pour se souvenir du futurisme à Paris au centre Pompidou

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

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Il est toujours un peu gênant de parler d'une exposition qui vient de fermer ses portes à Paris depuis quelques jours. Mais les heures sont si courtes et les passions si chronophages que je n'ai malheureusement pas eu le temps de revenir sur cette belle visites faite au centre Pompidou, il y a déjà quelques semaines. Ma culpabilité est toutefois diminuée par le fait que cette exposition à la bonne idées de renaître à la Scuderi del Quirinale à Rome du 20 février au 24 mai puis à la Tate Modern de Londres du 12 juin au 20 septembre 2009. Et puis nombreux sont mes visiteurs qui sont bien loin de Paris.

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Severini, La danse du pan-pan au Monico.
Si la visite est un véritable plaisir pour les yeux, il n'en va pas tout à fait de même pour l'esprit.Le titre tout d'abord pose problème par son coté restrictif, "Le Futurisme à Paris". Que nombre de futurismes aient eu des rapports privilégiés avec la France, Sévérini vit à Paris depuis 1906, certes, que l'exposition de 1912 chez Bernheim jeune soit une date importante du mouvement cela fait aucun doute, on peut même considérer cette manifestation comme l'acmé du mouvement; et bien sûr il y a eu la publication le 20 février 1906 du Manifeste du Futurisme à la une du Figaro dont le centenaire est le prétexte de l'exposition.; mais il aurait fallu mettre l'accent sur le fait que ce mouvement est d'abord italien même s'il se veut internationaliste.

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Russolo, La Rivolta.
Il est tout de même dommage de voir aussi peu de toiles, même si elles sont magnifiques, en particulier "Les funérailles de l'anarchiste Galli" de Carrà, habituellement au Moma, strictement issues du futurisme italien. Néanmoins l'étude des rapports entre le cubisme (français) et le futurisme (italien) d'abord antagonistes (éclairante confrontation entre d'une part les tableaux de Braque et de Picasso et d'autre part ceux de Carrà et de Russolo puis au fil des années, à l'aube de la Grande Guerre, est fort éclairante.Ensuite on voit les deux écoles se rapprocher.

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Carlo Carra, Les funéraille de l'anarchiste Gali.

Les futuristes s'élèvent contre le cubisme lui reprochant son goût pour le nu (féminin bien sûr), le statisme et ses teintes bitumeuses; lui opposant une peinture du mouvement, reflet du monde moderne aux couleurs lumineuses.

C'est Apollinaire qui en 1912 annonçant la naissance d'un nouveau mouvement, l'orphisme, unira les deux écoles associant le cubisme et la "simultanéité" jusqu'alors l'apanage des seuls futuristes.

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Nevinson, Bursting shell, l'explosion d'obus.

Heureusement l'exposition ne reste pas cantonnée dans ce dialogue mais montre l'influence du futurisme ailleurs qu'en France mais aussi en Grande Bretagne, ce qui nous donne le plaisir de voir des oeuvres de Nevinson  et sur des artistes comme Kupka, l'américain Joseph Stella et ceux de l'avant garde russe.
A mes yeux toute exposition vaut aussi par la découverte que je vais y faire. Ici celle du peintre Félix Del Marle, unique représentant français du futuriste dont "Le port de 1913, habituellement au Musée des Beaux-Arts de Valencienne, est une des plus belles toiles de la manifestation.

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Le port, Félix Del Marle.

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tract futuriste distribué à Montmartre par Félix Del Marle
Mais le plus ennuyeux dans la construction de cet hommage c'est qu'en privilégiant le dialogue entre cubiste et futuriste il jette un voile pudique pour ne pas dire hypocrite sur l'histoire du mouvement italien. Il y a avant tout une approche biaisée du futurisme en le faisant apparaître comme une école d'art plastique alors que c'était un mouvement avant tout littéraire. Le commissaire de l'exposition Didier Ottinger s'il met bien l'accent sur le fondement philosophique du mouvement et ce qu'il doit à Bergson qui déclarait << Tout est devenir de fuite, rien n'est immobile>> qui pourrait être la devise de l'expression picturale du mouvement qui empreinte les notions de simultanéité, de durée, de dynamisme au philosophe français, on s'étonne que ne soit pas mis plus en lumière la curieuse mystique de l'esthétique guerrière que proclamait Marinetti en chantant les beautés de la mitraille (Boccioni sera tué sur le front en 1916!) .

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Umberto Boccioni
Faire arrêter le futurisme en 1914 c'est d'une part ignorer la deuxième période du mouvement qui débute en 1922 et surtout son adhésion au fascisme, à ses débuts. A cette aune on pourrait par exemple s'interroger sur l'enthousiasme Ezra Pound pour le mouvement dés 1910... C'est le poéte qui associant le mot vortex à cette peinture sera à l'origine du nom de l'école futuriste anglaise, le vorticisme. C'est aussi oublier que cette deuxième phase, en quelque sorte moins élitiste, a largement diffusé l'esthétique du futurisme dans l'architecture, la décoration, la publicité...

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L'accrochage au centre Pompidou était aussi judicieux qu'aéré, espérons qu'il en sera de même sur les deux autres sites où elle migre. L'audioguide est trè utile en particulier pour l'interprétation du superbe triptyque de Boccioni, "Etats d'âme".

Une exposition qui est un grand plaisir des yeux mais qui demande un esprit critique pour l'apprécier complètement.

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Le jour de ma visites quelques belles créatures arpentaient les salles...

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