Pour se souvenir de César par Jean Nouvel à la fondation Cartier

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

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Jean Nouvel a voulu rendre hommage à son ami César dans le bâtiment de la fondation Cartier dont il est auteur. Exposition éminemment personnelle selon le goût de son commissaire atypique. Une fois encore on ne peut que constater la force d’une exposition lorsque celle ci est à la première personne, même si l’on peut contester les choix de ce Je.
L’émouvante préface du catalogue m’a soudain rappeler que voilà déjà dix ans que César est décédé. Il me semblait que c’était hier que je l’avais vu pérorer dans la foule d’un vernissage de la FIAC... Que c’est loin tout cela comme le chante George Ulmer dans une vieille chanson que je dois être le seul aujourd’hui à écouter...

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Pour ceux qui l’aurait oublié César faisait parti de la cohorte des Nouveaux Réalistes sous la férule du flamboyant critique Pierre Restany qui inventa le groupe, machine de guerre contre le figuratif bourgeois (Brayer, Michel Ciry, Mac Avoy...) et surtout contre l’abstraction gestuelle de l’Ecole de Paris (Hartung, Fichet Schneider...). L’équipe était composé de dix artistes, Arman, César, Yves Klein, Martial Raysse, Raymond Hains, Jean Tinguely,  Jacques de La Villeglé (dont j’attend avec impatience la rétrospective au Centre Pompidou en septembre prochain), Rotella, Daniel Spoerri et Dufrène. Viendront les rejoindre plus tard Christo, Deschamps et Nikki de Saint Phalle. La première exposition sous la bannière du Nouveau Réalisme a lieu en mai 1981 sous le titre “Quarante degrés au dessus de Dada” à la galerie J. Le groupe se sabordera dans la joie à Milan en 1970.

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César par Mac Avoy

La carrière de César n’a pourtant pas commencé avec le Nouveau Réalisme. On peut la faire véritablement débuter en 1949, lorsque César s’approprie la technique de la soudure à l’arc. Ce qui lui permet d’assembler des objets métallique divers, souvent de récupération, engrenages, tôles, tiges, boulons qui feront naître sous les mains de l’artiste un bestiaire fantastique tout droit sorti des supputation d’un Bernard Heuvelmans. Cette sculpture très influencée par celle de Picasso et Gonzales est la partie de l’oeuvre que je préfère. La présence d'une des version du centaure de César dans le musée Picasso d'Antibes est une belle allégeance admirative du sculpteur au maître.

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Le travail de César peut se diviser en quatre grandes phases (qui se chevauchent chronologiquement). Tout d’abord les assemblages ferreux qui peuvent être soit abstraite, anthropomorphe ou surtout zoomorphe avec ses animaux imaginaires.
Viennent ensuite “Les empreintes humaines” qui ont pour point de départ la demande qui lui est faite en 1965, de participer à l’exposition “La main de Rodin à Picasso qui a lieu à la galerie Claude Bernard à Paris. C’est alors qu’il découvre l’agrandissement pantographique (procédé traditionnel fort ancien). Le premier agrandissement exécuté est un pouce de 40 centimètres en plastique rose (que l’on peut voir dans l’exposition). César a pris comme modèle sont propre pouce. Comme on peut le constater boulevard Raspail, l’artiste a décliner cette idée à mon sens beaucoup trop, jusqu’à épuisement du concept. Difficile de démêler chez cet artiste dans sa démarche ce qu’il y a dans d’acharnement, de mercantilisme, de recherche formelle, de désir de perfection, de curiosité enfantine, de joie créatrice, d’angoisse pour l’éphémère... Un peu de tout cela sans doute...

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Tout d’abord toute la main y est passée, dans différentes configurations, poing serré, paume offerte... Il l’a aussi débitée, pouce, index... Il a joué sur les matières: plastique, bronze, cristal, polyester translucide, résine, marbre, acier inox, sur les couleurs: rose, orange et surtout sur les échelles pour arriver à ce pouce de géant d’une hauteur de 2, 50 mètres, ici comme abandonné dans les herbes folles à l’extérieur du gigantesque bocal qu’est le lieu d’exposition de la fondation Cartier. La fondation n’aurait elle pas les moyens de se payer un jardinier?!

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César lassé de sa main a aussi immortalisé des seins, ce qui donne quelque chose comme des œufs sur le plat turgescents...

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C’est à la fin des années 60 que César explore les avantages de la mousse de polyuréthane ce qui va donner “Les Expansions” troisième pan de sa production. Il y a chez César en même temps qu’un duplicateur avide et un peu fou de son œuvre, un peu comme chez son compère Arman, un extraordinaire chercheur de forme et de processus de création. Cette apparente contradiction est en fait une des richesses de l’oeuvre de César. Il va mettre au point un malaxeur assurant un mélange homogène de l’accélérateur, le fréon, et des composants de la mousse de polyuréthane. Une fois encore c’est la combinaison d’un outil et d’un matériaux qui ouvre de nouvelles perspective au sculpteur.

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L’artiste intervient à plusieurs phases de l’expansion. Il peut agir tout d’abord sur  la rigidité et l’épaisseur du volume en jouant sur le temps de solidification. En ajoutant un pigment au premier stade de l’élaboration, il donne une couleur à sa pièce en gestation. Il peut agir ensuite sur la coulée en dirigeant celle-ci; parfois par des obstacle installer pour dévier la coulée verticale (elle peut être aussi horizontale). Il peut aussi les juxtaposer comme dans l’expansion intitulée les jumelles. Enfin dans un dernier temps il peut découper la forme, la polir, la laquer, la poncer...
La réussite de l’entreprise est variable selon le procédé employé et surtout la matière choisi si certaine ressemble à des bouses grumeleuses peu ragoûtantes d’autres déploient des formes douces et onctueuses aux sensuels replis appelant la caresse.

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Le quatrième volet de l’oeuvre de César est la plus connu du public. Il s’agit des “Compressions”. Elles sont nées de sa découverte d’une presse hydraulique utilisé par le compactage calibré des automobiles. La première de ses compression a été présentée au Salon de mai 1960. Elle provoqua un scandale, nombreux étaient ceux qui dénonçaient ce qu’ils considéraient comme un abandon de la main au profit exclusif de la machine.
César a toujours revendiqué qu’un compression était une œuvre de sculpteur. Il tenait beaucoup à ce titre. Il mettait en avant les interventions qu’il faisait dans l’élaboration de l’objet fini par l’anticipation visuelle qu’elle demandait. César parlait de compression dirigée.
Le choix de Jean Nouvel s’est porté surtout sur les trois derniers chapitres de la production de son ami, délaissant le bestiaire fantastique, bien mal présenté, à l’exception de la chauve souri qui volette dans la librairie de la fondation, huit spécimens juchés sur leur caisse semblent attendre qu’on les remballe.

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Mais les parisiens devraient bien connaître cette partie du travail du sculpteur puisqu’ils peuvent en admirer un des plus beaux exemples depuis plusieurs années au bout de la rue du Cherche-midi, face à l’embouchure de la rue du Dragon. A chaque fois que je passe en ces lieux je lève la tête vers le centaure et je me souviens de la même anecdote. Un brocanteur devait me livrer un meuble. J’habitais alors une petite rue qui donnait dans la rue du Cherche-midi. Je commençais à m’impatienter, l’heure prévue de la livraison était passée depuis longtemps, lorsque le téléphone sonna. L’attendu et son fardeau, perdus était en déshérence, incapable sans mon aide de trouver mon domicile. Je lui demandais de me dire où il était et de me décrire ce qu’il voyait. Je fus fort surpris lorsqu’il me dit qu’il était sur la rive gauche face à la statue de Jeanne d’Arc quand il me décrivit la dite statue je m’aperçu qu’en fait de pucelle, il s’agissait du centaure de César que je n’appelle plus depuis que les couilles de Jeanne d’Arc; l’animal étant bien pourvu de ce coté là... Mais revenons à la manifestation du boulevard Raspail...

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Jean Nouvel a remarquablement mis en espace les œuvres de César , les faisant se dialoguer entre elles, jouant de la transparence du lieu, mettant des sculptures d’une même période de part et d’autre de la vitre. Ainsi certaines comme exclues semble prête pour les main à frapper à la vitre pour y entrer ou pour les expansion se couler à travers les interstices pour pénétrer dans les salles.
Il est indispensable de faire le tour du bâtiment d’abord pour avoir un autre angle de vision des pièces exposées, seules les compressions ne sont pas visibles de l’extérieur, mais surtout pour découvrir une gigantesque compression-installation qui est la réplique d’”Un mois de lecture des Bâlois” qui était une compression de centaines de tonnes de journaux. Cette oeuvre a été créé en 1996 à Art Basel. Jean Nouvel a fait utiliser des balles de papier parisien.

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Jean Nouvel par le judicieux choix d’exposer une des dernières séries de compressions réalisées par César en 1998, sous le nom de “suite milanaise” et leurs donnant un ordonnancement rigoureux, nous propose une sorte de nouveau Carnac du vingtième siècle dont les mégalithes ne seraient des pierres levées mais des bagnoles compactées. Cette saisissante disposition nous fait redécouvrir les compressions.

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Cette “suite milanaise”, très différente dans l’esprit et le rendu des précédente séries de compression a été réalisée dans l’usine Ranger de Carate Brianza, traduit l’intérèt du sculpteur pour la monochromie et le matériau neuf. Chaque bloc a été obtenu à partir de coques neuves et a été repeint selon le nuancier de la marque. Le titre de la compression correspond à la couleur employée: Giallo Naxos594, Rosso Mica 361, Blu Francia 490...

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César, qui à la fin de sa vie, était bien marri de ne pas voir arriver une reconnaissance du monde de l’art sous la forme d’ une rétrospective au Centre Pompidou ou d’en d’autres lieux prestigieux, se serait félicité de voir cette exposition dans une fondation privée faite par un ami dont la chaleur amicale envers lui nous fait voir son œuvre comme nous l’avions jamais vue. Jean Nouvel nous apprend à voir l’oeuvre de César.

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Deejohn 05/09/2011 02:18


I am curious and I hope you can satisfy my curiosity but how do you find the time to post up (for Sunday 4th Sept) four whole long pages of posts (18 posts altogether) with 193 images with the
longest amounts of texts I've ever seen on a blog. I just need to know and I hope you wont be offended.
For me there just doesn't seem to be enough hours in a single day.

Deejohn.


lesdiagonalesdutemps 05/09/2011 12:58



Je m'excuse de vous répondre en français mais mon anglais est branché sur l'alternatif et aujourd'hui ce n'est pas brillant.


La raison du brusque flux de nouveaux billets vient du fait que mon ancien blog qui avait disparu, probablement censuré par goggle mon ancien hébergeur. Avant hier il est partiellement réapparu
lorsque par vieille habitude j'ai cliqué sur le nom de mon ancien blog, je l'avais mis dans mes favoris. Je crois qu'il n'est toujours pas visible par les autres. Donc j'essaye de sauvegarder les
billets qui sont réapparus d'abord pour les récupérer, puis pour les faire partager à mes nouveaux lecteurs qui ne les connaissaient pas.


Dans quelques temps mon blog reprendra son rythme habituel


bravo pour votre blog que je visite souvent et que j'ai mis dans mes blog à visiter