pour se souvenir de l'exposition en 2009 de Renoir au XX ème siècle au Grand Palais

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

renoir1

Je ne serais sans doute pas aller voir cette exposition, Renoir au XX ème siècle (en fait les tableaux exposés vont de 1890 à la mort du peintre en 1919), si je n’avais pas reçu une invitation pour son vernissage, et bien sûr j’aurais eu tord car il est toujours utile de voir les toiles d’un peintre même si l’on connaît bien les reproductions d’un grand nombre de tableaux qui sont exposés au Grand Palais. Si j’y ai fait quelques découvertes picturales, je n’ai néanmoins pas changé d’avis sur cette peinture. Et encore une fois je vais aller au rebours du consensus national qui semble cet automne se faire autour de Renoir pour en chanter les louanges.

renoir2
.
Débarrassons nous d’ emblée du sujet, le choix d’un peintre pour ceux-ci, qui je ne le répéterais jamais assez, s’il n’est pas dérisoire il ne doit pas pour autant obnubiler le spectateur et lui masquer la manière. Il faut savoir que le visiteur verra surtout dans cette exposition des portraits de femmes et des nues féminins. Toujours à propos du sujet j’entendais dans l’émission, “les matins de France-Culture”, la commissaire de l’exposition dire qu’il fallait oublier les sujets des tableaux, tant aujourd’hui les canons de la beauté féminine sont bien loin de ceux que chérissaient Renoir. Le peintre meurt au moment où l’on invente le nouveau dogme de la beauté de la femme (et aussi dans une moindre ampleur de l’homme), la minceur. Cette remarque met en évidence combien Renoir dans les dernières années de sa vie a tourné le dos à son époque à la fois par les sujets traités, un retour à l’antique ou plutôt au fantasme de l’âge d’or, alors que lorsqu’il se voulait impressionniste (mais l’a-t-il été ? ses toiles des années 1870 sont bien différentes de celles de Sisley, Monet ou Pissaro, elle sont plus proche de celles de son ami Bazille) il revendiquait de peindre la modernité, un monde non rêvé mais réel qu’il allait croquer sur le motif.

renoir401 renoir402
.
Mais plus gênant que l’obsession de l’artiste pour un certain type de femme, nymphes déjà mafflues aux lèvres pulpeuse et aux joues rouges de paysannes frisonnes, il y a l’indéniable faiblesse du dessin dont les mains des modèles sont un constant rappel, cette carence n’est pas toujours rattrapée par la construction du tableau qui est généralement solide ni par le chatoiement des couleurs dans certaines toiles Renoir est un formidable coloriste. Mais dans les oeuvres de la toute fin la profusion des tons et d’éléments sur la moindre surface du tableau sont mis en péril par une touche trop maigre qui laisse souvent deviner le grain de la toile.
C’est dans cette ultime période que les choses se gâtent vraiment, Renoir qui dans la vie semble un brave homme généreux envers ses jeunes confrères, dans la solitude de son atelier prend la posture du grand peintre et se mesure aux maîtres anciens tels que Titien, Rubens, Velasquez, Ingres, Boucher... et le moins que l’on puisse dire est qu’il ne sort pas vainqueur de ces combats. Il me parait difficile en particulier de s’extasier sur sa dernière oeuvre à moins de considérer Botero comme un grand artiste, pas que je ne saurait franchir...
Cette visite m’a fait constater une curiosité qu’en à la manière du peintre; dans bien des tableaux peint à l’huile, on a le sentiment que ceux-ci, à cause du léger flou du rendu, ont été réalisés aux pastels ou avec des craies grasses...
La révélation (en ce qui me concerne) est de découvrir un Renoir en sculpteur rentré dans les quelques pièces exposées, dont un très joli buste modelé d’un de ses fils enfant, mais surtout dans de nombreuses toiles et les quelques trop rares dessins qui semblent être ceux d’un sculpteur par leur mise en volume et font beaucoup penser à l’oeuvre de Maillol.

Renoir_head_Sothebys
.
Les tableaux vraiment réussis sont ceux que le peintre à exécutés, vraisemblablement très rapidement, en observant les attitudes habituelles des personnes de sa maisonnée, ainsi le merveilleux petit format montrant Jean Renoir (le futur cinéaste) dessinant, datant de 1901, sans oublier "Gabrielle et Jean" ni "La frivolité (ci-dessous dans cet ordre).

renoir3

renoir5

renoir7
.
Il y a aussi quelques très belles réussites lorsqu’il s’agit de travaux ayant nécessité de nombreuses poses comme l’autoportrait datant de 1899, Claude Renoir en clown ou encore Jean Renoir adolescent en chasseur (ci-dessous dans cet ordre).

renoir4

26509_The_Clown_Claude_Renoir__f

renoirchasseur
.
La muséographie de l’exposition, au lieu prêt, plus labyrinthique encore qu’à l’habitude, j’ai eu beaucoup de difficulté à trouver les quatre dernières salles, est irréprochable. La centaine de tableaux proposés, dont beaucoup viennent des Etats-Unis, se repartissent en quinze salles dans un accrochage qui allie habilement le chronologique avec le thématique. Chaque tableau est bien éclairé et accroché assez bas pour que même une personne de petite taille n’ai nul besoin de lever la tête pour le contempler. Deux salles proposent de nombreux documents photographiques, soigneusement encadrés, qui rendent compte de la quotidienneté du peintre et de son entourage. On s’aperçoit à cette occasion du courage de Renoir, qui victime de rhumatismes déformant a été privé de ses jambes durant les dernières vingt années de sa vie ce qui ne l' a pas empêché de continuer à réaliser un grand nombre de peintures pimpantes (bien que souvent la tristesse des regard contredit la gaité de l'ensemble). Il a du aussi, en raison de la déformation de ses doigts, apprendre à tenir son pinceau d’une nouvelle manière et donc changer les gestes de sa création.

alex
Alexandre Thurnyssen en jeune pâtre
.
Les organisateurs ont eu l’idée intéressante de confronter certains tableaux de Renoir avec ceux de ses cadets, Picasso, Bonnard, Matisse... (il est seulement regrettable que cette démarche ne soit pas plus présente dans l’exposition) traitant un même sujet. Seulement c’est un bien mauvais service à rendre à Renoir tant les toiles de Bonnard sont supérieures à celles de Renoir. On arrive donc à ce paradoxe, que dans une exposition Renoir, les deux plus beaux tableaux soient signés Bonnard (ci-dessous).

renoirbonnard1

 

Vous pouvez entendre, en cliquant sur la ligne ci-dessous, la conférence de Jean Renoir prononcée le 16 juin 1954, Auguste Renoir, par Jean Renoir  dans laquelle il raconte entre autres l'arrivée à Paris de son père , son logement dans la cours du Louvre et sa rencontre avec Samson le bourreau de Louis XVI.

 http://dl.dropbox.com/u/51732244/Conf%C3%A9rence%20Auguste%20Renoir%20par%20Jean%20Renoir%2C%20%281954%29.mp3
renoirbonnard2

Commenter cet article

kikila rondelle 23/09/2015 18:11

dit ? tu baises de temps en temps, car tes commentaires sur le classicisme ça ne frise pas la connerie : c'est la grande connerie , pauvre triste sire, pléonasme qui te vas bien tartufe du bon goût moderne, petzouille