pour se souvenir de Fame au théâtre Comedia

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Ce spectacle parisien est l’avatar français d ‘une déjà longue histoire à tiroirs. Fame, sur un concept de David De Silva, c'est d'abord un film d'Alan Parker, en 1980, puis une série télévisée en 1982 et enfin, une comédie musicale. En outre on annonce que Le chorégraphe américain Kevin Tancharoen effectuerait bientôt ses premiers pas derrière la caméra en mettant en scène une version modernisée.  
L’argument de Fame est si mince que si la comédie musicale à fait le tour du monde, elle ne s’est jamais arrêté à Broadway, les producteurs du lieu trouvant le livret trop léger. Il fait un peu penser à une “préquelle” de “Chorus” pour lequel, mais j’y reviendrais, l’ âge des acteurs aurait mieux convenu. Un groupe d’une quinzaine d’adolescents, filles et garçons, ont réussi le concours d’entrée à la prestigieuse High Scholl Académy de New York, école d'art dramatique, de musique et de danse. Nous allons les suivre durant les quatre années de leur scolarité. Vous aurez peut être remarqué que c’est la même histoire que Un, Dos, Tres. Mais Fame a été créé plus de vingt avant la série espagnole à succès...
Le livret est signé José Fernandez, les paroles sont de Jacques Levy, la musique de Steve Margoshes. La VF très convaincante, est due à Stéphane Laporte.  Celui-là même à qui l'on doit celle du Roi Lion. Il a été aidé dans sa difficile tâche par Danielle Mathieu-Bouillon.

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Je ne barguignerais pas et vous conseille d’aller voir Fame, vous passerez une agréable soirée dans un des théâtres les plus pimpants de la capitale.
Il n’en reste pas moins que le spectacle soulève bien des questions. La plus immédiate est, faut il adapter dans notre langue et avec des acteurs du cru les succès de Broadway et plus généralement de la scène américaine? S’il est heureux que les spectateurs parisiens puissent apprécier un grand spectacle américain, on peut logiquement se demander pourquoi ne lui a t on pas fait traverser l’Atlantique (ou seulement la Manche avec la troupe de la reprise londonienne de 2005). Comme on le fit récemment avec West Side Story. Pour rendre la représentation intelligible au public français il aurait suffi de le sur titrer comme on le fait à l’Opéra. Mais peut être a t on pensé que ce public est trop “populaire” pour cela?
Il y a quelques semaines voilà ce que l’on pouvait lire, entre autres dans le magazine “Première”: <>. La production reçu 700 courriers et auditionna 350 personnes. L’équipe qui en est sorti brille par son dynamisme. Ils font tous preuve d’une grande générosité. Ils chantent bien, jouent la comédie honorablement et bougent pas mal du tout. Parmi les sélectionnés comme Julie Victor ou Charlotte Filou, certains étaient à l'affiche de Cabaret. Le duo portoricain, Julie Victor en Carmen et Dan Menasche qui joue Joe Vegas, me parait être les maillons faibles de la distribution.  Annick Cisaruk, Sandrine Seubille, Patrice Dozier, Eric Chantelauze qui sont les professeurs font un sans faute. Jean-Michel Vaubien qui joue Tyrone, le jeune noir révolté, est remarquable. Il parvient à faire exister son personnage, pourtant stéréotypé, et sort sans difficulté du lot des autres comédiens interprétant les élèves. Malgré ses 28 ans il est le seul de la troupe des jeunes à avoir vraiment la silhouette de son rôle. Et là réside le véritable problème de la distribution alors qu’à plusieurs reprises on clame qu’ils ont dix huit ans, le spectateur voit bien qu’en fait ils en ont plus près de trente! Cette constatation fait naître une autre question, peut on trouver en France une quinzaine d’artistes polyvalents de moins de 20 ans pour un tel spectacle. La réponse est contenue dans l’annonce qui demandait des 20 à 30 ans et elle est non! En France, Contrairement aux Etat Unis ou en Angleterre, le statut de comédien est toujours pour la grande majorité des parents dévalorisant. Les jeunes de notre pays sont victimes du fameux passe ton bac d’abord. Ils commencent ainsi le plus souvent leur formation artistique à 18 ans, l’age que devrait avoir les acteurs de Fame!

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Ajoutons à cela que dans le cas présent les malheureux sont affublés de costumes tous d’une laideur surprenante et qui ne les rajeunissent en rien et ne mettent pas leur corps en valeur qui en plus les entravent dans leurs mouvement. On a le sentiment que le créateur des costumes,  Jef Castaing a eu comme seul préoccupation de cacher les corps par pudibonderie, viendrait il de Téhéran?  Ils réussit également à rendre le spectacle anachronique. Il y est rappelé plusieurs fois au début, que nous sommes en 1984. Je me souviens qu’à l’époque les justaucorps satinés et moulants de couleur pastel étaient fort à la mode sur les parquets. Voilà qui aurait été plus pertinent que les défroques pseudo jeunes dont est affublée la troupe.

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Le dispositif scénique avec son estrade sur laquelle, en fond de scène, les musicien se tiennent est à la fois minimaliste et efficace, je n’en dirais pas autant de la mise en scène de Ned Grujic  qui peine à relier les différentes séquences de l’histoire, heureusement le dynamique orchestre dirigé par Samuel Séné enlève le morceau.
On ne peut qu’approuver le message que délivre Fame: Le spectacle, c'est 1 % d'inspiration, 99 % de transpiration. Les élèves doivent se répéter: <
Vous trouverez des extraits filmés des répétitions ici 

Commentaires


D'accord avec toi

J'ai vu Fame hier soir. Une énorme déception. D'abord parce que je m'attendais à retrouver francisées les chansons phares du film : "On My Own", "Hot Lunch Jam", "I Sing The Body Electric", "Red Light", etc. Hélas, aucune n'y figure à part le titre phare, loin d'être le meilleur. A partir de là on se raccroche à quoi ? les nouvelles chansons sont sans âme, Les personnages changent de nom, le jeu des comédiens est d'une naïveté affligeante, la mise en scène use d'effets modes ratés (avait-on vraiment un caméscope LCD en 1984 ?) et d'anachronismes exaspérants dans le langage ou les costumes (pas de jean taille basse en 1984 !), et se complaît dans une vulgarité déroutante avec une chanson sur l'érection... On est bien loin de la gravité et du réalisme du film, dont le conflit social ou psychologique de chaque personnage nourrissait sa vocation artistique. Où sont passés le coming out de Montgomery, l'animalité si troublante de Leroy, la mixité raciale, les parents ? Bref, Fame sur scène est devenue une vision bien fade d'un film plus dense qu'il n'y parait. A éviter.
Posté par Pee-Wee, 08 mai 2008 à 21:26

réponse à Pee-Wee

Je suis d'accord avec toi, même si je suis moins sévère. J'aime beaucoup tes remarques sur les anachronismes qui m'agacent toujours beaucoup alors que presque à chaque fois ils pourraient être évités facilement et ceci sans dépenses supplémentaires. Mais je n'ai pas voulu comparer le spectacle avec le film ou la série, tout d'abord parce que je ne les avais pas revus depuis leurs sorties mais surtout que dans un autre médium la comparaison me semble difficile. Merci pour cet avis argumenté.
Posté par Bernard Alapetit, 13 mai 2008 à 14:43

Comparaison

Oui, Bernard, la comparaison d'un medium à l'autre peut parfois être difficile. Mais quand on appelle un spectacle "Fame", l'argument marketing repose sur la seule promesse de retrouver le film sur scène, avec les mêmes chansons, les mêmes personnages et leurs histoires. Ça n'avait rien d'impossible et selon moi c'était le contrat minimum à respecter pour une adaptation. Mais même en faisant abstraction de cet écueil, j'ai trouvé le spectacle mauvais. Et c'est là où je te rejoins.
Posté par Pee-Wee, 18 mai 2008 à 12:18

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