pour se souvenir du point sur Robert avec Luchini

Publié le par lesdiagonalesdutemps


J'ai l'outrecuidance de vous proposer à nouveau le petit texte que j'avais commis après avoir vu le spectacle de Luchini car j'ai trouvé dans la caverne d'ali baba dont je vous ai parlé récemment une heure de radio d'Anthologie sur son spectacle, avec comme clown blanc Olivier Barrot, c'est à la fin du billet.  

20081114203034J’avais un très bon souvenir du dernier spectacle que j’avais vu de Fabrice Luchini qui était son interprétation de pages choisies du “Voyage au bout de la nuit” de Céline. Avec cette phrase inoubliable, que je cite de mémoire, donc approximativement, que Céline met dans la bouche d’un cafetier, auquel j’attribue la physionomie du bistrotier de “La traversée de Paris”, << Monsieur, les arabes, ils ne boivent pas, chez ces gens là, on s’encule...>>. Je m’attendais donc, installé douloureusement dans un des très inconfortables fauteuils de l’Espace Cardin, à voir un florilège de notre littérature, interprété par ce délicieux histrion. Je fus d’ailleurs  conforté dans mon espoir par l’entrée de l’acteur, maintenant en équilibre précaire, avec grand peine, une haute pile de livres. Mais la suite détrompa presque totalement cette attente. Si j’ai bien ri à ce spectacle, il ne m’a guère meublé l’esprit. Car durant une heure cinquante j’ai assisté un one man show qui m’a rappelé un peu les numéros des chansonniers du Caveau de la République ou les mises en boite des maîtres de cérémonie de certains cabarets, où jusqu’à la fin des années 60, on houspillait les clients et que je dois à mon grand père d’avoir découvert... Le fil rouge du texte que l’on entend, dans lequel il est difficile d’évaluer l’importance de l’improvisation, est le retour d’un homme sur sa carrière. C’est la même méthode qu’avait employé Jean Rochefort dans son superbe spectacle de 2007. Mais l’on sentait chez Rochefort une grande empathie avec son public. Il nous communiquait son plaisir d’être là et avec élégance et tact se livrait à un exercice d’admiration parlant peu de lui, jamais de la contingence des jours mais traçait un portrait de comédien à travers les œuvres qu’il révérais qui allaient de Montaigne à Francis Blanche en passant par Molière ou Pinter, sans oublier Fernand Raynaud. Il en va tout autrement avec Luchini qui parle surtout de lui et ne laisse qu’une place congrue aux maîtres qu’il s’est choisis dont  il semblait vouloir nous faire partager les lumières. Ce qui m’amène a remarquer que les références littéraires de notre paillasse, si elles sont excellentes sont aussi très classiques, un peu comme celles de Charles Dantzig dans l’idéal livre de chevet qu’est son dictionnaire égoïste de la littérature française. Si je cite cet écrivain, c’est que, comme Luchini, je le qualifierais d’anarchiste de droite, qui est une  posture qui en vaut beaucoup d’autres et qui surtout donna de grandes pages iconoclastes aux lettres françaises. Mais alors j’aurais aimé, un peu plus d’audace, un peu moins d’université dans les figures évoquées. Il m’a manqué Boudard, Jacques Perret, Antoine Blondin... Les hussards sont restés à la caserne! Et puis cette attitude amère qui fait que l’on a, le sentiment à la fin que tout se vaut, en bas la débine, en haut la combine, me fatigue. Il faut être Céline pour transcender tout cela.
Les deux morceaux de bravoure du spectacle sont sa rencontre avec Barthes et la narration de la première de Perceval le gallois dans lequel pour la première fois le complet inconnu Luchini tenait la vedette. Le premier étant directement lié avec le second puisque c’est suite à une bonne critique du film dans le Nouvel Observateur que fit Barthes que Luchini rencontra l'écrivain. L’évocation du second événement  raconté avec brio, façon tartarinesque, tout en exagérations, type la sardine qui boucha le port de Marseille, curieusement m’a ému car il se trouve que moi aussi j’y étais à cette première, un soir de 1978. Et bien, si l’accueil de la salle fut pour le moins mitigé, et que certaines rangées se dégarnissaient de ceux qui pensaient qu'ils allaient assister à un film ressemblant à l’hollywoodien Ivanohé, ce ne fut tout de même pas l’exode que décrit Luchini.
Cette drolatique description m’a parfois gêné, car on en vient à ce demander de quel coté est Luchini, celui de Rohmer ou du beauf en mal de castagnes moyenâgeuses?
Je n’ai guère apprécier non plus le mode participatif sous la forme de demander à la salle, tous ensemble, puis seulement les hommes et ensuite les femmes de répéter après lui, la phrase, certes de Genet et qui ne manque pas de saveur << Assieds toi sur ma bite et causons.>>. Il me semble que ce n’est pas complètement en accord avec les justes brocards dont pâtit durant tout le spectacle la chaisière du Poitou-Charentes, nouvelle égérie coûteuse de Pierre Berger...
Une bonne soirée grâce à l’ abattage exceptionnel de Luchini où toutefois j’aurais aimé moins rire et plus réfléchir et admirer...
20080213luchini
Pour écouter Luchini commencez par cliquer sur la ligne bleue ci-dessous.

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