pour se souvenir de l'exposition Zoran Music à Barcelone

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Photos_0335

Si vous êtes dans les parages de Barcelone ces prochains jours, il ne vous reste plus que jusqu’au 25 mai, pour vivre une expérience artistique, certes inconfortable, que vous n’oublierez pas de sitôt. Je veux parler de la rétrospective Zoran Music  sise dans l’espace dévolu à l’art dans La Pedrera (casa Mila) l’extraordinaire immeuble construit par Gaudi au début du XX ème siècle à l'angle du Passeig de Gracia et de la rue Provença. Comme vous vous en êtes peut être déjà aperçu je ne considère pas que la peinture est faite pour faire joli au dessus du canapé ni qu’elle doit être uniquement l’objet de spéculations financières. Il est incontestable que celle de Zoran Music n’entre pas dans ces deux catégories.

IMG_2702

Zaran Music est né le 12 février 1909 à Bukovica, hameau de Gorica (Gorizia), ville aujourd'hui traversée par la frontière italo-slovène et qui fait alors partie de l'Empire austro-hongrois.  Zoran Music était un jeune peintre italien qui peignait des paysages vénitiens lorsqu’en 1944 la Gestapo vint l’arréter pour le déporter au camp de concentration de Dachau. Il sera libéré en 1945. Durant son enfermement il réalise quelques dessins de << Ce qui intéressait un peintre >> déclarait-il. On peut en découvrir quelques uns dans l’exposition. Ils provoquent pour ma part ma première interrogation comment un déporté pouvait dessiner, avoir du papier, des crayons... L’exposition est muette sur le sujet, comme sur beaucoup d’autres et nous laisse dans l’expectative. Ensuite je suis également surpris, mais sans doute naïvement, que Zoran Music choisisse de représenter des vues de son enfer et n’essaye pas de s’en évader en fouillant sa mémoire pour refaire vivre sur une feuille des images de son bonheur perdu. Ce qui me fait penser que Dachau était un lieu que l’on ne pouvait pas quitter même par le songe.

IMG_2703

Après sa libération Music reprend ses pinceaux là où il les avait quittés et peint de nouveau des vues de Venise qui font penser aux tableaux de l’italo français Toppi. Mais après quelques temps il se sent mal à l’aise et sous la pression du temps, se tourne vers l’abstraction alors dominante. C’est un échec, le peintre le reconnaît lui même.

IMG_2705

Pendant plusieurs années il abandonne la peinture pour se consacrer au seul dessin et là, petit à petit, resurgissent les images refoulées du camp qu’il va ensuite transcrire sur la toile. C’est la période la plus forte d’une oeuvre qui comme on le voit comporte des moments bien distincts dans et il faut bien le dire d’une qualité très inégale. Ces toiles sont terribles et inoubliables, semblables aux dessins réalisés “sur le motif” durant sa captivité; très peu colorées, d’une matière maigre, avec une prédominance du dessin elle donne au spectateur un sentiment de gène qui se transforme en grand malaise à être devant ses corps suppliciés dans la position d’un glauque voyeur. A tel point que j’ai eu beaucoup de difficulté à photographier  les œuvres, presque honteux de le faire. On sent que ces peintures ont été un véritable exorcisme pour l’artiste et que leur réalisation était vitale pour qu’il se débarrasse de ses fantôme. Seul un ancien déporté à le droit de faire de telles tableaux.

IMG_2704

Dans ses toutes dernières années Zoran Music a retrouvé la puissance de ses toiles inspirées de son expérience du camp de concentration avec la série de ses autoportraits où on le voit corps, cette fois ravagé par le temps... Il est mort le 25 mai 2005 à Venise.

IMG_2706

Commenter cet article