Quartier lointain, un film de Sam Garbarski

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

 

 

A l'impossible nul n'est tenu, car c'était bien une folle gageure que d'adapter au cinéma le chef d'oeuvre de Taniguchi (le mangaka fait une apparition, en passager du train à la fin du film), le manga "Quartier lointain" et qui plus est de le transposer dans la France des années 60. Pour ceux qui ne connaitrait pas cette exceptionnelle bande dessinée, en voici l'argument: De nos jours Thomas, la cinquantaine, doté de femme et enfant est un dessinateur de bande dessinée en panne d'inspiration, se rendant au Salon de la B.D d'Angoulême, il se trompe de train. Il se retrouve dans celui qui le conduit à sa ville natale où il n'est pas revenu depuis plus de 20 ans. Il profite de sa bourde pour se rendre sur la tombe de sa mère. Là, il a un malaise, s'évanouit et se réveille âgé de 14 ans (mais ayant gardé sa mémoire d'adulte) au début des années 60, juste avant la date à laquelle sont père avait abandonné sa famille; il va tenter d'empêcher ce départ...

 

 

 
 

Et bien Sam Garbarski, cinéaste dont je n'avais jamais entendu parlé, "Quartier lointain est son deuxième film, se tire honorablement de son impossible entreprise. Pourtant cela commence bien mal avec un Pascal Gregory dans le rôle de Thomas adulte, qui a une tête du type auquel on vient de présenter la note de ses six derniers mois de consultation chez son psychanalyste, comme dit Eric Neuhoff pour une autre prestation du comédien aussi peu convaincante que celle-ci. Mais dés que le héros retombe en enfance, au sens strict du terme, et est joué par le jeune Léo Legrand, absolument parfait, cela va beaucoup mieux. Tout le casting est alors remarquable à commencer par les parents de Thomas; le père est joué par Jonathan Zaccai, déjà très bien dans "ÉLÈVE LIBRE)" et la mère par Alexandra Maria Lara. Laura Martin qui interprète Sylvie, l'amoureuse de Thomas ne démérite pas non plus. Autre point fort du film, la qualité bluffante de la reconstitution d'époque, aucun anachronisme à l'horizon.

 

 

  

 

Si le choix de Nantua comme ville de l'enfance de Thomas est assez judicieux, il faudra que l'on m'explique comment en voulant prendre un train pour Angoulême on peut se retrouver à Nantua!

Même si le flm est assez fidèle à la bande dessinée, qui est bien sûr à lire absolument, ce serait une erreur de vouloir la retrouver. Pour apprécier le film mieux vaut oublier son origine et alors on passe un agréable moment dans ce voyage sans faute mais non sans nostalgie dans la France provinciale des trente glorieuses dans laquelle la vie était plus douce qu'aujourd'hui. 

 

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Antoine2LaRochelle 12/04/2016 16:48

J'ai emprunté ce film à la médiathèque, un peu par hasard, attiré par la belle image de couverture, promesse d'une reconstitution léchée de la France de province des années 60. Je l'ai vu hier, c'était un enchantement. Je souscris en tous point à votre critique, rien n'y manque, de la qualité de cette reconstitution à la grâce de ce jeune acteur, vraiment parfait. Le son de sa voix, en particulier, est très agréable et participe à l'atmosphère onirique du film. J'ai passé un très bon moment, m'attachant à retrouver, à travers les objets du quotidien, ma propre enfance. Né en 1968, je n'ai pas vu ces meubles, ces assiettes, ce poste de radio chez mes parents, mais plutôt chez mes grands-parents et chez mes oncles et tantes. Madeleines de Proust! Ce beau film est clairement nostalgique; il n'est que de comparer la ville de Nantua, si vivante et chaleureuse dans l'enfance du héros, devenue triste et désertée quand il la retrouve 35 ans plus tard...Adieu, belle vie enfuie...

lesdiagonalesdutemps 12/04/2016 17:44

On voit dans ce film combien la France c'est appauvrie et abâtardie. Ce film assez réussi n'a pas bénéficié de la diffusion qu'il aurait du avoir, en partie parce qu'il montre la dégénérescence d'un pays ce qui met mal à l'aise la critique bien pensante et aussi parce qu'il est adapté d'un chef d'oeuvre, la bande dessinée Quartier lointain de Taniguchi, un sommet de la bande-dessinée.