Qu'as tu fais de tes frères de Claude Arnaud

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

 


« Qu'as tu fais de tes frères » est le livre le plus enthousiasmant, le plus alerte et le plus exact que j'ai lu, et j'en ai lu un certain nombre, sur les années 60 et 70 en France. Pour l'exactitude au moins, je peux la certifier ayant rencontré quelques personnes qui passent dans le roman et ayant fréquenté plusieurs lieux (comme le Sept de la rue Saint Anne et l'Odéon occupé en mai 68) dont il est question ici. J'ai du croiser quelques fois Claude Arnaud dans ces endroits et comme le montre sa photo dans cette période (voir à la fin du billet), il n'a pas du me laisser indifférent. Mais n'étant personne je n'ai pas du brancher ce garçon qui lui même doutait tant de son identité...

Bien qu'il soit écrit roman sur la couverture « Qu'as tu fais de tes frères » est un récit autobiographique. Il est ce que l'on nomme aujourd'hui commodément auto fiction (ce qui est amusant c'est que dans un essais Claude Arnaud a fustigé ce genre), ce qui dédouane l'auteur de ces approximations et l'autorise au mensonge. « Qu'as tu fais de tes frères » nous transporte, lorsque commence le récit, dans la France gaulliste de 1962, vu par le petit Claude qui va bientôt fêter ses huit ans. Dès les premières pages, avant que toutes dates soient évoquées, on sait que nous ne sommes pas aujourd'hui. Les trois frères Philippe, Jean et Claude, le narrateur, se cachent la nuit pour lire au delà de l'heure autorisée par leur sévère père, d'autant que Claude à sept ans lit « ils arrivent » soit « Le jour le plus long » vu du coté allemand (ce qui m'a fait tiquer dès son ouverture sur la véracité de certains passage du livre, mais j'ai été rassuré par la suite, ou plutôt de solidité de la mémoire de l'auteur. En ce qui me concerne j'ai lu ce livre également en 1962, mais j'avais onze ans et l'on jugeait néanmoins que ce n'était pas une lecture de mon âge, certes j'avais des parents moins intelligents que ceux de Claude). Philippe a onze ans; il est plongé dans les « Mémoires d'outre tombe », ouvrage qui lui fait tout de même plisser le front. Quand à l'ainé, âgé de quatorze ans, il peaufine une version grecque! Peut on imaginer un tel tableau en 2013, ce serait d'un surréalisme qui laisserait bien loin les montres molles et autres billevesées d'un moustachu au sommet de ses délires publicitaires dans les années que parcoure le livre.

Après cette courte présentation, Claude attrape sans crier gare ses onze ans et nous voilà de Boulogne-Billancourt, coté bourgeois, précipité en Corse où la famille Arnaud passe les vacances et retrouve le clan. Le grand oncle du narrateur n'est autre que Charles Zucarelli député maire de Bastia.

Dans les premiers chapitres le style et le ton narrant cette enfance de la classe moyenne supérieure des trente glorieuses rappelle ceux du club des incorrigibles optimistes de Jean-Michel Guenassia. Mais ici Claude est né en 1955, alors que le jeune Michel du club est de 1947... Il y a aussi dans le livre d'Arnaud un tropisme méditerranéen qui, au lieu d'être italien, est corse. Contrairement a Guenassia qui nous fait vivre les aventures de son héros au présent, Arnaud parsème son texte de remarques signifiant qu'il nous parle d'un temps révolu et que notre présent n'est pas celui du livre. Cette position de surplomb fait que le lecteur n'est pas en symbiose avec l'enfant. Ce n'est pas l'enfant qui parle mais un adulte qui se souvient d'avoir été l'enfant. Mais le problème principal c'est qu'il se souvient mal en raison d'un laxisme dans la chronologie, ce qui est surprenant pour un biographe. Pourtant le roman demande encore plus de rigueur chronologique que la biographie. La leçon de Roger Martin du Gard semble tombée dans l'oubli... Par exemple il est douteux qu'un garçon de douze ans en 1967 ait la connaissance de Pinget. Plus probable en effet est celle de Claude François et de Sacha Distel qui sont curieusement mis en parallèle alors que leur apparition dans le monde des variété n'est pas concomitant, 1958 pour le chantre des scoubidou et 1962 pour Cloclo avec « Belle, belle »... Claude Arnaud déteste ces deux chanteurs et fait une petite fixette sur leurs personnes que doit il penser de notre pacotille people actuelle? Infimes détails certes mais qui brouillent la cohérence du récit. Heureusement dès que le livre quitte les rivages de l'enfance du narrateur pour aborder sa tumultueuse adolescente les références évoquées rentrerons en phase avec l'âge des protagonistes et la gène du lecteur disparaitra.

La peinture de cette fratrie rappelle aussi celle évoquée par Denis Podalydes dans « Voix off ». On y trouve la même chaleur que menace le même tragique.

Il est dommage que la belle fluidité du cours de l'écriture soit parfois interrompu pour le lecteur par un anachronisme langagier, je vois mal un môme de sept ans en 1962 dire à sa mère que la robe qu'elle vient d'acheter est : « trop jolie »... Il reste que cette fluidité a été pour moi l'immédiate bonne surprise de la lecture car j'en étais resté en ce qui concerne Claude Arnaud à l'écriture indigeste de sa biographie de Cocteau qui est néanmoins indispensable pour la connaissance de ce dernier mais qui demande à son lecteur un bel appétit ( c'est pourtant beaucoup plus à Proust qu'à Cocteau que se réfère Claude Arnaud non par la sinuosité de sa phrase ni même pour son travail sur la mémoire mais pour la position de son narrateur dans le récit).

Les nostalgiques des années 60 (puis à la fin du livre des années 70), celles d'avant 68, le funeste millésime qui a, à tout jamais ruiné le bel ordre industrieux et optimiste du pays, trouveront leur compte dans « Qu'as tu fait de tes frères ». Ils y retrouverons bien des codes et des souvenirs désormais incommunicables à qui ne sont pas leurs exacts contemporains, du moins s'ils appartiennent « à nos familles ». N'y évoque t-on pas des auteurs aussi glorieux alors et si oublié aujourd'hui tels t'Serstevens et Thor Heyerdahl. Il est très intéressant aussi que l'auteur nous parle d'une enfance dans une famille où il n'y a pas encore la télévision et où par conséquent le livre demeure pour l'adolescent la porte du rêve?

Mais cette porte va se refermer progressivement avec l'irruption dans la quiétude studieuse des frères Arnaud des évènements de mai 68 que l'auteur décrit avec beaucoup de verve et d'allant tout comme précédemment il avait brossé le tableau d'une Corse profonde.

C'est avec une certaine naïveté que l'auteur, probablement à son corps défendant, dans la suite du livre nous décrit combien les conséquences de mai 68 ont déglingué la culture bourgeoise. Le résultat est que de nombreux éléments de la jeunesse et souvent les plus prometteurs, vont tomber dans un gouffre sans fond. C'est ce qui va arriver aux deux frère de Claude (le livre est peut être avant tout un bel acte d'amour fraternel). C'est aussi à sa manière ce que montrait Après mai, le film d'Olivier Assayas. Le cinéaste, dans une interview, confessait d'ailleurs tout ce que son film devait au livre d'Arnaud. C'est à un autre film qu'il est également intéressant, pour une autre facette de ce riche récit, de mettre en parallèle « Qu'as tu fais de tes frères » à propos de la découverte par Claude, à seize ans, de son homosexualité, que les lecteurs les plus vigilants sur la question auront déjà subodorée assez vite. Je veux parler de Maman que man, de Lionel Soukaz parfaitement contemporain d'Arnaud. Film dans lequel le cinéaste racontait la même expérience mais cette fois vécu par un garçon issu du prolétariat. On retrouve également chez Arnaud comme chez Soukaz, la mort de la mère et la tentation pour les drogues.

Avec la même aisance qu'il nous avait décrit l'éveil des sens de Claude, l'auteur nous fait vivre la passion pour la politique qui saisit son héros. Ce qui donne un voyage qui nous paraît aujourd'hui un peu surréaliste dans les différents groupuscules de la mouvance gauchiste. Claude Arnaud avec adresse nous en conte l'histoire et la dérive sectaire. On songe en lisant ce tableau, où le fanatisme côtoie le ridicule, qu'il faut dénoncer les nauséeuses tentatives du Front de gauche et consort pour ressusciter ce temps là. Temps qui fut suivi de cruelles désillusions pour les enfants perdus de cette génération comme l'auteur le constate avec lucidité : << Ma génération s'est pensée en bloc, il n'y avait de place que pour les collectifs, les communes et les groupes.  La solidarité était censée faire taire les intérêts privés, l'ambition, la jalousie. Qui aurait osé dire que le nuage stupéfiant où nous vivions n'était pas la "vraie vie"? >>.

Dans cette nébuleuse, si le livre ne se transforme jamais en name droping, on néanmoins croise bien des personnages célèbres, certains qui auront leur heure de gloire parfois dans toute autre sphère que celle où Claude les rencontre, tel Thierry Jonquet ou qui ont depuis tourné casaque comme Gluksman. Mais celui sur lequel l'auteur s'attarde le plus est Pierre Victor alias Benny Levy quimanipule sa cour de jeunes militants et qui semble-t-il aurait pu devenir un terroriste politique exemplaire. Qu'est-ce qui l'a empêché d'embrasser cette carrière sanguinaire? Le manque de courage physique ou sa soudaine poussée religieuse?

Claude Arnaud est un maitre du portrait. Ce sont des portraits de chats, les griffes sont rentrées mais parfois elles dépassent un peu. Il lui suffit de quelques mots pour cerner celui qu'il veut présenter, comme dans ce croquis d'Hervé Guibert: << Le malheur exsude de lui, comme une poisse indélébile, j'ai l'impression de tenir en main sa radiographie psychique. Etre si beau et sembler si peu apte à en jouir!>>. Parfois il consacre plus de lignes à son modèle comme pour Frédéric Mitterrand avec qui l'auteur cohabite neuf mois: << Il me semble incarner assez bien la vieille homosexualité, où il n'y a guère de mi-chemin entre le pur et l'impur, la damnation et l'extase. Le samedi soir. Le samedi soir, il ramène du Drugstore Saint-Germain* des garçons qui repartent à l'aube en emportant nos vêtements et nos appareils hi-fi, jamais nos livres curieusement (…) Frédéric éprouve une sorte de volupté à être triste, sinon volé. Un pacte étrange et ancien, où la punition attise la jouissance, lui fait chercher les situations inconfortables: un éternel enfant qui tente de saccager son éducation trop morale. Mêlant une grande curiosité à l'indifférence, la culpabilité à l'ambition, le désir à la peur, le cynisme à des formes de candeur, il paraît vivre en sursis. Evitant ce qui pourrait l'exposer, fuyant les situations égalitaires ou réciproque...>>. Il n'y a pas que les célébrités qui bénéficient de somptueux portraits, voici celui de son ami Roland, un anonyme, du moins en ce qui me concerne: << Du lutteur, Roland à la force physique , l'endurance morale, le goût pour la confrontation: il vous prend par la culotte, vous soulève de terre et vous hisse en triomphe, tels les romains raptant les Sabines. Son corps lourd et musclé, populaire, digne d'un Rubens le rend aussitôt présent.>>. Mais le personnage le plus intrigant est l'auteur lui même ou plus exactement ses multiples avatars de papier. N'oublions pas qu'il est écrit roman sur la page de garde du livre. Ce « je » est un vrai caméléon, titre plus tard d’un de ses livres qui obtiendra le prix Fémina en 2008. Il change de nom, d’apparence, de préférence sexuelle selon les circonstances. Bastien pendant sa période trotskiste, il  prend le nom d’Arnulf, en virant maoïste, androgyne, drogué et squatter. C'est probablement ce moi changeant, aux empathies fugitives, qui empêche ce grand portraitiste d'être aussi méchant, alors qu'il est aussi brillant, que ses devanciers dans l'exercice comme Léon Daudet, Paul Léautaud ou Matthieu Galey...

Le jeune Claude reste néanmoins lucide et ne tarde pas à se dégriser de l'alcool frelaté du maoïsme. C'est avec beaucoup de sensibilité qu'il évoque la mort de sa mère, passage qui devrait serrer les coeur des orphelins que nous demeurons jusqu'à notre dernier jour. C'est cette fois avec une rigueur clinique néanmoins teintée de tendresse et même de drôlerie qu'il décrit le chemin qui conduit son frère ainé vers la folie. Ce drame le mène a arpenter les allées de l'antipsychiatrie. Il devient un proche de Guattari. Il rencontre moult sommités de l'intelligentsia parisienne, Foucault, Deleuze, Barthes, Sherer... Un peu le même milieu dans lequel s'ancre Ce qu'aimer veut dire de Mathieu Lindon mais le livre de Claude Arnaud est beaucoup moins égotiste et beaucoup plus alerte que celui de Matthieu Lindon. Claude est bientôt attiré par les facilités sexuelles et mondaines de la rue Saint-Anne alors épicentre pré-Marais de la vie homosexuelle parisienne.

Ce formidable voyage dans le bouillonnement culturel et sexuel des années 70 est parsemé de bonheurs d'écriture mis au service d'une fine observation de ceux que côtoie Claude: << J'en viens à croiser toutes les déclinaisons d'une homosexualité que l'imagerie militante et la machinerie commerciale n'ont pas encore homogénéisée, avec ses universitaires à gilet et ses voyous duplices, ses chéries hautaines et ses tapettes surexcitées, ses érotomanes tristes et ses gigolos qui longent le drugstore Saint-Germain, un sourire obligé aux lèvres.>>.

Le roman montre que si l'époque décrite tendait bien des pièges mortels à ses enfants aux frêles psychismes, elle leurs offrait aussi des possibles que notre présent à du mal à imaginer. Combien je fais mienne, dans notre triste époque la constatation de Claude Arnaud: << Quelle chance j'ai eu de grandir dans une époque encourageant le désir!>>.

En refermant le livre d'une franchise dénuée de tout masochisme, on a qu'une envie c'est de savoir la suite des aventures de Claude et de ses aréopages fluctuants, cela tombe bien, Claude Arnaud l'a écrit en 2012, c'est: « Brêves saisons au paradis ».

Comme conclusion à la critique de ce livre on ne saurait mieux dire que paradoxalement ce que dit le livre lui-même en citant un passage: << Ce passé qui s’éloigne aurait fini par me devenir incompréhensible, sous la masse des clichés qu’il a engendrée, sans l’effort de réminiscence que ces pages ont exigé.«Cette réalité que nous risquerions fort de mourir sans l’avoir connue, et qui est tout simplement notre vie» (Proust), seule la littérature pouvait la ressusciter, dans sa vérité quintessentielle, tout intérieure, au contraire des photos et des films, si trompeurs dans leur évidence. Ces années appartiennent à l’Histoire et pourtant leur fraîcheur, leur démesure font encore rêver.>>. 


* Ainsi j'ai profité des mêmes faveurs tarifées que l'ancien ministre (alors futur). J'aimerais avoir des témoignages sur le monde des gigolos du Drugstore. Que peuvent être devenu ces garçons et leurs clients qui pratiquaient de curieux ballets que j'observais, lorsque je n'y participais pas, de la terrasse Drugstore ou du premier étage de la librairie de la Hune où je me ruinais en livres avant de me ruiner en tapins. Or donc, chers lecteurs si vous avez des anecdotes, des témoignages sur le sujet, ils seront les bienvenus. J'avais déjà fait cet appel dans un précédent billet, il est malheureusement lettre morte, j'espère qu'il n'en sera pas de même pour celui-ci... 

 

 

 

Olivier Barrot interviewe Claude Arnaud à propos de "Qu'as tu fais de tes frères"

 

 

  • Pour écouter la très intéressante émission de Francesca Isodori sur ce roman cliquez sur la flêche.


    07.05.2011 - Affinités électives
    Claude Arnaud 49 minutes Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lectureRecevoir l'émission sur mon mobile

    Par Francesca Isidori; réalisation Isabelle Yhuel. Avec la collaboration de Claire Poinsisgnon. "Claude Arnaud est né dans les livres (frères papivores, mère épistolière, grand-mère écrivain régionaliste). Il lit ses premiers romans à 10 ans, entre deux biographies de dictateur, et dévore à 14 l’oeuvre de Gide..."
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Jean 15/03/2013 16:45

j'étais persuadé que ce livre vous plairait... même en étant de la génération suivante j'y ai pris un plaisir infini que j'avais écrit dans mon commentaire sur le site Amazon.fr bien à vous Jean

lesdiagonalesdutemps 15/03/2013 17:11



On peut bien sûr prendre beaucoup de plaisir à lire Qu'as tu fais de tes frères sans avoir connu cette époque. Ce livre est très riche c'est aussi (surtout?) une interrogation sur
l'identité. 



ismau 14/03/2013 19:03

Evidemment, je ne peux que vous décevoir, quant au témoignage que vous attendez sur les gigolos du drugstore ... Néanmoins, c'est sans doute une coïncidence,la seule rencontre et aventure presque
tarifée que j'ai pu connaître, c'était justement là, à la librairie de La Hune en 77 . J'avais 18 ans, et je consultais un livre de Pierre Herbart, que j'adorais comme j'adorais Gide ( ayant moi
aussi tout lu de lui vers 14 ans ),quand un homme qui me paraissait bien laid et vieux vient vers moi et me charme par ses connaissances littéraires ... je le suis donc dans sa chambre d'hôtel tout
près de la librairie où il se propose de continuer la conversation, mais c'était finalement très peu littéraire et fort décevant . J'étais tellement stupide que j'ai refusé l'argent qu'il me
proposait . Quand je lis Claude Arnaud, je trouve surtout que j'ai été encore plus stupide de profiter si peu et si mal de ma liberté et de ma jeunesse pendant ces 5 années d'études à Paris .
Mais pour revenir aux gigolos du drugstore, je me souviens qu'Hervé Guibert en parle dans "Mes parents", et aussi il me semble Frederic Mitterrand, justement, dans son autobiographie " La mauvaise
vie".

Oui,le livre de Claude Arnaud est captivant, émouvant, très riche de souvenirs personnels et collectifs ; d'une écriture alerte et très vivante . Je suis d'accord avec vous, et trouve très agréable
de partager ce plaisir de lecture . Je partage d'ailleurs aussi avec vous la découverte de petites erreurs dans son texte, mais ce ne sont pas les mêmes . Celles que j'ai trouvées, sont à la page
244 de l'édition brochée ( début du chapitre "la chanson de Roland" )Il parle du Livre d'Edern Hallier "Le premier qui dort réveille l'autre", paru en 77, que j'avais lu à l'époque et que j'ai relu
pour vérifier . Non, il ne s'agit pas, comme il le dit, d'un inceste entre frères ( Sans doute une projection personnelle de sa part ).Même page,le lendemain, il se trouve chez Michel Foucault qui
fête le prix Médicis d'un jeune écrivain blond ... 2ème erreur : en 77,le Médicis c'est Michel Butel, qui a 37 ans et qui n'est pas blond .C'est donc beaucoup plus probablement Jacques Almira qui
avait 25 ans et était proche de Foucault, mais la date est alors fausse, puisqu'il a eu le prix Médicis en 75 . Et la présence d'Hervé Guibert est alors fausse aussi puisqu'il n'a connu Foucault
qu'en 77 ... Il peut aussi, mais je ne crois pas, s'agir de Marc Cholodenko : 26 ans pour le Médicis en 76 .
J'ai hésité à formuler tout ceci sur l'intéressant site de Claude Arnaud, qui invite à laisser des messages, et puis j'ai pensé que ce serait désobligeant de pinailler ainsi sur les détails de ses
souvenirs, forcément lacunaires .

J'attendais, comme beaucoup sans doute, la suite de son histoire ... En attendant j'ai lu sa première biographie sur Chamfort : on y trouve déjà la fascination pour un personnage aux visages
multiples voire contradictoires, et aussi la peinture d'une époque en plein bouleversements .
Son Cocteau, je ne l'ai pas encore lu . En fait, j'en ai un peu moins envie, depuis que j'ai lu la fameuse suite " Brèves saisons au paradis" ... que j'ai trouvé curieusement décevant, sans pouvoir
vraiment expliquer ce qui me plait moins . J'y trouve quelque chose de plus artificiel,de moins sincère, qui se ressent aussi dans l'écriture . Ou alors est-ce le battage médiatique, autour de
Luchini et même chez Drucker, qui était agaçant ? C'est tout de même aussi un bon livre, évidemment .

lesdiagonalesdutemps 14/03/2013 20:29



Il reste que le livre est vraiment formidable c'est surtout un émouvant tombeau (tombeau littéraire au sens que l'on donnait à ce mot encore entre les deux guerres) à ses frères. Il y avait
encore beaucoup de chose à écrire sur ce livre. Je m'aperçois que je n'ai pas mentionné les références musicales (pour cela il y a un petit coté Murakami) et que je n'ai cité que peu des
références littéraires. Il aurait encore fallu parler de Pérec, de Pinget de Gracq, de Rinaldi... et l'amusante allusion à Modiano.


Il me semblait à moi aussi qu'il y avait inceste dans le livre de Jean Edern Hallier, j'ai pourtant lu le livre! Moi aussi l'identité du bénéficiaire blond du prix Médicis m'avait intrigué. Ce ne
peut pas être Almira que j'ai un peu connu et qui était très brun. Ce doit être Cholodenko. Deux écrivains qui ont bien disparu de l'image radar de la notoriété littéraire.


Au début de votre anecdote j'ai cru que c'était moi le dragueur de la Hune mais je ne me souvenais pas y avoir dragué. Il m'est arrivé une aventure un peu comparable un soir je chassais le gigolo
du coté de la rue du Dragon, je suivais un joli blond, je l'aborde. Il me dit qu'il était d'accord pour une fois on ne discute pas le prix et nous allons à l'hotel. Cela se passe très bien, une
fois la chose faite je me rend dans la salle de bain et lorsque je reviens mon joli blond, qui était américain avait disparu. A sa place sur le lit deux billet de 100 francs. Le garçon m'avait
pris pour un gigolo. Je n'ai pas poursuivi dans la carrière. Je ne pensais avoir le physique pour mais peut être me trompai-je cela devait être en 1974 et je n'étais guère plus vieux que mon
mignon américain...