Pour se souvenir de Felix Nussbaum au musée d'art et d'histoire du Judaïsme de paris

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 



Self portrait with tea towel, 1936
Self portrait with appel, 1936
Self portrait with brother, 1937
Self portrait in front of houses, 1938
Self portrait with appel blossoom, 1939
Je ne me souviens pas d'être sorti d'une autre exposition de peinture aussi bouleversé, choqué, remué... qu'après avoir vu celle dédié à Felix Nussbaum, remarquablement accrochée au musée d'art et d'histoire du Judaïsme de Paris.
Il faut féliciter ce lieu pour proposer une exposition de cette qualité d'un peintre qui sera une découverte pour la quasi totalité des visiteurs.
Je ne crois pas m'avancer beaucoup en disant que Felix Nussbaum, avant cette exposition, copieuse et bien accrochée sur trois niveaux, était inconnu en France. Il n'a été redécouvert en Allemagne, on peut même dire découvert qu'au début des années 70, son pays, qu'il a fui dès l'arrivée d'Hitler au pouvoir. Ce fils de la bourgeoisie juive allemande a été formé à la peinture au temps de la Neue Sachlichkeit ( la nouvelle objectivité ) et des avant garde européennes. 

 
 
 
1929-le-vainqueur-avec-son-velo.1292897527.jpg
Felix Nussbaum - Le vainqueur avec son vélo - 1929 *
 

 Felix Nussbaum étudie aux beaux-arts à Hambourg et à Berlin. Il est en 1932 pensionnaire de  la Villa Massimo , qui est le siège de l’Académie allemande de Rome (un peu l'équivalent de notre villa Médicis). Mais à partir de 1933, il fut un peintre errant durant plus de dix ans. Passant les dernières années de sa vie, traqué, se cachant pour peindre jusqu'à son arrestation en Belgique. L’arrivée d’Hitler l’oblige à s’exiler en Suisse puis en France. En tant que sujet allemand il est interné au camp de Saint-Cyprien dont il s’évade. Il se cache à Bruxelles avec son épouse d’origine polonaise, l’artiste Felka Platek. (1899-1944). A ce propos il est dommage que l'exposition ne présente aucune toile d'elle. Le 31 juillet 1944, le couple est arrêté. Il sera du dernier train qui partira pour Auschwitz où il sera assassiné dés son arrivée.   
Mais ce serait faire injure à sa mémoire et à son talent de regarder la peinture de Felix Nussbaum qu'à travers le prisme de sa dramatique biographie même si sa peinture est essentiellement autobiographique et cela avant que sa vie prenne un tour tragique comme le montre une de ses toiles de jeunesse "Erinnerung an Norderney" dans laquelle ils se souvient des heureuse vacances familiales et balnéaires dans l'ile de Nordeney. 
Dans cette toile on décèle clairement l'influence du Douanier-Rousseau. Les influences que subira Nussbaum, dont il saura pourtant se dégager, seront assez diverses et multiples. Dans ces toutes premières toile c'est celle de Van Gogh qui apparait. Son père, lui même peintre amateur et collectionneur était un grand amateur du peintre hollandais. Puis on y décèle assez vite celle de Chirico et plus largement de la peinture métaphysique italienne (dont je vous ai déjà parlé dans mon billet sur Filippo de Pisis  ) et du surréalisme, en 1932 dans son Narcisse.
La trace de Chirico sera toujours présente dans les très belles natures mortes des années 40 que je considère comme le sommet de l'oeuvre de Nussbaum. Très importante fut aussi pour l'allemand sa rencontre avec l'oeuvre (et l'homme) de James Ensor.
Visiblement Nussbaum n'ignorait pas non plus le travail de ses compatriotes Otto Dix et Christian Schad (1894-1982).
Très troublant dans certains de ses derniers tableaux, tel juif à la fenêtre, de 1943, alors qu'il ne savait rien de la condition des déportés, même s'il en avait eu un avant gout lors de son séjour dans le camp français de Saint-Cyprien, Nussbaum peint des personnages semblables à ceux que peindrons pour témoigner, les artistes rescapés des camps à leur retour.

 
 
 
 
juif à la fenêtre, 1943

La plupart des oeuvres exposées viennent du récent musée qui est entièrement consacré au peintre dans sa ville natale d'Osnabruck. Les photos de ce musée que l'on voit dans l'exposition donnent très envie d'y faire une visite.
Il serait dommage de rater cette belle leçon de peinture et d'histoire.
En outre pour ceux qui ne connaitrait pas encore ce lieu où souvent se déroule des expositions originales et passionnante pour lesquelles le souci pédagogique est toujours présent, c'est aussi l'occasion d'admirer le magnifique hôtel qui sert d'écrin au musée avec dans sa cour l'intéressante statue représentant le capitaine Dreyfus, oeuvre de Tim, les lecteurs de l'Express "orange" se souviennent encore de ses caricatures. Il ne faut pas non plus manquer à l'intérieur l'émouvante installation de Boltanski.

Si par miracle un des responsable du musée d'art et d'histoire du judaïsme me lisaitje lui suggérerait de consacrer une exposition à un autre peintre juif de grand talent, également victime de la Shoah, Arturo Nathan, un surréaliste italien aux toiles envoutantes auxquelles je ne vais pas tarder à consacrer un billet...

Self-portratit with key, 1941
Fear, self portrait with niece Marianne, 1941
Soir (Self-portrait with Felka Platek), 1942
 
Self-portrait at the Easel, 1943
Self-portrait with jewish identity card, 1943
Masquerade, 1939
The secret, 1939
The wandering jew, 1939
The great destruction, 1939
The great destruction II, 1939
The refugee, 1939
Prisoner, 1940
Camp synagoge, 1941
The storm, The exiles, 1941
Women lamenting, 1941
Prisoners in S. Cyprien, 1942
Prison yard, 1942
Organ grinder, 1942/43
The damned, 1943
Autoportrait avec Felka et Jaqui  1944
Death triumphant, 1944

Nota
1- On trouve certaines de ses œuvres sur le site de Ten dreams et celui de Yad Vashem ainsi qu’un reportage sur Culture box
2- les toiles marquées de * ne sont pas dans l'exposition

Musée d'art et d'histoire du Judaïsme
71 rue du Temple
75003 Paris



      

Les perles, en deuil, 1938

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