pour se souvenir de L'affaire de la rue de Lourcine

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

où 'inconvénient d'être un vieux spectateur
 
C'est d'abord un souvenir d'enfance qui m'a conduit hier soir au théâtre de la pépinière, curieusement un souvenir de radio. J'ai entendu cette pièce il y a très longtemps sur radio Luxembourg et pour la première fois, après les explications de ma mère, j'eus une vague conscience de ce qu'était le théâtre. Conscience qui allait être renforcée à la rentrée scolaire de cette année là, en troisième année de grande école, la deuxième pour moi car j'avais "sauté", comme on disait, le cours préparatoire, sachant lire depuis au moins six mois lorsqu'en septembre 1957 j'entrais à la grande école, où j'eus la chance d'avoir un instituteur, monsieur Roger Grelet (je ne sus son prénom que plus tard, quand je découvris qu'il était aussi un bon peintre...) que grâces lui soit rendu, qui s'était mis en tête de nous faire lire à haute voix du théâtre, sans doute qu'il était plus facile avec des textes de cette forme, pour les élèves de "mettre le ton" Ces lectures et cette écoute furent suivies d'une passion pour Labiche dont le gamin que j'étais ne savais rien. Concomitamment à ces petits évènements de ma minuscule vie, Le livre de poche faisait paraître deux tomes, aux couvertures l' un rose et l' autre bleu layette du théâtre de Labiche. Je possède toujours ces volumes que j'ai dévorés étant enfant. Et bientôt comme la pièce se jouait à Paris on m'emmena la voir. Il me semble qu'elle était donnée avec une autre oeuvre de Labiche "Feu la mère de madame" qui est également une pièce à chute, toutes deux étaient jouées par Jacques Charon et le bonheur d'hier fit mon malheur d'aujourd'hui. Car même lorsque l'on a plus que de vagues souvenirs de cette représentation d'il y a près de 50 ans, ces quelques images floues sont cruelles pour les acteurs actuels. Il est triste d'admettre que les interprètes des deux rôles principaux,  Yann Collette  pour  Lenglumé et Pierre Berriau pour Mistingue n'ont aucune présence physique, ils ont beau s'agiter et vociférer sur scène, ils ne parviennent pas à donner de la consistance à leur personnage. Le troisième larron mâle de la distribution, Alexandre Michel qui joue à la fois le valet Justin et le cousin Potard n'en a pas d'avantage, ce qui est tout de même embêtant. Seul l'élément féminin ressort de la distribution, Jérémie Lippmann, le metteur en scène, sur lequel je reviendrai, a eu la bonne et curieuse idée de transformer la très enveloppée Christine Pignet en une grosse petite fille 1925, sorte de Betty Boop gonflée à l'hélium.
L'une des raisons qui  m'ont aussi fait découvrir ce théâtre, un des très rares  théâtre parisien où je n'étais jamais encore allé, est que la pièce est mise en scène par Jérémie Lippmann que j'avais connu comme sémillant acteur dans le beau téléfilm "Le bon fils" que j'ai eu le plaisir d'éditer en dvd. Je pensais qu'il n'était qu'une de ces belles étoiles filantes qui nous enchantent et traversent les écrans au mieux que quelques saisons pour ensuite disparaître dans je ne sais quelles limbes... Et puis voilà que je redécouvre son nom en tant que metteur en scène d'une de mes pièces de prédilection.
Malheureusement il a traité "L'affaire de la rue de Lourcine" au raz des pâquerettes sans aucun second degré pourtant cette histoire d'un bourgeois, Lenglumé qui se réveille un beau matin avec une sévère gueule de bois et un inconnu dans son lit et  bientôt dans  se soupçonne "sa lacune" d'avoir commis un crime atroce dont il va devoir éliminé les témoins embarrassants est propice à une lecture particulièrement noire ou / et déjantée, rien de tel ici tout est sage et l'arrière plan social pourtant très présent dans la pièce est gommé. Lippmann ne profite pas non plus des sonorités décalées de certaines répliques et des noms propres des protagonistes qu'il faut faire sonner faisant ressortir ainsi le coté pré -surréaliste qu'ont parfois les pièces de Labiche.
Il aurait également en supprimant une réplique du valet transformé la pièce en un véritable suspense hitchcockienhitchcockien, je l'ai déjà vue montée ainsi et c'était très bien. Il faut parfois savoir être infidèle.   Seule audace avoir maintenu les couplets, propres au vaudeville, mais qui sont souvent supprimés dans les relectures modernes et de les avoir fait jazzés avec bonheur.
Il aurait aussi fallu un décor plus riche et naturaliste tout en fanfreluches  et bibelots pour faire ressortir par contraste la noirceur des âmes des individus médiocre et cynique qui s'agitent devant nous.
Ceci dit, il y avait dans la salle plusieurs enfants d'une dizaine d'années, et même moins qui riaient à gorge déployée. Le spectacle ne se terminant pas tard c'est une excellente initiation au théâtre pour des gamins et les adultes ne s'y ennuieront point.

 

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