Quel est Mon noM de Melvil Poupaud

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Naguère j'avais mis en amorce du billet que j'ai consacré à « Voix » de Podalydes que je me méfiais des livres signés par des acteurs. Après avoir lu « Quel est mon nom », qui n'est pas sans rapport avec l'ouvrage pré cité, je vais m'en méfier de moins en moins car celui-ci aussi est épatant. Quel est mon nom est un beau livre d'abord parce que Melvil Poupaud s'y révèle une belle personne. Lorsque après la lecture de son bel album partiellement autobiographique, on se dit que du coté des nuage le joli Melvil a, pour l'instant, je lui souhaite que cela dure, a décroché le gros lot de la vie.

Si les habitués des salles obscures et en particulier de la cinématographie de Raul Ruiz savaient déjà que Melvil Poupaud est une des plus belles gueules du cinéma français qui n'en compte guère, il découvrirons avec « Quel est mon nom » qu'il a surtout une belle gueule à l'intérieur, ce qui à l'avantage d'être souvent plus durable. C'est du moins ce qui transparait à travers les émouvantes évocations qu'il fait de son entourage et en particulier de Serge Daney et de Raul Ruiz. Ce garçon qui a fréquenté dès le plus jeune âge, grâce à sa mère un nombre de sommités impressionnantes dans divers domaines Ruiz lui offre l'hospitalité lorsque sa copine l'a largué, Duras, Daney qui l'aide à faire ses dissertations, il est photographié par Hervé Guibert... ne se pousse jamais du col, il ne tombe pas non plus dans l'admiration béate devant ces célébrités qu'il voit au quotidien, démaquillées loin des sunligts. S'il les admire, il est surtout attentif à ce qu'ils disent, même s'il ne comprend pas toujours la totalité de ces discours tombés de ces bouches érudites. Il reste toujours lucide, ce qui est assez extraordinaire de la part d'un garçons de cet âge (je parle de la partie du livre qui traite de son adolescence), peut être parce qu'il voit certaines de ces célébrités tituber dans l'appartement de sa mère sous l'effet de substances aussi diverses que variées.

 

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Le livre est divisé selon quatre époques de la vie de Melvil Poupaud, l'enfance, l'adolescence, l'âge adulte et maintenant, dans cette dernière partie on parfois l'impression de lire du Kessel...

L'ouvrage, qui est aussi un bel objet, le papier est d'un grammage inhabituel, se présente comme une sorte de scrapbook de la vie de l'auteur. On y trouve, en plus du texte, des photos prises par Melvil Poupaud mais surtout par des gens qui ont accompagné sa vie comme sa mère et Chiara Mastroianni ou qu'il a croisé tel Hervé Guibert, qu'il parvient à cerner en une phrase: << On aurait dit un enfant triste, cherchant désespérément un camarade pour jouer avec lui.>>, ou Bruno Nuytten. Il y a aussi des dessins des photogrammes de films dans lesquels Melvil Poupaud a tournés ou qu'il a réalisés. L'écrit lui même revêt des formes variées, autobiographie, essai sur le métier d'acteur, récit de voyage, nouvelle, scénario, quête mystique... Le texte est agrémenté de notes en bas de pages dans lesquelles les protagonistes du récit commente les dire de Melvil Poupaud qui leur a donc soumis avant de le publier. Sa mère apporte des précisions amusées aux dires de son fils, Raul Ruiz (on est ravi d'apprendre ainsi qu'il a pu lire ce beau livre, où il tient une grande place, avant de mourir) se fend d'une notule aussi érudite qu'ironique, bien dans sa manière, on a également droit à une remarque italianisante de Chiara Mastroianni.

 

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Au détour d'une page on tombe sur une anecdote de tournage, elles sont souvent hilarantes, une méditation sur l'identité de l'acteur, d'où le titre, un morceau de scénario ou une belle description de la solitude dans la ville.

Le surréalisme ruizien a incontestablement déteint sur Melvil Poupaud en témoigne cet extrait: << Pour m'occuper durant le long tournage du film de James Hurt, Lucky Luke, western français tourné en Argentine en 2008, j'avais emporté dans mes bagages le scénario d'un autre film, écrit par Hugo Santiago, metteur en scène argentin et ancien collaborateur de Jorge Luis Borges, dont je comptais me servir comme guide touristique...>>.

Ce qui donne encore plus de prix à ce livre c'est la lucidité, on peut dire la modestie de son auteur envers lui même. J'ai rarement constaté dans un récit autobiographique une aussi juste distance entre celui qui écrit et son double, son sujet.

Je ne vois pas pourquoi le Prix Médicis chercherait un autre lauréat que Melvil Poupaud, son livre est d'une nouveauté absolu et subvertit merveilleusement les différents genres qu'il aborde dans ces pages ludiques et profondes.

 

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bruno 06/10/2011 19:21


Bonjour
"Le Monde" daté du 7 octobre, dans son supplément "livres" critique cet ouvrage et donne un bon éclairage


Bruno 23/09/2011 16:11


Merci pour ce billet.
Il faut accompagner la lecture du livre, de la vision du DVD "Vingt ans 1983 2003" lequel rassemble 6 courts métrages réalisés au fil de ces 20 années donc de 10 ans ( ! ) à 30 ans par le beau
Melvil.


lesdiagonalesdutemps 23/09/2011 16:27



Merci pour cette précision que j'aurais due ajouter à mon billet.