Questionnaire chinois cinéphile entre Proust et Pérec

Publié le par lesdiagonalesdutemps


Joachim dont je vous conseille l’excellent blog cinéphilique vient d’avoir la judicieuse idée d’adapter le « questionnaire portrait chinois » en un questionnaire “proustien” où il s’agit moins de citer nos films préférés que ceux qui ont marqué notre jeunesse. Le bon docteur Orlof  a rempli le questionnaire avec érudition et sensibilité.
Je vous livre mes réponses à ce délicat exercice. Il ne faut pas hésiter  à vous prêter au jeu du << si j’étais>>.

Un film:
 
“Lawrence d'Arabie” de David Lean, l'aventure, l'espionnage, les conquêtes, les causes perdues, l'empire, les garçons...

Un réalisateur:
 
Adolescent je vouais une passion à Claude Chabrol, “La femme infidèle” était mon grand film. J'avais beaucoup aimé "Le dernier saut", un film injustement oublié avec Michel Bouquet et Maurice Ronet deux de mes acteurs préférés d'alors. Lorsque quelques années plus tard j'ai rencontré Maurice Ronet, il a été très flatté d’avoir été mon comédien favori. Mais moi alors, c'est surtout sa peinture que j'aurais aimé voir...

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Un acteur:
 
Enfant, jusqu'à 15 ans, c'est Jean Gabin qui me passionnait, “Les grandes familles” ou “Le président” ou bien encore “La bête humaine”, autant de films découverts à la télévision, le dimanche soir, sur l'unique chaîne. Films qui m'avaient beaucoup impressionné. Dès leur sortie je demandais à ma tante de m’emmener voir le dernier film de l’acteur.
A cette époque avec mes parents nous habitions la banlieue parisienne. Nous n’allions à Paris au cinéma qu’exceptionnellement, le plus souvent pour voir le Disney annuel. J’attendais donc  que les films de mes acteurs favoris, il n’était pas encore question pour moi de metteur en scène dont j’ignorais jusqu’à l’existence, passent dans nos cinémas de quartier qui avaient pour nom le Vox et le Dôme. Nous étions prévenu de la programmation de ces deux cinémas par de grandes affiches mensuelles aux lettres tantôt rouges, tantôt bleues, invariablement collées sous le pont du chemin de fer.



Une actrice:
 
Dominique Sanda dans “Le jardin des Finzzi Contini” de Vittorio De Sicca.

Une rencontre d’acteurs:

Laurel et Hardy qui seront à jamais mon souvenir des après-midi de vacances lorsque ma jeune tante m'emmenait au cinéma lorsque nous ne pouvions aller à la plage en raison d'un temps maussade.


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un gag:

Toujours Laurel et Hardy se servant à tour de rôle de leur pouce comme briquet dans “Fra Diavolo”, vu à six ans dans un cinéma de Cabourg et jamais revu depuis!

Une révélation: 

“Blow up” découvert une après midi à Leysin un jour de tempête de neige où l'on ne pouvait pas skier, le mauvais temps est propice à la naissance de la cinéphilie...

Souvenir cinéphilique qui pourrait figurer dans une chanson de Vincent Delerm:

Je ne suis pas sûr que cela pourrait être dans une chanson de Delerm (que j'aime bien)... La crise de larme de mon petit ami d'alors à la sortie de "La mouche" de Cronenberg, il avait dix huit ans et devait mourir du sida quelques années plus tard...

Une histoire d’amour:

Le problème lorsque l'on est gay et qu'on le sait très vite, on est très frustré de ce coté là... Il m’aura fallu attendre “Beautiful thing” pour voir une histoire d’amour gay qui finisse bien.

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Une bande son:

“West side story”, la musique me tourne toujours dans la tête avec celle des Demoiselles de Rochefort.
Je vois rien dans mes souvenirs qui se rapporterait aux questions suivantes...

Le pire film que j'ai vu: 
"Mon beau frère à tué ma soeur" dont j'ai oubliè le metteur en scène et ne désir pas m’en souvenir.

Faiseur surestimé:

Beaucoup des cinéastes français que défendent à longueur d'année les Cahiers du cinéma, Vincent Dieutre par exemple et son désolant “Rome désolé”.

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Une oeuvre sous estimée:

Les films "qualité française" descendus par la Nouvelle vague et qui ont émerveillé mon enfance: “Taxi pour Tobrouk”, “Fortunat” (j’ai appris plus tard que Frédéric Mitterrand jouait l’un des enfants), “Les aristocrates”, “Un singe en hiver”...

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Un choc plastique:

“Le satiricon” de Fellini, “Mort à Venise” de Visconti, la même année je crois(??)

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Un fantasme:

Hier, vivre dans “Le satiricon” de Fellini pour être tout près d’Encolpe et Giton... Aujourd'hui dans celui de "mon voisin Totoro".

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    Un décor:

Le Londres de "My fair lady"
Un somnifère:
Tous les films de Phippe Garel

    Un baiser et une scène d’amour:

La scène autour du feu des deux héros de "My own private Idaho" de Gus Van Sant.

A la manière de Pérec:

Que reste-t-il de toutes ces heures devant le petit ou grand écran à regarder des films.
Je me souviens entre mes sept et douze ans de mes sorties rituelles et très attendues du dimanche après midi sous le chaperonnage de ma tante qui était au moins aussi contente que mo d’aller voir des films et à laquelle je dois mon amour du cinéma.

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Je me souviens ainsi de Jean Gabin en clochard dans “Archimède”, de Fernandel dans Crésus, de Francis Blanche dans “Ces messieurs de la famille”,de Darry Cowl dans “Le triporteur”, de Louis de Funes en braconnier dans “ L’affaire Blaireau” (mais je ne suis pas sûr du titre), de Jean Marais en bossu...
Je me souviens de Fernand Reynaud en bagnard, cela s’appelait “Le mouton” je crois
Je me souviens de l’émerveillement pour le “Docteur Jivago” vu au Richelieu. Ce cinéma des grands boulevards existe-t-il encore?
Je me souviens des pillules que prenait Bourvil dans "Le tracassin"...
Je me souviens de l'héroisme des "Trois lanciers du Bengale".
Je me souviens des indiens dans les westerns qui semblent avoir disparus aujourd'hui...

Commentaires lors de la première édition du billet


Remarques

Avant « Beautiful thing », il y a quand même eu « Maurice », beaucoup plus beau, selon moi, et qui finit de manière très heureuse. Vous étiez trop jeune pour le voir ? Il date de 1987.

Fellini satiricon = 1969
La Mort à Venise de Visconti = 1971
(Merci Google)
Pour mémoire, le Satyricon de Gian Luigi Polidoro (que l’on dit plus proche du texte latin et que j’aimerais bien voir un jour) avait été tourné en 1968 et ne put sortir qu’en 1972, à cause des producteurs du film de Fellini.

Posté par Aulopoïos, 12 août 2008 à 18:59

Réponse à Aulopoios

Je n'ai jamais entendu parler du film de Gian Luigi Polidoro. Merci de me le signaler. Je vais faire des recherches. J'ai répondu à ce questionnaire "au fil de la plume" en me fiant seulement à ma mémoire. Hélas j'étais loin d'être trop jeune en 1987. J'ai donc bien vu Maurice dès sa sortie et je l'ai revu depuis en dvd, très beau film en effet. Ivory est un cinéaste sous estimé. Sur le disque il y a un supplément intéressant sur Foster, une émission de la BBC faite à la mort de l'écrivain. Si c'est Beautiful thing qui m'est venu à l'esprit c'est sans doute parce que ce film est situé de nos jours...
Posté par B A 12 août 2008 à 21:29

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Jean 07/09/2011 00:28


je n'ai pas lu le scénario et je ne suis absolument pas enthousiaste par ce film, j'ai juste apprécier la légèreté dansante de Anglade c'est tout, je ne l'ai vu que récemment et je ne me permettrai
aucune comparaison avec le grand fil qu'est "Maurice", je voulais juste signaler que "L'homme blessé" datait d'avant et qu'il traitai de l'homosexualité contemporaine d'avant sida. Quant au
"liseur" le livre est dix mille fois supérieur au film bien décevant malgré quelques bons moments.


lesdiagonalesdutemps 07/09/2011 06:15



Tout d'abord je vous remercie de vos commentaire et le rappel de la datation de L'homme blessé par rapport à la pandémie du SIDA est judicieux. Je vous conseille vraiment de lire le scénario,
toujours disponible aux éditions de Minuit. Il est accompagné de commentaires et notes intéressants sur la préparation du film. Et ainsi, si les images tournées par Chéreau ne sont pas trop
présente à votre esprit, vous vous referez le film.


Pour le "liseur" contrairement à vous (et à la majorité des critiques et réaction sur le livre et le film) je trouve le film plus riche, mais aussi un peu infidèle dans son esprit)
essentiellement en raison du filmage qui est brillant, alors que l'écriture du roman est tout de même très plate. Il me semble que le livre est trop mince pour les sujets et les personnages de
cette histoire.



Jean 06/09/2011 18:37


Et n'oubliez pas "L'homme blessé" de Patrice Chéreau de 1983 qui est aussi contemporain et qui introduit magnifiquement Jean-Hugues Anglade.


lesdiagonalesdutemps 06/09/2011 21:16



Je ne partage pas votre enthousiasme pour ce film dans lequel j'avais beaucoup espéré en lisant le scénario, paru aux éditions de minuit avant la sortie du film qui sort d'un casting aberrant (à
part Bertin) mais Anglade n'a pas le physique, ni l'âge de son rôle et encore moins Mezzogiorno tout à fait improbable en caid gigolo des tasses ferroviaires. Le grand fim de Chéreau c'est "Ceux
qui m'aime prendront le train" dont la critique se trouve sur le blog, je ferais sans doute un papier sur 'L'homme blessé"