Pour se souvenir de Courbet au Grand Palais

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Je ne voulais pas blogger sur l'exposition Courbet qui était l'exposition de prestige de la rentrée automnale, mais l'engouement général, record de fréquentation pour une exposition au Grand Palais, critiques dithyrambiques et blogs louangeurs (voir celui, toujours excellent de matoo ) m'incitent à revenir sur ma décision.
J'ai visité la rétrospective dés le premier jour, invité au vernissage par le ministère de la culture. Je n'ai jamais compris quel sont les critères qu'appliquent les autorités pour délivrer ces invitations... Ne vous imaginez pas raout feutré avec flûte de champagne et petits fours choisis. Le vernissage se résume à ne pas payer l'entrée et à attendre de longues minutes dans une file de gens maussades qui parlent de tout autre chose que d'art, on y côtoie parfois néanmoins quelques personnes de choix, tel Michel Blanc à un précédant vernissage, jusqu'au moment, au bout d'une heure où un gardien contingentant les fervents, intercesseur aussi jovial et coloré que le tirailleur de Banania  vous accorde l'autorisation de rentrer dans le saint des saints pour  défiler devant les oeuvres, haussées au rang d'icônes, que l'on vous somme de trouver admirables et dont on apercevra que des morceaux entre des têtes chenues qui se presseront devant.
Après avoir piétiné deux heures devant les toiles de Courbet, j'ai pu vérifier ce que j'avais pu constater trente ans plus tôt lors de la précédente rétrospective, en ces même lieux, du peintre, je n'aime pas Courbet.
Autre remarque, sans doute plus consensuelle, ce rendez-vous avec un artiste à trente ans d' écart m'a permis de mesurer combien la muséographie en trois décennies avait progressé. La grande et simple idée de l'accrochage est d'avoir considérablement rapproché du sol les tableaux (par rapport par exemple à celui du musée d'Orsay où les tableaux sont souvent trop hauts). Pour les grandes machines comme "l'atelier du peintre", on a ainsi la sensation d'être véritablement dans l'oeuvre. Il est dommage que le commissaire ne soit pas allé jusqu'au bout de sa logique, il aurait fallu poser "l'enterrement à Ornan" au sol, ainsi nous aurions eu ainsi l'impression d'être au bord de la fosse... Autre bonne idée, celle de confronter des photos de la même époque et du même sujet aux tableaux. Certaines de celles là auraient inspiré ceux-ci.
Que Courbet soit un peintre important dans l'histoire de la peinture, comment ne pas en convenir. Sa volonté de peindre des scènes de la vie quotidienne, presque triviales parfois, dans des formats jusque là réservés à la "grande peinture", n'était alors considérée comme telle que la peinture d'histoire, a révolutionné l'art. Cette indéniable audace ouvrit de nouvelles perspectives à la peinture. Mais aujourd'hui que nous avons dépassé depuis des lustres ce carrefour considérable que reste t-il comme plaisir au spectateur devant ces grandes machines sinon celui intellectuel de vérifier son petit vade-mecum de l'histoire de l'art? En ce qui me concerne le seul sentiment qui me traversa durant toute ma visite c'est le désir de devenir végétarien face aux pénibles et copieuses tartines de véneries. Ces morceaux de peinture me semblent bien illustrer le machisme mégalomaniaque de leur auteur qui s'étale complaisamment dans sa correspondance.

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Il y a bien sûr de grands tableaux, comme certaines marines ou l'autoportrait halluciné, qui pourrait être signé Fuselli, qui a été choisit pour l'affiche. A ce propos ce choix me semble significatif car il n'est absolument pas représentatif de la peinture de Courbet, pas plus que l' était celui choisi pour l'affiche de l'exposition de 1977, c'était alors un détail des " cribleuses de blé", absent cette fois, qui lui évoquait plutôt un Millet.
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Le clou de l'exposition est bien sûr "l'origine du monde", ancienne possession de Lacan et que l'on peut voir toute l'année à Orsay. J'ai pu vérifier, le soir du vernissage, que cette oeuvre continuait d' offusquer les rombières emperlousées. Cela m'amuse toujours de voir des personnes qui on honte de la porte par laquelle elles sont entrés...
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Trente ans après notre première grande rencontre je considère toujours que Courbet était un artiste exceptionnellement doué et en même temps un parangon de vulgarité.

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