Quand le Japon découvrait la photographie

Publié le par lesdiagonalesdutemps

De par son isolationnisme, le Japon a été un des derniers grands pays à découvrir la photographie. C'est en 1853, avec l'arrivée de l'Amiral Perry, bien décidé à favoriser l'ouverture du Japon au monde, que la photographie commence à se répandre. Ce dernier débarque entre autres, avec un dessinateur et un photographe, le but étant de diffuser les avancées technologiques occidentales de manière pacifique. Le photographe réalise quelques portraits de personnalités locales et d'officiels qui leur sont remis en cadeau. Le principe du daguérotype est pourtant connu des japonais mais la production est resté au point mort, faute de compétences. 

C'est en 1859 à la fin du régime du Bakufu et l'ouverture officielle du Japon aux étrangers que la photographie se répandra véritablement. Les ports de Yokohama, Hakodate et Nagasaki sont ouverts au commerce international et connaissent l'arrivée d'une forte population étrangère. La population locale marque un vif intérêt pour ces occidentaux exotiques et pour leur mystérieuse technologie. Des estampes montrent même la pratique de la photographie. 


 

Debut-photo-japonaise-01.jpg

Issen Yoshikazu, Français, estampe polychrome, format ôban, 1861, coll. Christian Polak, Tôkyô.

 

Dès 1860, les premiers ateliers de photographie apparaissent. Tenus par des occidentaux, de nombreux apprentis photographes japonais s'y initient avant d'ouvrir eux-même leur propre atelier, récupérant le matériel des érangers : Ukai Gyokusen (1807-1888),  Shimooka Renjô (1823-1914), Hori Yohei (1826-1880), Shima Kakoku (1827-1870), etc...


 

Debut-photo-japonaise-02.jpgHori Yohei, militaires, ambrotype, quart de plaque, v. 1866-1870, coll. Charles Schwartz, New York.

 

 

Debut-photo-japonaise-04.jpgShima Kakoku, « Kawazu Izu no kami », tirage albuminé, 7,8 x 6 cm, v. 1860, coll. Shima Eiichi.

 

La population japonaise, de son côté, découvre de nombreuses photographies importées, notamment des images érotiques qui les marquent par leur grand réalisme, comparativement aux estampes érotiques populaires et fortement diffusées, et participeront à une connaissance accrue de la photographie auprès des locaux.

De leur côté, les missions japonaises à l'étranger se font photographier, prouvant ainsi leur volonté de s'ouvrir au monde et ramènent de nombreux documents photographiques.

 

Debut-photo-japonaise-03.jpgA. Beato, ambassadeurs de la mission diplomatique japonaise de 1864 devant le Sphinx,

tirage albuminé, 21,8 x 27,9 cm, 1864, coll. Miyake Tatsuo.

 

 

Tout en s'ouvrant au monde, les japonais souhaitent revendiquer la différenciation de leur identité. Les photographes utilisent des éléments très marqués de l'identité japonaise tout en incluant dans la composition des éléments occidentaux, comme le décor. Les chaises occidentales deviennent par exemple le symbole de la modernité. Ces clichés, le plus souvent destinés aux étrangers, font donc la part belle à des contenus "ethnographique" ou "exotique" très marqués. Les éléments occidentaux étant réservés aux notables locaux.

 

Debut-photo-japonaise-05.jpgUeno Hikoma, samouraï, portrait carte de visite, coll. Hubert Bidault

 

Debut-photo-japonaise-06.jpgUeno Hikoma, « Jeunes femmes japonaises », 5,5 x 8,7 cm, tirage albuminé, v. 1866, coll. BnF.

 

 

Debut-photo-japonaise-07.jpgUeno Hikoma, fille du daimyô d’Ômura, portrait carte de visite, v. 1869-1873, coll. Hubert Bidault.

 

 

La capitale Edo (Tokyo) est toujours interdite aux étrangers et c'est à Yokohama que la production photographique sera la plus florissante. Le célèbre Felice Beato (1833-1904) s'y installe en 1863. Ses portraits sont très souvent coloriés et le deviennent même systématiquement à partir de 1868. Cette concurrence entraîne rapidement la conversion des autres photographes à cette technique. La photographie coloriée devient alors la caractéristique essentielle de la photographie touristique de 1875 à 1905. La colorisation des photos se fait par des techniciens de l'estampe ou par des peintres et se caracérise par des couleurs douces et sourdes qui respectent les couleurs originales.

 

Debut-photo-japonaise-08.jpgFelice Beato - 1863

 

 

Les ateliers occidentaux concurrents les plus connus sont ceux de Stillfried, Adolpho Farsari, William Saunders et produisent également des images à destination des voyageurs, vendues à l'unité. Mais Béato va bouleverser le marché de la photo-souvenir, en proposant des albums souvenir regroupant sous de luxueuses couvertures une sélection de photographies. Ces albums, le plus souvent monochromes, et les photos de format cartes de visites.


 

Debut-photo-japonaise-09.jpgAtt. à Shimooka Renjô, scène d’intérieur, tirage albuminé, 10 x 8 cm, v. 1865, coll. Christian Polak, Tôkyô.

 

Debut-photo-japonaise-10.jpgShimooka Renjô, Kowairozukai, carte de visite, v. 1870, coll. Tokyo Metropolitan Museum of Photography

 

Debut-photo-japonaise-11.jpgUeno Hikoma, courtisane assise en seiza, carte de visite, v. 1865, coll. Christian Polak.

 

A partir de 1868, Béato ne vend plus ses photos que sous forme d'albums afin d'éviter qu'elles soient mélangées avec d'autres photos concurrentes. Ses albums souvenir constitué d’épreuves de grand format coloriées deviennent alors la norme et ses concurrents ont du mal à rivaliser. La majorité des albums vendus à Yokohama proviennent alors d'ateliers européens et les photographes japonais se replient sur Tokyo.

En 1868, Tokyo devient la capitale du pays et le symbole de la modernisation du pays. L'atelier des photographes devient la vitrine de l'occident et se transforme en lieu luxueux : fenêtres vitrées, mur de briques, moquettes, ameublement à l'européenne. Ils prennent place dans des étages supérieurs pour bénéficier d'une meilleure lumière. Aller se faire prendre en photo se révèle être une véritable expérience de la modernité occidentale

On note l'émergence de plusieurs photographes comme Uchida Kuichi (1846-1875) qui devient le photographe officiel de l'empereur.

 

Debut-photo-japonaise-12.jpgUchida Kuichi, « Yagatabune sur la Sumida », tirage albuminé, colorié à la main, 19,7 x 25,7 cm, 1872. coll. part.


Dès les années 1870, la photographie se propage aux campagnes grace aux photographes ambulants et devient le symbole de la modernité qu'elle a contribué à faire naître dans l'état japonais.

 

On relèvera plus tard le travail de Kasakabe Kimbei (1841-1934). Elève de Beato et Stillfried, il ouvre son propre cabinet en 1881.S'attachant particulièrement aux portraits montrant la vie quotidienne, les métiers de l'époque, ses photos mises en scène en studio sont aujourd'hui une source documentaire remarquable.

 

Debut-photo-japonaise-13.jpgKusakabe Kimbei

 

Debut-photo-japonaise-14.jpgPaysan tatoué - Kusakabe Kimbei

 

Debut-photo-japonaise-15.jpgJaponaise sous l'orage - Kusakabe Kimbei

 

 

Si vous voulez en savoir un peu plus sur le sujet, je vous renvoie à l'article de Claude Estève, spécialiste de la photographie japonaise, sur lequel je me suis appuyé pour rédiger ce billet. Article très complet mais malgré tout partiel, la version complète étant payante.

 

Bibliographie :

Il existe peu d'ouvrages traduits sur le sujet et encore moins de disponibles en neuf...

 

Photographes occidentaux :

- "  Hugues Krafft au Japon de Meiji : photographies d'un voyage, 1882-1883" - épuisé

- " Le Japon dans la lanterne magique : photographies de Charles Vapereau, 1897" - 35€

- "Japon, fin de siècle" Felice Beato, 22,71€

- "Felice Beato et l'école de Yokohama" - Photo poche - épuisé

 

Photographes japonais :

- "Souvenirs du Japon en couleur" - épuisé

- " La photographie japonaise sous l'ère Meiji (1868-1912)" - Patrick Bonneville, 34€

- " Traditionnel Japon, 240 photographies du XIXe siècle coloriées au pinceau" - David Michaud, 35€


Publié dans photographe

Commenter cet article

patricia 25/02/2012 15:41

Un lien sur flickr :
http://www.flickr.com/photos/24443965@N08/sets/?&page=4
et aussi sur ce site :
http://www.baxleystamps.com/litho/
:-)patricia

lesdiagonalesdutemps 25/02/2012 18:01



merci pour ces informations