que Polidoro ne suit pas l'ordre du roman, du moins dans celui dans lequel il est édité aujourd'hui. Je ne sais pas comment ce roman antique est arrivé jusqu'à nous. Je sais seulement
qu'il est incomplet. C'est sans doute ce qui permet a Polidoro de réunir plusieurs épisodes du livre en un seul, l'infidélité de Giton, la sorcière, l'hermaphrodite c'est comme cela que
j'explique le curieux traitement de Giton qui est bien joli(e). Ce qui change complètement la perspective du récit. En revanche il s'étale sur l'épisode du banquet de Trimalchion, certes le plus
long du roman, mais qui dans le film prend une proportion démesurée. Il y a néanmoins des passages savoureux comme la chorale des chérubins-Eros. Dommage qu'il y est une grosse erreur de casting,
Encolpe est beaucoup trop vieux et l'on comprend aisément que Giton ne le choisisse pas mais moins qu'il continue à aguicher.