pour se souvenir de Fin de partie de Beckett à l'Atelier

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

 

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Je n’aurais pas l’ outrecuidance de gloser sur le texte de Beckett tant il n’est ni difficile, ni surprenant de s’apercevoir, à l’écoute de “Fin de partie”, que nous avons à faire à l’un des plus grands dramaturge du XX ème siècle. La meilleur preuve est qu’il sait aborder les grandes questions existentielles de l’humanité sans jamais oublier l’humour.
Mais il n’est toutefois peut être pas inutile de rappeler le contexte personnel dans lequel Beckett a écrit Fin de partie”; en 1953, juste après “En attendant Godot”. Beckett vient de perdre son frère d’où cette énergie pour écrire la mort en toute chose, seule inéductable fin de partie...
Beckett nous transporte dans un monde post apocalyptique où nous partageons les derniers jours de quatre personnages, un invalide, Hamm, Dominique Pinon, aveugle et infirme, cloué dans son fauteuil, Clow son fils factotum qui fait office de souffre douleur et les parents du premier, Nagg et Nell (tous deux joués par des octogénaires épatants, Gilles Ségal et Dominique Marcas dont il est émouvant de voir la passion intacte pour le théâtre) qui agonisent... chacun dans une poubelle dont ils sortent par instant pour réclamer un bonbon, mais il n’y a plus de bonbons...

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La grande révélation de la soirée n’est pas celle d’un inconnu, puisqu’il s’agit de Dominique Pinon époustouflant en tortionnaire ingambe.
Mais cet extraordinaire numéro n’est possible que grâce à la mise en scène de Charles Berling, lui aussi parfait dans le rôle plus ingrat du larbin. Berling a eu l’humilité de ne pas tirer la couverture à lui mais, au contraire, de  mettre en lumière son camarade de jeu. Il a, en respectant le texte et en jouant la situation, le courage de prendre frontalement la pièce avec son intime mélange d’horreur et de rire. Nous ne sommes jamais dans l’intellectualisme des petits marquis du théâtre subventionné, mais toujours dans le concret. Berling respecte son public. Son premier souci est de nous faire entendre la pièce.
Charles Berling s’exprime sur Beckett: <<  Beckett me passionne. Il a un regard de poète absolu, une incroyable lucidité sur la condition humaine, la violence qui régit les rapports humains. Et puis, c’est un auteur qui a réussi à briser et reformuler tous les codes du théâtre. Quand on lit ses textes de théâtre on est dans une écriture inattendue, singulière. Beckett est dans le langage du corps. La pantomime n’est pas loin. Le clownesque également. Ce sont ces dimensions qui me bouleversent, m’émeuvent et me font rire.
Fin de partie est une pièce que je trouve parfaite, elle associe si bien la violence absolue, la tragédie humaine à la fantaisie, au rire, au loufoque. J’ai le sentiment que ni l’auteur, ni les personnages ne se prennent au sérieux, il y a une forme de distance par rapport au drame de la vie que je trouve absolument réjouissante.>>.

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La mise en scène de Berling n’est jamais monotone, ce qui est un tour de force lorsque l’on sait que trois des quatre acteurs sur les planches sont presque immobiles. La profonde scène du théâtre de l’Atelier est bien utilisé. Le décor  de Christian Fenouillat, pans de roche avec deux  fenêtre haute perchées et accessible qu’au moyen d’une échelle se font face sur chaque côté de la maison. Cette installation est d'une grande sobriété tandis que le plateau est éclairé d'une pâle lumière par Marie Nicolas. C’est à la fois minimaliste tout en étant plausible mais juste assez pour ne pas tirer la pièce vers un naturalisme qui serait un contresens absolu.
Cette fable que l’on peut lire comme une réflexion sur la folie des hommes, la folie du pouvoir qui d’état contamine les relations domestique et surtout sur la décrépitude qui nous attend tous.
Si la pièce est profondément pessimiste, le spectateur passe néanmoins une jubilatoire soirée, grâce à la précision de la mise en scène qui met en exergue la noirceur du propos mais aussi l’humour des répartis et au talent des comédiens. 

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