pour se souvenir de Nolde au Grand Palais

Publié le par lesdiagonalesdutemps


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Cette rétrospective Nolde (1867-1956), la première pour ce peintre en France, démontre que le qualificatif d’ expressionnisme, même si le le peintre récusait ce titre, mais l’on sait que les artistes sont rétifs aux étiquettes, n’est pas un vain mot, car il suffit à Nolde de quelques coups de brosse pour faire naître une expression sur un visage que sa généreuse pâte esquisse.

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Fort célèbre dans son pays (mais lequel? j’y reviendrais), il est largement méconnu ici, comme nombre de peintres célèbres dans leur contrée. Il faut cependant saluer les efforts de la Réunion des musées nationaux, à faire que la peinture allemande devienne un peu moins étrangère aux yeux français.
L’ expressionnisme allemand est souvent ramené, de ce coté ci du Rhin, à la seule personne d’Otto Dix qui est un expressionniste tardif, venu une génération après Nolde.

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L’art de Nolde embrasse pourtant plus de domaines et de champs que celle de Dix marqué à tout jamais par les horreurs de la Grande Guerre. Lorsque cette dernière éclate, Nolde a déjà quarante ans et ne sera donc pas mobilisé. Beaucoup moins politique que celle de Dix est la peinture de Nolde, paradoxalement la politique empoisonnera la vie de Nolde pendant presque vingt ans.
Nolde a abordé durant sa longue carrière de nombreux genres, peinture religieuse, satirique, de paysage, nature morte, portrait, caricature...

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Si la peinture à l’huile, à la pâte souvent épaisse, est son matériau de prédilection. Nolde s’est aussi exprimé avec talent par le biais de l’aquarelle et la gravure sur bois ou à l’eau forte.
Sa peinture a reçu les influences conjuguées des impressionnistes, de Munch, de Van Gogh. Sa palette évoque aussi celle de Gauguin, que Nolde a découvert en 1905. Sa force alliée à une grande économie de moyen fait beaucoup penser, à son presque exacte contemporain, Matisse.

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Jour de moisson.

Les écrits comme la peinture de Nolde font découvrir un homme solitaire et déchiré. Nolde a d’ abord été déchiré entre deux pays, l’Allemagne et le Danemark. Le vrais nom de Nolde, est en fait le nom de son village natal, est Hansen, un nom typiquement danois.
Le trait principal de son caractère est son amour pour son pays natal, le Schleswig-Holstein, un pays frontière, entre deux pays l’Allemagne et le Danemark, que ses deux pays se sont longtemps disputés, entre deux mers. Nolde a passé presque toute sa vie au bord de la mer. La mer dans cette rétrospective accrochée par thèmes, donne la salle la plus impressionnante, elle a la bonne idée de clore l’exposition.

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L’ attachement de Nolde pour son pays natal ne l’a pas empêché de voyager. D’abord à Paris où il a parfait l’étude de son art à l’Académie Jullian, puis en Suisse où il est quelques années professeur de dessin. Là, lui l’homme d’un plat pays, est fasciné par les montagnes qu’il transforme sur le papier et la toile en personnages caricaturaux. Leur succès va permettre à Nolde d’abandonner son travail de professeur pour se consacrer qu’à la peinture à partir de 1903 date à laquelle il revient sur sa chère terre du Schleswig-Holstein. Les débuts sont difficiles pour ce fils de petit fermier. Ce n’est qu’en 1906 qu’il atteint une certaine notoriété, il a déjà 39 ans avec notamment ses tableaux “jour de moisson” et “printemps dans la chambre”.

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Certaines des toiles de cette période flirtent avec l’abstraction comme cette danse endiablée. On a la sensation que c’est la couleur qui donne le mouvement aux formes brutes qui s’entrechoquent.

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Nolde a baigné dans la religion dès son plus jeune âge. Les premières images qu’il a vues sont celles qui illustraient une Histoire Sainte. En 1905 il commence une version picturale de la vie de Jésus. Intégralement présentée à Paris dans une salle avec d’autres tableaux inspirés par le nouveau ou l’ancien testament. Choc garanti face à ses tableaux dans lesquels la figure humaine est résumé que par quelques coups de pinceau qui savent donner une physionomie aux personnages des écritures bien loin des images saint sulpiciennes sucrées auxquelles les contemporains du peintre étaient habitués. Nolde commentait ainsi ces toiles qu’il mettait au centre de sa réussite artistique mais qui furent rejetées: << J’ignorais auparavant que les autorités protestantes et catholique n’aimaient pas ou refusaient mes oeuvres religieuses On ne m’en avait rien dit. Je n’avais bien sûr jamais demandé à quoi devait ressembler un tableau religieux. J ‘avais créé ces scènes en suivant mon instinct, en donnant à mes personnagesle type juif conformément à la vérité, y compris le christ et ses apôtres, peignant ces derniers en paysans et en pêcheurs juifs. Je leur avais donné un type bien marqué, car ce n’était sans doute pas les plus faibles qui avaient pris fait et cause pour l’enseignement révolutionnaire du Christ. >>. On reçoit un indiscutable choc esthétique quelques soit nos croyance devant le polyptyque des neufs tableaux qui composent la vie du Christ. Néanmoins ma faveur va au “Paradis perdu” où Adam et Eve tout penaud songent avec perplexité à l’avenir incertain qui les attend sous les regards goguenards du serpent et d’un lion.

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Les déclarations de l’artiste à propos de son oeuvre religieuse est symptomatique du porte à faux où il sera presque toute sa vie, envers tous les groupes, partis, religions, croyances et même pays. Surtout lorsque l’on sait que vingt ans après cette déclaration d’autres de ses propos friseront l’antisémitisme.
Dans le même ordre on peut faire mention de son attitude envers la ville de Berlin. S’il a éprouve du plaisir à peindre les nuits berlinoises de l’avant grande guerre, qu’il fréquente une partie de l’année, sa femme est comédienne, il les rejette aussi les assimilant à ce qu’il appelle la décadence.
Ce nationaliste reviendra un anticolonialiste convaincu de son voyage d’un an et demie lorsqu’en 1913 il est invité officiellement à prendre part à l’expédition scientifique Kulz-Leber, chargée d’observer les causes de la dénatalité en Papouasie-Nouvelle-Guinée, alors colonie allemande. Ce voyage sera fructueux pour sa peinture qui gagnera en humanité et en mystère.

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C’est dans les années 20 que date la consécration de Nolde. Au début des années 30, il est LE peintre allemand. Il est dans presque tous les musées. Avec l’arrivée des nazis au pouvoir, il adhère discrètement au parti national-socialiste. Goebbels possède quelques unes de ses aquarelles.
Il faut tout d’abord constater qu’il y a toujours quelque chose d’ambigue chez ce puritain, et surtout de naïf aussi bien dans sa peinture que dans ses jugements et ses opinions.
Son attitude envers le nazisme est typique de celle que Nolde a eu envers la vie. A la fois dehors et dedans, attiré et dégoûté tout en même temps.

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Son amour de la terre, des vieilles légendes germaniques et nordiques font de lui un client rêvé pour le parti nazi à la recherche d’intellectuels et d’artistes de sa trempe comme caution. Un cercle minoritaire de l’appareil nazi voyait en Nolde et en quelques autres expressionniste comme Schmidt-Rottluff, Heckel... un renouveau de la culture allemande. Goebbels soutiens prudemment ce groupe. Mais le théoricien du parti, Rosenberg considère ses artistes comme des dégénéré. Bientôt Hitler tranche en faveur de Rosenberg en lui confiant le secteur de la culture et en réservant à Goebbels la propagande politique.
Cette exposition a aussi, par la bande, de nous rappeler que le nazisme n’était pas d’un seul bloc comme on a trop tendance à le voir.

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Les toiles de Nolde sont rapidement décrochés. Nolde écrira à Goebbels qui lui évitera la destruction de ses tableaux et lui fera restituer la plupart de ses œuvres.
Mais les tableaux de Nolde, essentiellement pour ses peintures religieuses, considérées comme blasphématoires, sont en bonne place dans l’exposition de l”art dégénéré”. Au Grand Palais un petit film nous montre des images de cette exposition. Ce qui est très intéressant c’est d’observer les visiteurs. Il ne faut pas oublier que ces tableaux étaient exposés par les nazis pour que le public s’en moque. Et que voit on? Des gens graves, presque gênés, qui n’osent pas regarder les toiles en face...

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En 1941, Nolde est frappé d’interdiction de peindre. Il se cloître chez lui à Seebull (belle maison qui est aujourd’hui la fondation Nolde) et y réalise en secret plus de 1300 “images non peintes” en fait de petites aquarelles. Les chanceux qui sont passés cet été par le musée des Sables d’Olonne (qui fait de remarquables expositions, j’ai un souvenir ému de celle de Chaissac) ont pu en voir une anthologie.
Après la guerre, Nolde se remet à peindre en 1948. A partir de 1950 , il est comblé d’honneurs. En 1951 il est exposé à la biennale de Venise, puis en 1955, à la documenta de Kassel. Il meurt le 13 avril 1956. Il est dommage que rien ne nous soit montré de cette dernière période.
Nolde au Grand Palais est une fête de couleurs où sous l’âpreté de nombreux tableaux se cache beaucoup de sensibilité.

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