pour se souvenir de La cerisaie de Tchekhov à la Colline

Publié le par lesdiagonalesdutemps

J'allais à la fois serein et ému au théâtre de la colline assister à la Cerisaie de Tchekhov dans la mise en scène d'Alain Françon. Serein parce que sachant l'excellence du texte et du metteur en scène, il n'y avait pas de risques de déception d'autant que ce théâtre avec sa configuration en amphithéâtre n' offre que des places possédant une bonne visibilité du plateau dont l'ouverture immense n'est pas toujours facile à apprivoiser pour un metteur en scène. Ému parce que j'avais rendez-vous avec ma jeunesse de spectateur de théâtre puisque j'allais voir Jean-Paul Roussillon dans son dernier rôle. Il a annoncé qu'il abandonnait la scène après la dernière représentation de cette Cerisaie, soit au soir du 10 mai. Je me souvenais de la première fois que j'avais découvert cet acteur, à la fin des années 60? au début de la décennie suivante? Je ne sais plus. En revanche je me rappelle bien que c'était dans le Georges Dandin de Molière, dont il interprétait le rôle titre et qu'il avait mis en scène pour la Comédie Française. Les décors de cette représentation avec leurs camaïeux de bleus et la voix mouillée de l'acteur sont restés à jamais inscrits dans ma mémoire. Jean-Paul Roussillon était alors encore mince et alerte. Sur l'immense plateau de la colline je l'ai retrouvé en comme rétréci, arpentant la vaste scène à petit pas courbé sur sa cane qui visiblement n'était pas qu'un ustensile de théâtre mais toujours avec la même présence et cette voix qui capte l'attention.
Françon n'est pas un metteur en scène cuistre. Il ne sent pas obligé comme moult de ses confrères de faire le malin, de moderniser ou de dépayser un texte, ce qui pour Tchekhov est stupide tant il nous parle d'un, temps, d'un lieu particuliers et, comme tous les génies il rend ce particulier universel. Les décors et les costumes sont donc clairement de l'aube du XX ème siècle, même s’ ils sont moins naturalistes que ceux de la mise en scène de Stanislavski dont on est heureux de trouver des photographies dans le programme.
La distribution est homogène dans sa belle qualité. Elle est toutefois dominé par le toujours extraordinaire Didier Sandre en Gaev . J'aurais aimé un peu plus de densité dans le jeu de Dominique Valadiè qui interprète la mère.
Que dire de la Cerisaie sans paraphraser ce qui a été dit mieux ailleurs sinon que la dernière pièce de Tchekhov est un des incontestables chefs d'oeuvre du théâtre... C'était une grande soirée de théâtre...

 

Pour se souvenir de Jean-Paul Rousillon

 

Cerisaie__Roussillon

J'ai toujours essayé que ce blog ne ressemble pas à une suite de nécrologies. Néanmoins je m'en voudrais de ne pas signaler, de ne pas honorer, à ma modeste manière, la disparition de Jean-Paul Roussillon à qui, en partie, je dois mon amour du théâtre. Il fut un de mes premiers émerveillements lorsque tout minot je l'ai découvert cabriolant en Scapin sur la scène de la Comédie Française. Quelques années plus tard, toujours au Français, c'est lui qui m'a fait comprendre ce qu'était une mise en scène avec son exceptionnel "Georges Dandin" où il faisait évoluer, à commencer par lui même, les comédiens dans un décor dans des camaieux d'ocres et de bleus... Et puis il n'y a pas si longtemps, il m'a fait éclater de rire dans son rôle d' épicier flingueur dans le beau film de Depleschin, "Rois et reine". Que d'images, que de rires, que d'émotions, monsieur Roussillon je n'ai pas eu la chance de vous rencontrer pour vous dire merci, comme j'ai pu le faire avec Michel Aumont que vous avez si bien dirigé dans "L'avare". C'est sans doute la dernière vision que j'ai eu de Jean-Paul Roussillon sur la grande scène du théâtre de la Colline qui me restera le plus dans ma mémoire. En mai dernier, Jean-Paul Roussillon était une nouvelle fois dirigé par Alain Françon. Il jouait Firs, le vieux serviteur de la Cerisaie de Tchekhov, qui regrette le temps du servage. A la fin de la pièce, le vieillard est oublié dans la maison qui vient d’être vendue. Enfermé à clé, il n’a plus qu’à se laisser mourir, tandis que résonnent les coups de hache contre les cerisiers de la propriété.«La vie, elle a passé, c’est comme si on n’avait pas vécu» : c’est la dernière réplique. Ce fut la dernière que Jean-Paul Roussillon prononça sur une scène...

la première diffusion du billet avait occasionné ces commentaires

 

Très grande perte

 

Jean-Paul Rousillon
Immense acteur, que je connaissais surtout comme acteur de cinéma, grand ami d’un autre grand acteur J.F Stevenin, quelques films dans lesquels J.P Roussillon ne m'a pas laissé indifférent (une Affaire d’Homme en 81, la Truite en 82, Baxter en 89, Mischka en 2002 et dernièrement Zone Libre de Ch Malavoy en 2007 où Tsilla Chelton et excellente.
Très grande perte.
A M.

 

réponse à A M

On peut encore y ajouter au théâtre "En compagnie des hommes" (il en existe une version filmée qui je crois est parue en dvd (?)), Platonov... Et au cinéma son apparition dans Hors la loi. Il est aussi formidable dans un film dans lequel il est l'ami et cocu de Léautaud l'écrivain était joué également d'une façon géniale par Michel Séraut et enfin il est très touchant en mari de Catherine Deneuve dans conte de noel rôle pour lequel il a eu un César...

 

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