Pour saluer Raphael Sorin qui salue Melville

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Pour saluer Melville

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La Cinémathèque française annonce un hommage au cinéaste Jean-Pierre Melville. L’occasion m’est offerte d’évoquer deux écrivains qui s’estimèrent «trahis» par lui, bien à tort puisqu’ils sont moins lus qu’ils devraient l’être, et que si l’on en reparle aujourd’hui, c’est bien grâce à Jean-Paul Belmondo et Emmanuelle Riva, à Paul Meurisse et Lino Ventura, qui incarnèrent leurs personnages de papier.
Beatrix Beck, à l’époque du Sagittaire, me confia à quel point elle avait trouvé scandaleuse la désinvolture avec laquelle Melville «pilla» les dialogues de son roman. Mais ils sont parfaits et n’ont pas l’air, à l’écran, de sortir d’un livre. Quant à José Giovanni, un mauvais coucheur dont j’accompagnai, chez Fayard, la naissance de ses deux derniers polars, il m’affirma que Melville avait mutilé son histoire. Le remake désastreux qu’en fit Alain Corneau prouva par l’absurde que Melville avait eu raison d’être infidèle.
Fin lecteur, après avoir adapté Vercors et Cocteau, il avait su deviner dans Léon Morin, prêtre, de Beck, et Le deuxième souffle, de Giovanni, des fictions où s’incarneraient, sanglées dans une soutane ou un imper de truand, des projections de lui-même, tourmentées et héroïques.


 
ENTRE DE GAULLE

J’étais en train de céder à une certaine grandiloquence, en oubliant que les films de Melville que je préfère, en fait, pour leur imperfection pleine de grâce, sont Bob le flambeur et Deux hommes dans Manhattan, quand on m’a déposé un pli. Il contenait la réédition de l’essai de Charles de Gaulle, Le fil de l’épée (collection Les Mémorables, chez Perrin). Je lus aussitôt la présentation de l’ouvrage par Hervé Gaymard (le seul député avec qui j’ai pu parler de Pierre Herbart ou de Georges Henein). Il y rappelle la figure de Luc Jardie, interprétée par Meurisse dans L’Armée des ombres, un autre Melville, et un grand. Ce résistant rassemble Jean Moulin et Jean Cavaillès. «C’est, précise Gaymard, la seule scène que Melville ait rajoutée au récit de Joseph Kessel, publié à Alger en 1943… Sinon le film est d’une fidélité absolue à ce livre clair comme une épure, suggéré par de Gaulle pour faire connaître la Résistance ordinaire et héroïque.»

 
ET PIERRE LESOU 

L’épure, jusqu’à l’anorexie du Samouraï, c’est ce que Melville cherchait aussi dans un polar publié dans la Série Noire, Le Doulos de Pierre Lesou. Cet auteur un brin mystérieux a inspiré de nombreux films, pas terribles, comme Je vous salue mafiade Raoul Lévy ou Un condé d’Yves Boisset. Il méritait mieux. Grâce à Melville qui, après Godard, réservait une magnifique fin à Belmondo, il aura une seconde chance.
Et, comme ça tombe à pic, Plon annonce la création d’une collection «Noir rétro» qui semble vouloir explorer le monde englouti du polar français.
Le 4 novembre (deuxième jour de la rétrospective Melville!) reparaît donc Le doulos, suivi le 2 décembre de Noël au chaud de G.J. Arnaud.
Je l’avais baptisé dans un entretien au Matin, en 1986, de «Balzac des fauchés». Comme Léo Malet ou André Héléna, il n’a pas volé ce retour.
Rétrospective Melville: du 3 au 22 novembre.
Pour se renseigner : tél. 0171 19 33 33. www.cinematheque.fr 

 
BONUS
J’ai emprunté le titre de ce post à l’ouvrage de Jean Giono, Pour saluer Melville (une fausse biographie de l'auteur de Moby Dick), un modèle de lecture exaltée et exaltante. On doit le trouver chez Gallimard.
Pour les curieux, ils peuvent rechercher le livre de François Barat (chez Séguier, 1999), un long Entretien avec Jean-Pierre Melville, daté de 1970. Le cinéaste y parle de Godard, de son adaptation de L’Armée des ombres, de son projet non réalisé, d’un Arsène Lupin.


Parfois France-Culture se donne mauvais genre


 

20.11.2010 - MAUVAIS GENRES
JEAN PIERRE MELVILLE 59 MINUTES Écouter l'émissionAjouter à ma liste de lectureRecevoir l'émission sur mon mobile

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