Pour se souvenir de l'exposition Sacha Guitry à la cinémathèque

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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L’émotion n’est pas toujours présente dans les grandes exposition, ici elle est permanente et d’une teneur particulière, tant on a le sentiment d’entrer dans l’album de photos de quelqu’un par effraction. J’ai eu d’autant cette impression pour ma deuxième visite aux salles d’exposition de la cinémathèque, la précédente était pour la belle évocation d’Almodovar, que j’étais presque seul à me pencher sur les précieuses vitrines. Mais tout l’intérèt de cette exposition qui aborde toutes les facettes de la vie de Sacha Guitry,  tient à ce qu’il à constamment mis en scène son intimité pour la nourrir de son travail et vice versa. L’essentielle des pièces exposées sont des photos, il est donc conseillé d’éviter les heures d’affluence. Sur ses photo nous voyons le maître avec tout ce que le premier quart du vingtième siècle à compté  comme personnalités artistiques. On a l’impression que sacha Guitry était l’intime avec toutes les personnes qui comptaient alors et cela dés son plus jeune âge grâce à la notoriété de Lucien Guitry , l’un des acteurs les plus célèbre de son temps auquel est consacré une large part de l’exposition. On voit par exemple sacha enfant en compagnie de Tristan Bernard  En écrivant ce dernier nom je réalise combien l’enthousiasme devant cette manifestation risque de ce briser sur l’ écueil de l’ignorance.

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J’ai pu vérifier que nos jeunes générations ne savent un peu près rien de Sacha Guitry et de son monde. Comme disait mon grand père, déjà, qu’est ce qu’ils apprennent à l’école? A peu près rien nous le savons bien, mais le sujet est tabou. Ce qui est certain c’est que dans les écoles, collèges, lycées et autres lieux où l’on remise la jeunesse faute de ne savoir qu’en faire les noms de Guitry, Bernstein , Porto-Riche , Rostant, Mirbeau , Anatole France, André Messager , Reynaldo Hahn ... ne sont quasiment jamais cités. Ils ne l’étaient pas plus du temps où je croupissais devant les tableaux noirs; mais à l’époque de mon enfance, dans les années soixante, existait l’ ORTF, il est bon de s’en souvenir à l’aune de la récente déclaration présidentielle sur la télévision publique... Grâce à ce machin, entre disons huit et dix huit ans, j’ai vu à peu près tous les films de Sacha Guitry. Ils ne passent plus sur les chaînes hertziennes car étant en noir et blanc ils n’intéresseraient plus le grand public! A-t-on jamais vérifié cette assertion péremptoire? Pour la plupart je ne les ai jamais revu ces film et pourtant pour certains j’en ai un souvenir vif. Le plat de champignons des “Mémoires d’un tricheur”, le défilé des guillotinés de “Si Versailles m’était compté”, le génial avocat bafouillant, interprété par Darry Cowl dans “assassin et voleur”, la scène du crime dans “La poison”... sont encore très présent dans ma mémoire plus de quarante ans après avoir vu ces films. A-t-on besoin de souligner leur qualité quand ces souvenirs en sont la meilleure preuve...

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La lecture d'un articulet, signé Jean-Baptiste Baronian, dans leMagazine littéraire  de ce mois montre combien certains plumitifs se berce d'illusions s'entourant de mensonges qui sont autant de coussins moelleux à leur aveuglement. Ce monsieur écrit: << A la mort de Sacha Guitry beaucoup avaient prédit que ses pièce de théâtre et ses films ne tarderaient pas à tomber dans l'oubli et qu'en quelques années il ne resterait plus rien de sa personnalité à la fois encombrante et flamboyante. C'est tout le contraire qui se passe et cet homme dont la prétention suprême consistait "à ne pas plaire à tout le monde" n'est pas loin de faire l'unanimité et d'être perçu comme un des plus grands dramaturges et l'un des plus grand cinéastes de la première moitié du XX ème siècle...>>. Mais ce n'est qu'un mirage, que Baronian constate la moyenne d'age des visiteurs de l'exposition et celle des spectateurs de "Mon père avait raison" , donné actuellement au théâtre Edouard VII   , et il arrivera aux alentours de 80 ans. Je le répète faute d'éducation, d'instruction et de transmission la culture française est morte, le New-York Times a parfaitement raison (voir article précédent). Est il possible d'inverser la tendance? Enfin si vous n'êtes pas entièrement déculturé vous prendrez un grand plaisir à cette visite - fin de l'incise -

 

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Et puis il y avait mon grand père, toujours lui, qui me parlait des frasques du maître (cette transmission familiale existe-elle toujours?), et des revues que Guitry signait et que mon aïeul, d’abord au promenoir puis à l’orchestre, l’ embourgeoisement aidant, ne ratait jamais. Et c’est une des grandes réussite de la cinémathèque   que de faire revivre ces spectacle par les photographies mais surtout par le son et l’image. On se régale ainsi de voir Pauline Carton  entonner “Sous les palétuviers” ou une jeune Annie Cordy tournoyer sur scène en poussant la chansonnette. J’ai été fort surpris de voir et entendre Gérard Philippe en costume napoléonien s’essayer au chant. On comprend d’ailleurs pourquoi il n’a pas persévéré. 

 

Autre révélation en tout cas en ce qui me concerne celle du Sacha Guitry dessinateur, cet homme avait vraiment tous les talents, dont les œuvre font un peu penser à celles de Caran Dache ... J’ai aussi découvert le Sacha Guitry grand collectionneur de sculptures et tableaux prestigieux dont certains seront présentés dans l'exposition (Coco écrivant de Renoir, Les Célébrités du Juste milieu de Daumier...).
Curieusement pour une exposition organisée par la cinémathèque les films de Sacha Guitry ne sont pas mis en avant, il y a bien quelques photos de plateaux et même un petit film sur un tournage mais peu d’affiche et peu de choses sur la réception critique de l’oeuvre sinon un bel hommage de Truffaut sur la mise en scène de l’auteur de “Désiré”.

 

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Malgré quelques oublis et impasses, presque rien sur la période 39-45, ce sont surtout les années de jeunesses qui sont privilégiée, voilà une exposition où l’on ne s’ennuit jamais, à condition, comme je le mentionnais plus haut , d’avoir quelques lumières sur les acteurs de l’époque, et où vous irez de découvertes en surprises si vous avez la chance de pénétrer dans le beau bâtiment de la cinémathèque qui à lui seul vaut le détour. Si la muséographie est moins flamboyante que pour la rétrospective Almodovar, mais le sujet s’y prêtait plus, elle est très efficace et agréable. Le parcours mêle thèmes et chronologie d’astucieuse manière. 
L’ exposition est trop petite, Il faudrait le double de surface pour faire le tour de l’ œuvre  gigantesque de ce dandy qui était surtout un forçat de travail.

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