pour se souvenir de Regards croisés de la bande dessinée belge

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

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C’est un article du “Monde” signé Yves-Marie Labé qui attiré mon attention sur cette exposition “Regards croisés de la BD Belge”. Je lui en suis d’autant plus reconnaissant que je n’ai rien lu d’autre sur cette manifestation qui pourtant se déroule dans le prestigieux musée des beaux-arts de Belgique, au même endroit où, il y a presque deux ans j’avais été ravi par la superbe exposition Alechinsky. Les musées royaux belges me semble t-il ont un problème de communication...

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Dès l’arrivée à la gare du Midi le voyageur à sa descente du Thalis est mis en condition par de nombreux panneaux dans le grand hall de la gare qui proposent une charmante évocation de la série Boule et Bill pour le cinquantenaire de sa naissance et qui malheureusement à perdu son papa...
Puis à la sortie de la gare c’est une nouvelle fresque (depuis mon dernier passage il y a déjà dix sept mois) signée Johan de Moor qui accueille le visiteur dans la capitale belge.

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Sur le chemin du musée je conseille de faire un petit détour par la "maison de la bande dessinée" qui se trouve en face la gare centrale. C'est en fait une librairie qui propose dans une belle petite salle attenante à celle-ci régulièrement des expositions toujours très intéressante, en novembre 2007 je vous avais parlé de celle sur Jacques Martin. Cette fois c'est Willy Vandersteen grand dessinateur un peu méconnu des français alors qu'il est une célébrité du coté des flamands, qui bénéficie d'un bel accrochage où l'on découvre qu'il est bien autre chose que le créateur de Bob et bobette, ce qui suffirait déjà à sa gloire.

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ci dessus 4 photos prises à la maison de la bande dessinée dans l'exposition Willy Vandersteen
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Une heure de marche après (1h 30 si vous avez suivi mon conseil d'aller voir l'exposition Vandersteen qui vient d'ouvrir) , en slalomant dans les éternels travaux de Bruxelles, je suis à pied d’oeuvre dans le beau musée royal d’art moderne qui vient de s’ adjoindre un musée Magritte, mais c’est une autre histoire dont je devrais vous parler en octobre si tout va bien...

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Ce regard croisé va dans bien des directions. Il signifie qu’il prend en compte le coté flamand aussi bien que le coté wallon du massif belge de la BD et qu’il explore aussi les influences que les ”écoles belges” ont reçues ainsi que son rayonnement sur cet art dans le monde entier. L’exposition répond à des questions cruciales pour la Belgique: Y-a-t-il un particularisme belge en terme de bande dessinée? (oui, ouf!). Dans quelle mesure celle-ci participe-t-elle à l’évolution de la bande dessinée mondiale? (elle y a pris une part considérable, re ouf!)...

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une des premières planches de Buck Danny dessinée par Hubinon sur un scénario de Charlier
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dessin pour la couverture d'un des Timour de Sirius, belle série historique qu'il serait bon de rééditer

Une première partie à coup de chef d’oeuvre retrace l’historique de la bande-dessinée belge et sa spécificité. Si cette section n’est pas la plus originale de l’exposition, elle est efficacement didactique si bien qu’un béotien en ressortira informé. C’est aussi dans ces premières salles, dans lesquelles même le spécialiste fera des découvertes comme cette planche de 1943 du “Rayon U” de Jacobs qui nous fait découvrir que dans ces premiers pas dans la BD le baryton du 9 ème art pratiquait la mise en couleur directe sur la planche!, que l'on peut vraiment mesurer tout ce que la bande dessinée doit aux artistes belges.

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La pièce maitresse de l'exposition une des premières planches de Jacobs


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Alix par Jacques Martin, alors au sommet de son art


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Dans le septre d'Ottokar (1938) Tintin est ému lorsqu'il remet le septre au roi, dernier refuge des valeurs et symbole de l'unité du pays, un album toujours d'actualité
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C’est une avalanche de planches originales (presque toutes issues de collections privées) des oeuvres mythiques de la bande dessinée que l’on peut admirer dans les vitrines telles que “On a marché sur la lune”, “La marque jaune”, “La flûte à six schroumpf”, “Jerry Spring” “La grande Menace”... Tous les grands anciens de la BD belge sont représentés parfois avec des dessins inédits, réalisés pour diverses occasions comme ces très beaux projet de couverture dessinés par Jean Graton, ou ceux de Maurice Tillieux, Sirius, Reding... Tous les héros de nos enfances sont là, Alix, Corentin, Buck Danny, Dan Cooper, Jary, Bob et bobette...

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La patrouille des castors par Mitacq

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Un original de Roba


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Le franc par Jacques Martin.

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projet de couverture pour un Michel Vaillant, signé Jean Graton

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jeunes footballeurs par Raymond Reding

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Tintin en Amérique où la première manière d'Hergé
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Pour rompre la suite des planches encadrées, ce qui aurait pu devenir monotone, les commissaires de l’exposition on demandé à des fresquistes, aussi prestigieux que François Avril, Ever Meulen et Swarte de réinterpréter l’histoire de la bande dessinée belge à leur manière. Ce qu’ils ont fait avec beaucoup d’invention et de fraîcheur. Malheureusement on ne retrouve aucune reproduction de ces fresque dans l’épais et fort instructif catalogue.

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Le cœur de l’exposition est la mise en exergue de 20 artistes qui œuvrent aujourd’hui dans la bande dessinée belge. Chacun est représenté par plusieurs planches et dessins significatifs de son travail, par une rapide biographie que l’on retrouve étoffée dans le très utile catalogue, par une vitrine, véritable petite installation à chaque fois évoquant son enfance et enfin par cinq oeuvres des “anciens” de la B.D. qui l’ont influencé sans limite d’époque ni d’espace ce qui donne des confrontations inattendues servies par un accrochage souvent heureux.

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un rare tableau de Cuvelier voisine avec une non moins rare aquarelle de Jijè


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rencontre improbable de deux grands talents, Schultz et Tillieux.

Cette dernière rubrique (qui elle non plus n’est pas reprise dans le catalogue) permet habilement à la manifestation de déborder très largement du cadre, pourtant pas étroit, de la simple bande dessinée issue du terroir d’outre Quiévrain. Ainsi on peut admirer des oeuvres d’Alex Raymond, Tardi, Schultz, Floc’h, Moebius, Bilal, McCay, Caniff, Uderzo, Pratt...

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le Tarzan de Hogarth
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sans oublier les grands anciens du pays...

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le Corentin de Cuvelier
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les rats noirs de Macherot
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Black et Mortimer.

La grande idée des commissaires est dans le choix des personnalités qu’ils ont choisies de mettre en lumière, toutes belges bien sûr, toutes connues et importantes dans leur art, mais certaines pas encore célébrées, selon eux (et je suis complètement d’accord) leurs mérites. Leur choix est très varié et surtout il inclut des scénaristes, ces grands méconnus de la B.D. Ce qui rappelle qu’une bande-dessinée ce sont des dessins mais aussi une histoire ou des gags. Ainsi sont mis à l’honneur Cauvin (un jeune homme de soixante dix ans qui vient de réaliser un scénario sur un taureau transsexuel dont il faut absolument que je vous reparle...), Van Hame, Dufaux, scénariste entre autre de Murena que je tiens pour une des toutes meilleures B.D. du moment (et de toujours).

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un joli garçon dessiné par Shuiten.
Outre qu’il est juste de mettre enfin à la place d’honneur les scénaristes, ce choix permet encore à l’exposition de s’ouvrir largement sur d’autres horizons. Sont ainsi présentés des oeuvres de Julliard (“Black et Mortimer”), Delaby (“Murena”), Wurm (“Rochester” ), Griffo (“Giacomo”), Lambil (“Les tuniques bleues”), Laudec (“Cédric”)...

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une planche de Murena
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Le choix des dessinateurs mis en vedette fait preuve d’un bel éclectisme, grands noms qui ont fait les belles heures de l’hebdomadaire Tintin comme Hermann, ou qui sont toujours très actifs dans le journal de Spirou tel Walthéry , jadis révélation du si regretté mensuel “A suivre” comme Sokal ou Comes. Il y a aussi des tenants de la bande dessinée esthétisante comme Frank Pé, Yslaire...

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un somptueux crayonné d'Yslaire

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Quand Midam se moque du manga.

Il y a aussi Schuiten le grand architecte d’un Bruxelles rêvé ou encore Geluck et sont inénarrable chat philosophe...

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le chat de Geluck
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Ivre de ses merveilles quand vous sortirez du musée, prenez garde à la chute de mammouths... 

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Musées royaux des beaux-arts de Belgique
3 rue de la régence, Bruxelles.

 

Autre billet sur le blog consacré à une exposition de et sur la bande déssinée

Vraoum, pour se souvenir de l'exposition l'art contemporain et la bande dessinée à la Maison rouge

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