pour se souvenir de la rétrospective PIERRE ET GILLES au Jeu de Paume en 2007

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Il y a bien longtemps que j’ai découvert le travail de Pierre et Gilles (http://perso.orange.fr/pierre.et.gilles/gallerie.htm) exposé sur des cimaises; ce fut lors de leur seconde exposition personnelle, en novembre 1986, à la galerie Samia Saouma. J’ai inexplicablement rater la première en 1983 à la galerie Texbraun que pourtant je connaissais pour y avoir découvert Bruce Weber. Chez Samia Saouma ce n’était pas vraiment somptueux et j’avais eu du mal à trouver la galerie bien cachée dans les parages de la Samaritaine; que de chemin ils ont parcouru pour parvenir jusqu’à la galerie nationale du jeu de paume (http://www.jeudepaume.org) où sous le titre double je, on peut admirer la rétrospective de leur oeuvre, jusqu’ au 23 septembre.

 

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Gays et vivant en couple ces deux artistes ont toujours présenté, sans ostentation, mais fermement, leur travail comme le fruit de leur amour, né en 1976, d’un coup de foudre à la fête donnée par Kenzo pour l'inauguration de sa boutique parisienne de place des victoires. Ils n’ont eu de cesse qu’ensuite de surtout magnifier l’homosexualité, rarement de manière évidente, sinon dans la plupart de leurs autoportraits communs ou dans une pièce comme romance de 1985, mais souvent de façon indirecte par la sensualité de leurs photospeintes qui transforment leurs modèles en icônes désirables mais toujours tenus à distance du spectateur par la mise en scène référencée, étonnamment inventive de leurs images.

 

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Il ne faudrait pas oublier que l’oeuvre de Pierre et Gilles a eu une fonction, si ce n’est subversive, du moins provocatrice. C’était avant le coming out, avant que les gays ne deviennent une communauté et un pouvoir économique. Les images de Pierre et Gilles bousculent les tabous de la société sous des airs légers : couleurs saturées et pimpantes ( surtout à leur début, aujourd’hui la palette s’est obscurcie ), étoiles, poissons, fleurs... Une naïveté et une insouciance assumée pour mieux aller à l'essentiel.

L’essentiel... pourtant plus haut j’évoquais la galerie Texbraun, un beau lieu qui fut malheureusement éphémère en raison du décès prématuré, causé par le sida, de ses deux créateurs, et je ne vois aucune allusion au sida dans toute la production de Pierre et Gilles qui est exposée au Jeu de Paume, alors que d’une part, ils n’ont pas hésité à embrasser de grands thèmes tragiques comme la déportation des homosexuels par les nazis avec Le triangle rose ou la guerre en Iraq avec Iraq war, d’autre part il est indéniable que cette kyrielle d’images est aussi une traversée, certes par des chemins de traverse, de l’histoire et de la sensibilité gay de ces trente dernières années; enfin on sait que Pierre et Gilles, par leur participation et leurs dons d’oeuvres lors de ventes au bénéfice d’associations aidant les malades, sont tout sauf insensible au fléau; il n’en reste pas moins que cette absence devrait interroger le visiteur...

Je ne suis pas sûr que beaucoup de ceux qui vont aller voir double je 1976-2007,la somptueuse rétrospective du jeu de paume où l’on peut voir plus de 130 pièces sélectionnées parmi les plus incontournables sur les 700 environ que compte leur production, dont pour la première fois, tous leurs autoportraits depuis 1977, aient conscience de la diversité de l’oeuvre. Elle se vérifie pourtant à chaque tableau. Alors que l’on sait que la libido, et la libido homo spécifiquement, me semble-t-il, se fixe sur un type particulier de physique et ceci parfois dans les moindres détails de celui-ci, par la diversité anatomique des modèles choisis par nos deux admirateurs des jeunes corps mâles. Ils nous en offrent un éventail quasi exhaustif, bruns, blonds, noirs, jaunes, bronzés, pales, fins, musclés, fessus, imberbes, barbus, circoncis ou non... rien ne manque dans ce grand magasin de la beauté éphébique qu’est l’oeuvre de Pierre et Gilles; mais ce serait un crime contre l’intelligence de la réduire à cela. Les femmes ne manquent pas, en majesté ou lascive, ingénue ou salope... Mais ces corps iconifiès, jamais l’expression icône gay ne s’applique mieux qu’aux mises en écrin que sont les images dans lesquelles ces diaboliques duettistes font subir souvent des cures de jouvence et des liftings miraculeux à nos star qu’aucun de nos docteurs Mabuse de la chirurgie esthétique n’oserait imaginer, dessine le panthéon des trente dernières années du gay parisien moyen. Les tableaux sont d’abord une mise en situation, une mise en scène autour de la personne à iconifier. Une mise en scène que l’on a vu se complexifier au fil du temps.

 

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Ils puisent leur inspiration aussi bien dans les mythes gréco-romains, même les moins célèbres comme cette légende d’Arion qui nous vaut une de leurs plus belles réalisations de 2007, que dans le fond biblique, l’histoire de France, la vie des saints ou leurs voyages quand ce n’est pas le fronton de l’Olympia. Si la culture populaire qu’elle vienne d’Europe ou d’Asie est à l’origine de nombreuses œuvres, ils revisitent aussi la culture classique comme le montre la série de la mort d’Abel, inspirée par la sculpture d’ Emile Feugère des Forts que l’on peut voir au musée d’ Orsay (une confrontation entre les deux œuvres y a été organisée au printemps dernier, http://lunettesrouges.blog.lemonde.fr/2007/03/05/un-jeune-ephebe-nu-mort-quatre-fois/).

 

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Autant de figures du patrimoine culturel qu’ils détournent, recyclent avec malice pour le plaisir de nos yeux, tout en délivrant indirectement un message politique. Ce dernier passe mieux lorsqu’il est crypté à l’aune des mythes comme dans comme dans David et Jonathanque lorsqu’il est directement asséné comme dans Vive la France. Pierre et Gilles sont des dehors léger parlent aussi du monde qui les entoure. Ils ne sont pas imperméables à la triste actualité, guerre, pollution, misère... Leurs images pimpantes délivrent des messages de tolérance mais avec moins de hargne que Gilbert et George avec qui ils ont bien des points communs à commencer par l’utilisation conjointe de la peinture et de la photographie.

 

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Le rituel opératoire est immuable. Pierre photographie. Puis Gilles peint, retouche l’image. Chaque tableau est préparé avec minutie comme ils l’explique: << C'est du sur-mesure. On construit l'idée sur un modèle que l'on a envie de photographier. On commence toujours par de petits dessins. On décide de la coiffure, du stylisme, puis on construit le décor et on met au point l'éclairage. Le jour de la prise de vue, tout est prêt. On passe souvent un très bon après-midi. La photo faite, Gilles peint dessus. Pourquoi ? Parce que la peinture équilibre les choses et les idéalise aussi>>. Après que leur envie de travailler sur une personne se soit cristallisée.Gilles fait un dessin qui sera la base de discussion pour la création des décors, des costumes et du maquillage. La photographie est réalisée à l'atelier, où le modèle vient poser au milieu du décor ; elle donne lieu à un tirage unique, qui est ensuite peint. L'œuvre n'est vraiment achevée qu'après création d'un encadrement spécifique, conçu par les artistes comme une extension de l'image. Depuis peu les clichés sont numérisés et retouchés par couches successives de peinture et de glacis afin d’atteindre, par un surcroît de réalité, l’image parfaite. Enfin elle est imprimées sur toile. La technologie numérique permet paradoxalement aux artistes de s’approcher plus encore de cette tradition picturale classique, à laquelle l’œuvre est si fortement attachée qui doit beaucoup aussi à la grande tradition des retouches enjolivantes, hier du studio Harcourt et aujourd’hui toujours en vigueur dans les studios photographiques des pays d’Orient, en particulier l’Inde, où le couple a souvent voyagé. Les deux artistes utilisent de plus en plus, pour la mise en valeur de leurs modèles qui,célébres ou inconnus, ne font qu’endosser un rôle, le leur ou un autre, toutes sortes d’objets extraits du caravansérail pour bibelots qui leur sert de nid qui, lorsque j’eus le privilège d’y être introduit m’ évoqua la demeure extravagante de Pierre Loti à Rochefort, par la prodigieuse accumulation d’images et d’objets dévorant la moindre place disponible de ce vaste espace. Il est amusant de repérer les accessoires qui musardent d’image en image.

 

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J’ai par deux fois été invité à me rendre dans la thébaïde colorée des maîtres. A chaque fois j’y fus annoncé par le jappement joyeux de deux chiens, puis accueillis par le sourire de mes hôtes. Pendant qu’ils me guidaient vers une grande pièce où nous attendais le café convivial, j’eus la surprise d’être survolé par un petit perroquet vert en qui je reconnus l’oiseau juché sur l’épaule d’Etienne Daho sur la pochette de l’un de ses premiers disques. Ces visites avaient pour but de leur demander de bien vouloir créer une image dont la reproduction servirait de visuel pour la jaquette du dvd d’un film que je produisais. En ce qui concerne la captation de Vie et mort de Pier Paolo Pasolini,Ils furent d’emblé favorables à retravailler avec Salim kechiouche qu’ils avaient déjà photographié autour du film de François Ozon Les amants criminels. On peut ainsi voir dans l’exposition les tableaux qui s’y rattachent, Lesamants criminels, Alice et Luc, Le renard etSaid, ces deux dernières avec Salim. Néanmoins, avant de prendre une décision, ils voulurent voir la pièce qui serait le support de leur travail. On voit là tout le sérieux et la vigilance des deux artistes. Conquis par le texte et le jeu des acteurs, ils firent la photo espérée pour laquelle je ne donna aucune indication et que je ne suis pas peu fier de voir exposer au jeu de paume étant à l’origine d’une telle réussite.

 

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images de la prise de vues pour la jaquette du dvd Vie et mort de Pier Paolo Pasolini


J’eus moins de chance avec ma deuxième requête. Reçu avec autant d’amabilité, j’étais cette fois accompagné par Benoît Delière que je venais de diriger dans Comme un frère. Je leur demandais de faire une image balnéaire à leur convenance du garçon.Ils posèrent de nombreuses questions à Benoît puis le firent se déshabiller pour jauger sa plastique. Je leur fis parvenir ensuite le premier bout à bout du film. Malheureusement l’image rêvée ne ce fit pas, mais cette démarche me confirma avec quel soin ils envisageaient un travail, tenant à connaître la personne qu’ils auraient à mettre en scène et ne se préoccupant pas seulement que de son physique.

 

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J’eus d’autres expériences professionnelles avec Pierre et Gilles qui furent également riche d’enseignements. Lorsque j’acquis les droits pour l’édition en dvd de l’émouvant documentaire Paragraphe 175. Il me sembla évident que le Triangle rosede Pierre et Gilles n’en pouvait être que la jaquette. Ils furent très heureux de ma proposition et l’affaire fut faite. Lors de la parution du dvd, le distributeur pour la France auquel j’avais acheté les droit vidéo me téléphona furieux me disant qu’il était inadmissible d’avoir accolé à un tel film une image aussi racoleuse!!! Par cette réaction on peut mesurer que l’oeuvre de Pierre et Gilles continue à déranger dans bien des milieux. Et s’ils sont parmi les artistes français les plus cotés et aussi les plus populaires, ils sont loin de faire l’unanimité dans le milieu de l’art, non seulement par l’homo-érotisme qui se dégage de leur production mais aussi du fait que leur travail se rapporte aussi bien à la photographie qu’à la peinture ( Gilbert et George connaissent les mêmes problèmes). Il n’y a qu’à voir le peu de tableaux de Pierre et Gilles achetés par les instances nationales de l’art que ce soit les musées ou les FRAC. L’honneur français est sauvé par les acquisitions privées en particulier par celles de François Pinault que Pierre et Gilles ont portraituré en capitaine Nemo, qui comme pour Rebeyrolle se montre plus perspicace que l’état.

Lors de la réalisation de la captation de la pièce Vincent River je visualisa immédiatement quel chef d’oeuvre Pierre et Gilles pourraient réaliser à partir de celle-ci. Je m’en ouvris aux protagonistes de la pièce arguant que si la belle affiche réalisée par le talentueux Vincent Flouret ( http://www.vincentflouret.com ) était parfaite pour le théâtre mais me semblait pas idéale pour un dvd. Devant la levée de boucliers unanime, je fis presto marche arrière. Je pense toujours qu’il y à là matière à merveilles qu’en pensez-vous Pierre et Gilles?

 

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L’exposition bénéficie du lieu exceptionnel du jeu de paume qui a été récemment rénové. Pierre et Gilles ont pris un soin méticuleux et jubilatoire à nous offrir la meilleure part de leur œuvre qui est indissociable de leur vie et de leur univers quotidien. Ils nous accueillent, dès l’entrée, avec une installation pleine de fleurs artificielles et de boules de Noël dans laquelle ils se sont représentés en cosmonautes. La commissaire de l’exposition, Elena Geuna décrit ainsi le parcours proposé aux visiteurs: <<On peut découvrir dans la grande salle du bas une mini rétrospective qui remonte à 1976 avec les premières œuvres pop : des sujets enfantins, les grandes stars, des intérieurs de maisons. L’expo se poursuit avec le thème des corps divins avec les sujets religieux et également la mythologie. La salle centrale du premier étage sera entièrement dédiée aux autoportraits. Une autre thématique très importante qui a démarré dans les années 80 est celle du travail en série : les jolis voyous, la rose et le couteau et bien sûr une évocation du monde de la mer. Ils sont tous les deux nés en bord de mer et ont toujours été fascinés et repoussés par l’ampleur de l’océan.>>

Pierre etGilles(http://perso.orange.fr/pierre.et.gilles/gallerie.htm ) ont choisi de présenter le fruit de toute leur carrière non de façon chronologique mais thématique. Réunissant en une salle par exemple leurs auto portrait pratique qu’il explique ainsi: <<Les autoportraits ont jalonné notre travail depuis nos débuts. C'est un rituel qui nous permet de nous dédoubler, comme être face à un miroir ; ils nous reflètent et nous montrent tels que nous sommes. Ce sont aussi des expérimentations, des recherches très personnelles que l'on ne peut réaliser qu'avec nous>>.

 

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Parmi les autoportraits, leur dernier a particulièrement retenu mon attention. Ils se sont représentés chacun en président de la république, un président très made in France pour Gilles alors que Pierre pose en président militaire d’une république bananière à moins que ce soit en maréchal soviétique (!?). Malheureusement ces deux tableaux ne figurent pas dans le somptueux catalogue, indispensable pour tous les amoureux de Pierre et Gilles, même si sa présentation n’est pas sans rappeler celle du “Livre blanc” éditions Taschen, 1997, également (allusion à celui de Cocteau?), qui serait épuisé, avec une biographie illustrées semblable tout en ne reprenant pas toujours les mêmes images. Il est dommage que ce remarquable ouvrage ne reproduise que trop rarement les tableaux avec leur cadre qui fait parti intégrante de l’oeuvre, alors que ces entourages aussi précieux que surprenants figurent dans les derniers catalogues des expositions de leur galerie parisienne, la galerie Jérôme de Noirmont (http://www.denoirmont.com/). Pour donner un exemple de la sophistication de ces entourages, un tableau dans lequel il y a des pâquerettes voit sur son encadrement fleurir d’une multitude de petites pâquerettes en plastique en une farandole aussi champêtre qu’ artificielle qui, paradoxalement, dans le rappel d’un motif annexe de l’oeuvre, renforce sa mise à distance avec le spectateur. Dans ce bel album la postface de Paul Ardenne réussit bien a extraire la substantifique moelle de l’oeuvre de nos duettistes: << Appréhendée dans la totalité des figures qu'elle met en scène, au-delà de la sphère homosexuelle à laquelle elle ne se contient pas, l'oeuvre de Pierre et Gilles fait l'effet surtout d'un condensé d'humanité. Une humanité que l'on va dire familiale, où les individus diffèrent, où les époques diffèrent aussi, où les thématiques également divergent mais où tout pourtant semble réuni. Ce tour de force agrégatif, rançon d'un style homogène indéfiniment reconduit, a pour effet de cimenter la peuplade des corps pierre-et-gilliens, de l'unifier en dépit de ses dépareillements.>>

 

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On s’aperçoit du soin méticuleux qui a présidé à l’élaboration de cette rétrospective qui a demandé deux ans de préparation par de nombreux détails succulents, outre les cadres déjà cités, on admirera sur les murs de l’escalier, qui mène du rez de chaussée de l’exposition au premier étage, les reproductions des dessins de Gilles, inspirés de ceux qu’il fait en amont d’un tableau. Chacun sont de petites merveilles naïves et émouvantes. Il est amusant de remarquer que ces touchantes esquisses illustrent les pages de garde du catalogue en une mise en page et dans une couleur pastichant celles des albums des années 50 des aventures de tintin chez Casterman, parfait exemple du recyclage des mythes par Pierre et Gilles.

Sur la mezzanine on découvre la seule (malheureusement) installation de l’exposition, un rideau de fraises encadre une Alice pré-pubère ravis de voir commencer à poindre ses seins. Heureusement cette rétrospective n’annonce pas la fin de leur travail. Pierre confiait récemment: <<Nos prochains travaux auront pour décor la banlieue.>>...

Je suis toujours attentif à la population que je côtoie, que ce soit au théâtre, au cinéma ou comme ici lors d’une rétrospective d’artistes tout d’abord parce que cette observation peut réserver quelques plaisirs des yeux mais surtout parce que c’est une indication instructive, certes instantanée, de la réception d’une manifestation culturelle. Par rapport aux visiteurs de l’exposition londonienne de Gilbert et George, il y avait au jeu de paume plus de femmes, de couples hétérosexuels et moins de jeunes, un échantillonnage plus hétérogène et moins pédé.

A propos de jeunesse, je constate que par rapport à leur rétrospective de 2004 à Séoul, ont disparu des murs les enfants et adolescents asiatiques rieurs qui les égayaient. Concession au politiquement correct?

Double jeoffre une promenade dans un imaginaire gay idéal qui surprendra et émerveillera, ceux qui ne connaissait que les reproductions du travail de ces deux grands artistes.

 

Nota: ce texte a été écrit en 2007

 

 

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Ismau 04/05/2014 15:41

Pour qui s'intéresse à Pasolini - ou au théâtre - votre dvd captation de la pièce « Vie et mort de Pier Paolo Pasolini » est vraiment passionnant . Je comprends qu'avant de réaliser la
photo de la pochette, Pierre et Gilles aient été  conquis par le texte et le jeu des acteurs . Jeu d'une présence rare pour les quatre acteurs ; d'abord pour le grand rôle de Pasolini qui
est aussi le metteur en scène de la pièce : Jean Menaud ; puis pour le rôle de « ceux d'en face » (tous ses opposants) joué par le même formidable acteur, mon préféré : Michel Derville ;
les deux jeunes : le bel amant et le bel assassin jouent aussi fort bien . Le texte de Michel Azama réussit à nous interroger sur la vie et la mort de Pasolini en nous la racontant sobrement, par
les seules voix et gestes de ses acteurs principaux . J'y ai retrouvé des échos de mes lectures de ses récits autobiographiques, comme les descriptions si sensuelles de la nature ou les ardents
désirs aux baignades de jeunesse d' Amado Mio . J'y ai retrouvé ses films bien sûr, en particulier Théorème que l'on a l'impression de re-voir . Pour sa vie, la rencontre avec Ninetto, ses
multiples procès (33! ): des souvenirs pour moi de « Dans la main de l'Ange » de Fernandez . La mise en scène est d'une grande sobriété mais très efficace et émouvante ; et la captation
rend parfaitement l'esprit de la pièce, avec la même sobriété et efficacité de montage . Je me suis quand même questionnée sur la pertinence de l'absence de public, qui nous prive de l'ambiance
normale d'un théâtre .
Mais c'est la richesse des bonus, spécialement longs et soignés, qui est la plus inhabituelle . Je pense surtout à votre remarquable interview croisé des acteurs et de l'auteur . Complément de
réflexions sur Pasolini (par ex ... sur son Christ marxisant qui vient semer le bordel, puis le Pasolini « paradoxal » contre les étudiants de 68, vivant dans le luxe, etc ... ) .
L'histoire étonnante de l'écriture de la pièce, et de ses représentations de 84 à 2003 ( de nouveaux acteurs pour les rôles des deux jeunes, évolution du public : en 84 choqué- focalisé par la
sexualité de Pasolini, alors qu'en 2003 il s'intéresse plus à ses prises de position politiques ) et puis la pièce toujours rejetée en Italie pour d'obscures raisons ... comme est rejeté d'ailleurs
Pasolini dont on parle le moins possible chez lui, et dont on ne montre plus les films .
Pierre et Gilles au travail, c'est intéressant aussi . On y retrouve les photos de votre billet, et plus . On apprécie mieux le résultat sur la pochette , elle aussi très soignée . Cependant, je ne
peux m'empêcher de regretter, malgré la qualité de l'image, que l'on ne reconnaisse pas davantage un « Pierre et Gilles » !

lesdiagonalesdutemps 04/05/2014 18:28



Je répond de manière décousue à votre riche commentaire. L'absence de public est préférable pour une captation, J'ai écrit un assez long texte sur "l'art" de la captation que je vais essayer d'en
faire un billet. Nous ne pouvions faire cette captation que durant deux jours. En raison de la mauvaise santé de Jean Meneau, il était utile d'interrompre le filmage. D'autre part la captation
nécéssiitait un éclairage différent de celui des représentations avec le public. Ce qui a été très compliqué à réaliser.


Merci pour les compliment en ce qui concerne les bonus que j'ai produit et réalisé en particulier les interviews qui sont de bons souvenirs, ce qui n'est pas toujours le cas pour toutes les
interviews. J'ai eu un peu la même réaction que vous devant le Pierre et Gilles de la jaquette qui pourtant a beaucoup plu. Cette photo a été exposée chez de Noirmont et presque immédiatement
vendue. Le dvd n'a eu qu'un succès relatif. La captation est passée plusieurs fois sur Pink TV. Il y en aurait eu une autre de la même pièce avec d'autres acteurs que je n'ai pas vu, mais que
j'aimerais bien découvrir. 



Ismau 29/04/2014 00:28

Un grand souvenir : ce contraste entre l'impressionnante austérité de la ville de Rochefort, et la maison de Loti d'une fantaisie exotique si merveilleusement surannée ... on y retrouve tout le
charme de ses livres ! Merci de m'indiquer l'exposition actuelle de Pierre et Gilles ( chez Templon je vois ) d'autant que j'aurai l'occasion de m'y rendre très bientôt . Votre rapprochement entre
leur démarche et celle de Warhol me semble tout à fait éclairante . Par contre je crains la confusion avec Gilbert et Georges - sur la simple base du duo et des deux prénoms – eux qui sont anti
« people » au possible, beaucoup plus conceptuels et directement politiques en effet . Visuellement surtout, c'est évidemment extrêmement différent .

lesdiagonalesdutemps 29/04/2014 07:24



Ce n'est pas complétement différent de Pierre et Gilles dans les premières oeuvres de Gilbert et George qui étaient peuplées de jolis garçons. J'ai fais le rapprochement surtout en raison des
pièces politiques des deux duos qui existent dans chacun d'entre eux.



Ismau 27/04/2014 23:52

Je regrette beaucoup de ne pas avoir vu cette rétrospective ; et surtout de n'avoir connu trop longtemps les oeuvres de Pierre et Gilles qu'en reproductions . Votre billet extrêmement intéressant
me confirme dans ce regret . Regret de les avoir injustement méjugés : les prenant pour de petits artistes  people qui ne savent que jouer avec un kitsch très  mode , répétitif et
lourd, à la facture trop lisse . En fait Le presque opposé de ce que j'ai découvert récemment, en regardant pour la première fois leurs oeuvres ( C'était à Orsay, le nu masculin ) . La facture très
habile est au contraire étonnante et ne laisse pas indifférent, le jeu sur le cadre aussi . Vous décrivez tout cela très bien, très précisément . Leur travail n'est superficiel qu'en apparence, et
va paradoxalement beaucoup plus loin que le simple esthétisme de l'image, comme le prouve votre analyse de l'ensemble de leur production . Cet esthétisme du merveilleux étant d'ailleurs assez
subtilement décalé et toujours cultivé . Quant au récit très vivant de vos rencontres personnelles avec Pierre et Gilles ... mieux qu'anecdotique, il donne un supplément d'âme à leurs images : voir
s'envoler le perroquet de La Notte , se retrouver dans l'extravagante demeure de Loti, etc ... et aussi les découvrir photographiés dans leur propre travail de prise de vue : la belle jaquette de
votre dvd ( mais pas encore pu le visionner )

lesdiagonalesdutemps 28/04/2014 08:11



J'ai visité il y a très longtemps l'incroyable maison de Loti à Rochefort mais à l'époque je ne faisais pas de photos. Il y a bien sûr un coté people dans le travail de Pierre et Gilles mais ce
pan de leur travail est très intéressant car ils mettent en lumière cette population et son évolution, cela a un petit coté Warhol. Il y a aussi un souci d'engagement politique chez eux un peu
comme un autre duo, celui de Gilbert et George mais d'une façon moins directe.


Je vous signale que Pierre et Gilles ont une exposition en ce moment à Paris je devrais aller la voir samedi prochain.