pour se souvenir de Babylone au Louvre

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

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statuette aux bras articulés

Si Sémiramis, Nemrod ou autre Nabuchodonosor ne sont pour vous que des noms vides de sens, il faut courir sans tarder au Louvre pour y découvrir l’exposition consacrée à Babylone, qui se situait dans l’antiquité non loin de l’actuel Bagdad. Au bout de deux bonnes heures ils deviendront vos familiers... L’exposition rappelle celle en ces mêmes lieux vouée à Praxitèle, il y a quelques mois où comment monter un événement sur un thème lorsque l’on a peu à montrer sur celui-ci. Une contrainte que les conservateurs du Louvre contourne brillamment. En effet des fameux jardins suspendus de Babylone et de la légendaire tour de Babel, sise dans la ville, il ne reste que fort peu de choses.
L’exposition est divisée en deux parties bien distinctes. La première offre à notre admiration des objets de la civilisation babylonienne, de culte pour la plupart, trouvés sur place ou le plus souvent récupéré dans les pénates des nombreux envahisseurs qui pillèrent le site, et ceci dès la plus haute antiquité. Pas de pièces monumentale, si l’on excepte la belle stèle de basalte noir du code Hammurabi. Une mémère mafflue qui me poussait de ses mamelles stérile mais néanmoins volumineuses, caquetait de c’était un sexe de noir, quant à moi elle m’a fait immédiatement penser au pouce mégalomane du sculpteur César...

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La presque totalité des objets sont disposés dans de spacieuses vitrines insérées dans les murs des salles. Quelques statuettes votives d’une finesse exceptionnelle dont les plus anciennes remontent à plus de 2000 ans avant J.C. sont de belles découvertes pour moi, surtout les deux pièces qui ont des bras articulés. Il y a aussi quelques témoignages de la vie d’alors comme ces superbes sceaux cylindriques qui ne dépassent que rarement 4 centimètres, remarquables par la précision de leur gravure.

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Si ces merveilles sont présentées dans d’élégantes vitrines ces dernières présentent quelques aberrations qui nuisent au confort de la visite. Tout d’abord les cartouches explicatifs sont placés très bas, lumbagos garantis pour les géants; ensuite les légendes sont écrites en très petits caractères et enfin comble du sadisme, les étiquettes ne sont pas placées sous les objets qu’elles commentent mais dans le plus grand désordre; cette disposition fantaisiste occasionne pour le spectateur un va et vient malcommode entre l’oeuvre et son commentaire. Si l’on ajoute que si l’exposition semble échapper aux hordes asiatiques qui galopent dans le reste du musée et aux tribus de sauvageons qui encombraient la semaine dernière, le salon du livre lors de ma visite, elle semble visitée que part une population cacochyme quasiment ingambe devant laquelle j’étais partagé entre l’exaspération devant le temps qu’elle mettait à déchiffrer les cartouches explicatifs et l’admiration pour la soif de connaissances d’êtres ayant déjà un pied dans la tombe.
Pour toutes ces raisons je vous conseille de choisir la nocturne pour votre visite et de prendre l’audio commentaire qui n’est pas redondant avec les explications écrites sur les murs des salles.

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Pazuzu

Mais ces petits désagréments furent balayés par la joie indicible de découvrir Pazuzu en trois dimensions. Pazuzu autrement dit, fils de Hampa, le roi des mauvais esprits, des vents, qui sort violemment des montagnes (inscription au dos de la statuette); je suis bien conscient que seul les fervents de Tardi peuvent comprendre ma félicité.

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Grand autre moment la confrontation avec une reine de la nuit que l’on peut imaginer assez différente de celle dont mozart rêvait composant la flûte enchantée... On peut voir aussi de nombreuses tablettes d'argile dont une avec le récit du déluge qui inspira très probablement celui de la Bible.

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La reine de la nuit
La deuxième partie de l’exposition est bien différente de la première. Elle se propose de montrer la fortune où plutôt l’infortune de Babylone dans l’imaginaire des hommes en occident et en orient depuis l’antiquité jusqu’à nos jours. La réputation de Babylone a toujours été ambivalente dans les fantasmes de l'humanité. Elle fut positive par le souvenir de ses mythiques jardins suspendus et de sa tour de Babel où tous les hommes se comprenaient mais c’est tout de même son images négative qui prévalue au fil de l’histoire. La ville, à l’instar de Sodome et Gomorrhe, symbolisa la cité de toutes les débauches. Cette désastreuse réputation fut surtout propagée par les juifs qui ne pardonnèrent pas à Nabuchodonosor (605-562 av. J.C.) sa conquête de Jérusalem et la déportation des hébreux en Babylonie. Principal fait qui engendra dans le temps et dans l’espace une histoire romancée de Babylone souvent peu amène.

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Babylone vu par Oliver Stone dans son film Alexandre

Ce sont de multiple facettes de l’image que se sont fait les hommes d’une Babylone fantasmée qui nous sont proposées sur des support différents du livres enluminé au film en passant par la peinture.
Le clou de ce deuxième volet en est “la tour de Babel de Bruegel qui a fait le voyage de Rotterdam.

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La tour de Babel (détail) de Bruegel
Mais s’est devant un autre tableau que je me suis esbaudi, "Le festin de Balthasar" de John Martin. Cette merveille qui est habituellement à New Haven à mon avis vaut à elle seule la visite à l’exposition. Le Louvre ne possède qu’une peinture, acquise très récemment de cet immense artiste qui pâtit de l’incomprèhensible et immémoriale dédain qu’on les français pour la peinture anglaise. Mes fidèles lecteur auront compris que je ne partage en rien cette coupable défiance.

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Le festin de Balthasar de John Martin que l'on peut voir dans l'exposition

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une autre version de la scène par John Martin
Il faut que je vous confesse que les tableaux de Martin furent une de mes illumination lors de mon très lointain premier voyage à Londres. Cet artiste est l’une des personnes à qui je dois mon amour de la peinture. Peut être que je n’aimerais pas autant Rothko aujourd’hui si je n’avais pas découvert John Martin à seize ans.

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L'architecture de Babylone vue par John Martin
Martin dans ce tableau se montre un précurseur du cinématographe de Grifith, dont est projeté un extrait d’”Intolerance”, de Cecil B De Milles et autre Oliver Stone, un des grands oubliès. Le peintre a accompagné son oeuvre d’un précis de lecture véritable panotage transversal sur le tableau. Il préconisait une lecture en trois temps qui correspondait au trois moment de l’action: “la protasis” qui correspondait à l’effet de surprise lié à l’apparition divine des lettres de feu (à gauche), l’épithasis qui correspond au face à face du roi et de Daniel et la catastrophe qui amène le spectateur à scruter l’agitation des arrières plans. L’artiste tente de concilier l’unicité de point de vue et la multiplication des péripéties dont certaines me demeurent énigmatiques comme l’attentisme de ce crocodile tout en bas à droite. Avec ce tableau Martin est novateur et va à l’encontre des règles de la peinture néoclassique dont celle des unités qui favorisait une compréhension globale du sujet. Martin au contraire introduit avec “Le festin de Balthasar” un séquensage que l’on peut qualifier de cinématographique, autrement dit une dimension temporelle à la fois dans ce qui est représenté et dans la démarche du spectateur face à la toile.

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image extraite d'Intolérance de Griffith
L’exposition est riche de surprises comme l’influence des rêveries babyloniennes sur l’architecture, tel ce projet inspiré de la ville mythique du à un architecte allemand pour une rénovation de Berlin en ... 1922, bien avant les plans pharaoniques de Speer pour la capitale du troisième Reich. Ce qui n'est pas surprenant car les fouilles de Babylone ont été réalisées par des équipes d'archéologues allemands au début du XXème siècle. On peut d'ailleurs voir au Vorderasiatisches Museum de Berlin (attention il est actuellement fermé pour reffection) une gigantesque reconstitution-reconstruction à l'échelle 1 de la porte d'Ishar.  Plus étonnant est ce monument pour Bagdad imaginé par l’américain Frank Lloyd Wright en 1957 ou l’on retrouve à la fois la tour de Babel et l’hélice cher à l’architecte, voir le Musée Guggenheim de New-York.

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N’existe-t-il pas pour Babylone des rêveries sérieuses d’architectes comme pour les monuments romains ou grecques? Néanmoins celle de Bardin présentée ici est savoureuse.

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Babylone vu par Bardin
Les organisateurs ne doivent pas aimer la bande dessinée car après Tardi nulle trace de Jacques Martin qui comme à son habitude y est allé de sa méticuleuse reconstitution de Babylone dans l’album la tour de Babel.

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En résumé de bien belles choses dans cette pédagogique et astucieuse exposition.

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