Pour se souvenir de Basquiat au Musée d'Art Moderne de la Ville de Paris

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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C'est à une fête de la couleur et de l'énergie à quoi nous invite l'exposition Basquiat au Musée d'Art Moderne de la ville de Paris. Dés les premiers pas nous sommes ébloui par les couleurs franches qui hurlent sur les grandes surfaces sur lesquelles l'artiste a traduit l'extraordinaire force vitale qui a accompagné ce surdoué de la peinture presque jusqu'à la fin de sa trop courte vie. L'accrochage est chronologique. Bien aéré il laisse respirer tous ces grands formats qui, bien espacés, ne se nuisent pas l'un l'autre. Toutes les périodes de l'artiste sont représentées même si, mis à part les tous premiers essais sur les fameuses cartes postales que l'adolescent vendait dans les rues de Soho et les dernières toiles dans lesquelles l'épuisement du peintre est visible, Basquiat a rapidement trouvé sa manière et n'a ensuite fait que des variations autour de celle-ci. Mais il faut toujours avoir en mémoire qu'il n'a guère été actif que durant huit ans. Durant ce laps de temps réduit Basquiat aurait produit 1000 peintures et 2000 dessins. Cette frénésie de travail n'est certainement pas étrangère à sa mort précoce.



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Si l'on peut voir régulièrement des oeuvres de Basquiat dans les galeries parisiennes et surtout à l'occasion de la FIAC (comme les peintures immédiatement ci-dessous, photographiées lors de l'édition 2010), le fait de pouvoir contempler toute l'oeuvre dans une sorte de merveilleux travelling qu'est la traversée de cette rétrospective fait voir d'une manière différente cette oeuvre puissante.


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Bientôt on se débarrasse de la légende du peintre qui encombre inévitablement notre regard pour n'être bientôt plus que fasciné par la violence et la splendeur des tableaux.



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Je vous conseille, après vous être gavé de couleurs et de formes, de refaire le parcours en essayant de décrypter les tableaux. On a alors la surprise de découvrir la richesse inouïe des références de Basquiat, que l'on voit alors presque tout autant comme un lettriste que comme le plus grand peintre expressionniste de la seconde moitié du XX ème siècle. Grand compilateur l'artiste était féru de listes à la manière d'un Perec... Les textes qui semblent envahir de plus en plus ses toiles au fil des ans se réfèrent au monde urbain américain mais aussi à la culture européenne et à l'histoire du vieux continent sans oublier la mythologie et le jazz et à bien d'autres choses encore.


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Ces mots télescopent des formes avec lesquelles ils ne semblent pas toujours avoir de rapport. Il est probable que si certaines de ces listes ne se trouvent pas jetées par et au hasard sur la toile d'autres ne doivent être là que parce qu'elles ont traversées la tête de l'artiste alors qu'il était en train de peindre d'ailleurs d'après la critique Suzanne Reichling, Basquiat se voyait d'abord comme un "écriveur" de tableaux.



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La difficulté et le plaisir qu'il y a, à être face à une toile de Basquiat est que l'on est en présence d' un mélange de spontanéité, de naïveté et de grande sophistication. Ceux qui en sont restés à la légende d'un Basquiat sorte de clochard céleste soudain touché par la grâce de la peinture réviseront immédiatement leur jugement dès qu'ils auront fait quelques mètres dans l'exposition. Non seulement Basquiat à beaucoup à voir avec Dubuffet au début pour les dessins enfantins et ensuite pour le travail de sculpture, de malaxage des papiers qu'il inclut dans ses peintures , comme la très intelligemment noté le critique d'art René Ricard dans le premier article consacré à Basquiat, mais on ne peut s'empêcher de penser à Twombly pour l'effacement des mots et aussi à Rauschenberg pour l'intrusion de l'autobiographie masquée dans les compositions et également pour le bricolage des supports. Basquiat peint, et pas seulement par nécessité sur des panneaux de bois et des toiles mais aussi sur un réfrigérateur, une vieille fenêtre ou des palissades...


  
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Mais c'est à Chaissac que m'a le plus fait penser l'oeuvre de Basquiat. On y trouve ce même savant mélange de culture et d'esprit d'enfance, de jeu, de roublardise et de générosité que chez le français avec lequel il partage aussi une passion pour l'objet totem.


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Je ne sais pas quel regard peut porter sur l'oeuvre de ce peintre, un jeune homme qui n'a pas connu le New-York des années 80, un monde totalement disparu et puis il me plait de rêver que j'ai peut être croisé Basquiat faisant ses derniers graffitis lors de mes errances de l'été 1979 dans Manhattan...   
Le catalogue est somptueux et savant. Il palie à l'absence d'audio guide qui aurait été bien utile pour un deuxième parcours tel que je le propose. La revue les Inrockuptibles ont fait paraitre un numéro spécial fort éclairant sur l'artiste en particulier parce qu'il contient un long article de 1985 qui analyse l'oeuvre du peintre "à chaud". 


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Nota


1-Vous trouverez mon billet concernant le film Basquiat de Julian Schnabel: BASQUIAT

"L'enfant radieux"

Exposition du 15 octobre 2010 au 30 janvier 2011
Musée d’Art moderne de la ville de Paris

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2-POUR ÉCOUTER L'ÉMISSION LES MARDI DE L'EXPO DIFFUSÉE SUR FRANCE-CULTURE IL SUFFIT DE CLIQUER SUR LA LIGNE CI-DESSOUS.
BASQUIAT, DU STREET ART AU MUSÉE 59 MINUTES Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lectureRecevoir l'émission sur mon mobile

 

 

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pépito 12/12/2011 21:03

mouais...
Basquiat m'intéresse autrement plus qu'il ne me plaît... je vois très bien l'intention et l'énergie... mais je trouve tout de même très peu de beauté dans ces toiles... je n'ai absolument rien
(bien au contraire) contre l'art contemporain (?) mais Basquiat m'a toujours laissé de glace... ok, il a fréquenté la fine fleur d'une scène new-yorkaise autrement plus passionnante... mais bon...
le style inimitable (c'est déjà ça) de Basquiat m'ennuie...

lesdiagonalesdutemps 12/12/2011 21:38



Vous avez compris que je ne suis pas d'accord avec vous. Je ne crois pas que ce soit un artiste sur évalué comme beaucoup d'artistes contemporains (ce qui ne veut pas dire qu'ils soient pour cela
forcemment nuls) je retrouve chez Basquiat cette brutalité à la fois naive et savante que j'aime particulièrement chez Chaissac.