Pour se souvenir d'une journée au Festival de la Bande Dessinée d'Angoulême 2011

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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En sortant du train direction Le monde des bulles, place du champ de Mars. Première dédicace, je suis dans la file qui attend l'arrivée de Libon, en retard comme l'année dernière mais toujours aussi gentil. En attendant je regarde Darasse, adorable, exécuter avec un brio époustouflant les dessins qu'il offre en guise de dédicace. J'espère qu'il sera là l'année prochaine car si je suis un fidèle lecteur d'animal lecteur dans Spirou, je le suis aussi de sa Tamara, une série beaucoup plus audacieuse et profonde que le laisserait supposer un rapide survol ( ici une intéressante interview des créateurs de Tamara, Darasse et Zidrou).


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Libon arrive. Il embrasse comme du bon pain Tarrin, auteur d'un superbe Spirou,qui signe à coté de lui. La file d'attente avance vite, Libon est un stakhanoviste et professionnel de la dédicace. Il dessine un joli Jacques pour la jeune lectrice qui est devant moi. Celle-ci attendant sur une chaise pliante apportée par ses soins. Il n'est jamais trop tôt pour s'éviter des varices... Pour moi ce sera un client de son libraire dépressif du deuxième tome d'animal lecteur qui vient de paraitre, aussi drôle que le premier, j'ai eu le temps de le lire en attendant son auteur, un joli volume d'un format à l'italienne inversé. Libon me dit que les libraire sont très content que l'on parle enfin d'eux. J'espère qu'au prochain festival d'Angoulême sera paru le premier album de sa nouvelle série, "Les cavaliers de l'apocadispe" tout aussi hilarante que les autres. L'année dernière Libon m'avait dessiné son lézard et sa mémé et cette année j'ai droit à un client redoutable de son pauvre libraire.


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Comme j'ai prévu de ne consacrer que la matinée aux dédicaces pour garder l'après midi pour les exposition, je fonce vers le barnum réservé aux éditeurs dits indépendants, Le nouveau monde, place New-York. Ce qui permet de constater que la ville entière, et cela toute l'année est sous l'égide de la bande-dessinée.



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Parfois il y a des dessinateurs plus beaux que les créatures qui naissent de leurs crayons.


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J'ai la chance d'être là au moment où le trop méconnu Bruno Loth dédicace, quelle merveilleuse rencontre de cet homme généreux qui m'a fait trois magnifiques dessins. J'aurais bien pris plus de ses albums de la série des Ermo qu'il auto édite mais ma bourse commençait à être plate et mon dos douloureux sous le poids des albums qui gonflaient mon sac à dos. Bruno Loth en discutant sur bien des choses et en particulier de la difficulté de trouver de la documentation pour sa saga sur la guerre d'Espagne Inspiré des récits de la guerre que lui raconta son beau père. Il me dit le bonheur d'avoir choisi l'auto édition. On peut retrouver le dessinateur sur son site, c'est ici .



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Passons maintenant, aux expositions, commençons par la cité de la B.D. où dans le bâtiment Castro on peut voir la très réjouissante exposition "Petite histoire des colonies française". Pour un vieux réactionnaire comme moi, l'exposition au premier degré est un régal (mais pour cela il faut vraiment être très très très réactionnaire, même pour le screugneugneu classique cela doit être difficile) et au deuxième degré, c'est une formidable rigolade. Rigolade, o combien instructive car on y apprend, comme dans les quatre jolis volumes, au format à l'italienne dont cette exposition est tirée, une foule de choses sur "l'épopée" coloniale française. Les auteurs dont je vous recommande aussi l'ébouriffante conquête de Mars par les nazis,  ne voit pas bien le coté positif de la colonisation... La présentation est très inventives comme pour celle de Baru avec laquelle j'enchaine.


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La rétrospective Baru, qui se poursuivra jusqu'au 30 avril, se nomme  DLDDLT, soit Debout Les Damnés De La Terre, déjà par le titre cela annonce la couleur. Elle est constituée de planches qui racontent le quotidien "des gens de peu", qui est presque toujours situé dans la Lorraine natale de ce fil d'émigré italien. Il y a peu d'expositions de bandes-dessinées qui donnent autant envie de lire ou de relire les albums qu'elles présentent. C'est une belle découverte que de pouvoir admirer autant d'originaux, souvent de véritables petits tableaux qui renforcent mon idée qu'aujourd'hui les meilleurs peintres figuratifs s'expriment par le biais de la bande dessinée. Ces images, d'un format modeste par rapport à beaucoup de ses confrères, dont les plus belles sont celles réalisées en couleurs directes, des chef d'oeuvre de l'aquarelle, se présentent comme un voyage au sein de la culture ouvrière de sa grandeur à sa déchéance, souligne Baru notamment dans une série vouée à l'enfance, "Les années Spoutnik, éditée par Casterman. Ces albums m'ont beaucoup touché et pour cela nul besoin d'être lorrain ni issu de la classe ouvrière, le talent de Baru de saisir l'air d'une époque, la fin des années cinquante fait que son oeuvre est universelle. 



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Il suffit de passer le pont sur la Charente pour s'initier aux Peanuts devant les panneaux ludiques et pédagogiques planté sur le parvis du tout nouveau musée de la bande dessinée. On aurait tout de même aimé que l'exposition se poursuive dans le musée pour voir des dessins originaux...
En repassant le pont, sur malheureusement le chemin du retour, je vois une maison dont je ferais bien ma résidence...


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Sur le chemin je croise Corto Maltese et Lénine...

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Angoulême n'est pas une ville plate, on y monte et on y descend, ce qui procure de beaux points de vues sur la Charente.


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Comme à mon habitude quelques curiosités se retrouvent prises au piège de mon appareil photo.


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Je n'oublie pas avant de prendre le chemin de la gare d'aller voter pour le prix du public. La choix est cornélien tant est grande la qualité de la sélection de cette année dont je connais presque tous les albums. J'aurais bien voté pour ToxicPluto ou encore Walking dead mais en définitive je choisis Manabé Shima de Florent Chavouet.



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Pas très loin de l'espace où l'on vote, le pavillon des jeunes talents dont aucun n'a été encore édité professionnellement, présente le travail d'une trentaine de ces espoirs de la bande dessinée. Ils tentent (et réussissent le plus souvent) à séduire le chaland par une histoire en trois planches. La qualité générale est impressionnante. Au fond de la salle une pièce est dévolue a une belle petite exposition pour la sortie de l'album, les derniers des dinosaures.


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Je ne voulais pas partir sans passer par l'espace Franquin pour prendre le pouls de la nouvelle bande-dessinée belge francophone. A la vue des différents artistes exposées, les belges francophones peuvent se rassurer le talent n'a pas déserté leur contrée. Deux artistes m'ont particulièrement impressionné, Joe G. Pinelli qui peint ses planches à l'huile qu'il appose sur la toile en une riche matière, et Michael Matthys dont j'avais déjà repéré le travail à l'exposition "Archi et BD" (les cartouches sur ces deux artistes sont éclairants pour mieux les lire il suffit de cliquer sur mes photos qui alors s'agrandiront).



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Angoulême janvier 2011

C'est bien trop court et épuisant ( mais tout de même moins pour le visiteur que pour les dessinateurs dont certains passent leur séjour charentais à dédicacer ) une journée au festival. On doit donc faire des choix et ce billet est loin de rendre justice à l'ampleur de la manifestation. L'exposition Baru à elle seule mériterait une demi journée pour complètement en faire le tour. C'est donc heureux, mais un peu frustré, que je quitte Angoulême en espérant que le diable, qui n'existe pas, me laissera admirer la prochaine édition dans un an.
Ci-dessous des émissions sur Angoulême 2010 et 2011
MAUVAIS_GENRES.2011-01-29.Angouleme.mp3
MAUVAIS_GENRES.2010-01-30.Angouleme.mp3

Publié dans Bande-dessinée

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Philip 26/01/2012 20:51

Vos photographies me touchent et me font rêver... Ces photographies de Fabrice ont été prises il y a 27 ans... Il doit être quinqua ou à peu près, maintenant... Tempus fuit...

Cependant, il est jeune pour toujours, comme les pharaons figés dans la pierre, comme les éphèbes grecs au sourire énigmatique (je crois que du "Cavalier Rampin", l'original de la tête se trouve au
Louvres, tandis que le corps et le cheval sont à Athènes...).

Le noir et blanc ajoute à la patine du temps, et rend la mémoire juste plus précise et essentielle.

Temps enfuis, certes, selon d'improbables diagonales, mais préservés cependant par la focale du désir...

Merci pour ces histoires de vie et de désir, écrites en noir et blanc, en pointillés, entre ombres et reflets...

Même au Louvre, impossible de rester de marbre devant la jeunesse, la beauté, devant ce je ne sais quoi qui éveille un regard et fait sentir une présence...

Philip

lesdiagonalesdutemps 27/01/2012 21:54



merci pour vos compliments qui m'encouragent à poster d'autres de mes anciennes photos.



bruno 26/01/2012 17:58

Très beau reportage, merci !