Pour se souvenir de la Troisième Symphonie de Gustav Mahler ballet de John Neumeier à l'Opéra Bastille

Publié le par lesdiagonalesdutemps

neumeier1_23064_G27533

Il me semble que l'entrée au répertoire de l'opéra de Paris de la chorégraphie de John Neumeier aurait mérité plus de tintamare médiatique. Tout d'abord parce que John Neumeier est un chorégraphe de première importance et subsidiairement parce que dans la longue premiére partie de son ballet, il met en valeur le corps et la gestuel du danseur, je parle ici du danseur homme, comme rarement on l'a vu.

neumeier1881_4_pop

Ce ballet a été créé il y a plus de trente ans au ballet de Hambourg que dirige l'américain Neumeier. Il est incontestable que la date de création est visible surtout dans le premier mouvement. La symphonie de Mahler est une des plus longues qui ait été composée. La Symphonie n° 3 en ré mineur fut achevée en 1896. Elle se divise en six mouvements très différents les uns des autres, tant par leur style  musical que par leur durée. Je ne suis pas des gens qui regrettent qu'une oeuvre affiche son millésime. Au contraire je me méfie de celles qui se veulent intemporelles. Elle sont pour cela trop étrangères au monde qui les a vu naitre et pour cela presque toujours peu vivantes et sont peu en prises avec les émotions humaines.

neumeier1_23064_G27534

Dans ce fameux premier mouvement, dansé par trente cinq garçons, on est un peu surpris au premier abord par l'absence des danseuses avant d'en être ravis et de pouvoir admirer le registre des danseurs trops souvent relégués, par nombre de chorégraphes, en porteurs de ces dames. Il faut bien dire qu'au début j'ai eu parfois l'impression de voir un ballet présenté par un opéra où les danseuses auraient été décimées et leurs rôles distribuées au plus graciles de leurs camarades garçons;  car bien des pas parfaitement éxécutés par les danseurs semblent avoir été créés pour des femmes. Autres sentiment avant d'entrer (très vite) dans l'esthétique de Neumeier d'être devant des exercices de gymnastique rythmique que l'on pouvait admirer à l'époque de la création de ce ballet dans les stade derrière le rideau de fer. Il ne faut rien voir de péjoratif dans ce jugement, c'est tout le contraire qu'il faut comprendre.

neumeier1_23064_G27537

John Neumeier donne son sentiment sur cet oeuvre dans un remarquable portrait que l'on peut retrouver ici : << La musique de Mahler est extraordinairement subjective qui se situe, selon moi, à la croisée de toutes les musiques. C'est pour ça qu'on peut en faire un ballet. Elle n'a rien d'abstrait, elle place l'homme en son centre.Bruckner, par exemple, me remplit d'émotions, mais je ne m'y retrouve pas en tant qu'homme, c'est trop distant. Mahler me touche véritablement.La troisième symphonie est un poème musical qui englobe toutes les étapes de la Création...>>

neumeier1_23064_G27535
Epousant parfaitement la musique de Malher, les chorégraphies de chaque mouvement ont toutes leurs spécificité ce qui demande au spectateur un petit temps d'adaptation mais ce qui a surtout pendant ce long ballet de presque deux heures, donné sans entracte, l'avantage de ne jamais générer l'ennui. Il n'est pas interdit de voir dans la chorégraphie de Neumeier quelques ressemblances avec celles de Béjart qui lui aussi s'est attaqué à cette oeuvre de Mahler mais seulement pour les trois derniers mouvements.

neumeire1_23064_G27536

Comme toujours pour les ballets de Neumeier celui-ci est donné en présence de l'orchestre et de choeurs. John Neumeier a confié aux Etoiles, Nicolas Le Riche, Hervé Moreau et au Premier Danseur Karl Paquette les rôle principaux de son ballet. Il ne faudrait pas non plus oublier Jérémie Bélingard et Stéphane Bullion. Je ne partage pas l'engouement général pour Nicolas Le Riche qui s'il a une belle prestance m'a paru être un peu trop terrien pour certaines figures et dans le pas de deux l'étoile Clairemarie Osta, sa femme à la ville, avec une grande légèreté, lui a volé la vedette...
Mais il faut aussi pour ce beau spectacle en tout Soixante danseurs filles et garçons, 96 musiciens de l'Orchestre, 30 choristes, 20 enfants de la Maîtrise des Hauts-de-Seine, la soliste Dagmar Peckova et le chef Klauspeter Seibel.
Il y avait quelques places vides hier soir (très peu), ce qui veut peut être dire que l'on peut encore se procurer des places pour les représentations suivantes, ce que je vous encourage à faire.

neumeire1_23064_G27530

Toutes les photos ci- dessus illustrant cet article sont de Sébastien Mathé

à l'Opéra Bastille jusqu' au 11 avril 2009
A scene from John Neumeier's Mahler 3 ballet. Photo © 2004 Holger Badekow
image d'une représentation de ce ballet à Hambourg

Commenter cet article