pour se souvenir de Keith Haring à Lyon

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

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Je n'aurais guère l' outrecuidance de rajouter à tout ce que l'on a pu écrire sur Keith Haring depuis sa disparition en 1990. Les amateurs d'art et la nébuleuse gay ont depuis longtemps célébré à juste titre l'artiste et l'homme. Je vous conseille vivement de faire un détour par le beau musée d'art moderne de la ville de Lyon, lieu d'exposition d'une qualité très supérieure à ce que propose Paris dans le domaine,  pour la rétrospective Keith Haring qui est heureusement prolongée jusqu'au 13 juillet.
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Je rappellerais juste que Keith Haring est né en 1958 à Kutztown aux Etats unis. En 1978 et 1979 il a fait ses études à la school of visual Arts de New-York. Dès la fin des années 70 Keith Haring commence à réaliser à la craie des sortes de dazibaos dans le métro new-yorkais. Ils se composent de petits personnages ou d' animaux "vibrants" qui sont simplement silhouettés s'y ajoutent quelques symboles croix, coeur, triangles... Ces éléments constituent peu à peu une iconographie facilement identifiable. A partir de 1980 il fait partie du mouvement graffitiste. Sa première exposition personnelle a lieu en 1981. Ami et fan d'Andy Warhol (dont il a réalisé un portrait que l'on peut voir dans cette exposition), il est reconnu dans le monde entier dès 1984. Il continue à intervenir directement dans la rue. Il a peint sur tous les supports des bâches, des toiles, du métal, du bois et même sur les corps. Artiste engagé, militant contre le sida, il est mort de cette maladie à New York en 1990.

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Saint Sébastien
La première impression lorsque l'on pénètre dans l'exposition est la clareté de l'accrochage, chaque toile respire sur son mur. Les oeuvres se répondent intelligemment l'une l'autre. La présentation est thématique et nom chronologique, ce qui est plus plaisant pour l'oeil mais moins efficace pour la compréhension de la démarche de Keith Haring. Il est à ce sujet indispensable de visionner le film projeter au troisième niveau de l'exposition. Si le film ne brille pas par sa distance critique, il a le grand mérite, d'une part de montrer l'artiste au travail, on est ébahi par la dextérité du dessinateur, et d'autre part de nous éclairer sur la démarche de l'artiste. Ce documentaire traite surtout du travail de muraliste de Keith Haring, absent à une exception près à Lyon, par la force des choses. Il met aussi en valeur l'action de l'homme et de l'artiste en faveur des enfants malades. Il a décoré plusieurs hôpitaux de pédiatrie, à travers le monde dont l'hôpital Necker à Paris. Son intérèt pour les enfants n'est pas surprenant tant on peut constater que son imaginaire est resté enfantin jusqu'à sa fin prématurée. Il est marqué par la télévision, avec des recurrences comme ceux des animaux de compagnie mais aussi d'un bestiaire  fantastique, d'extra terrestre'... Il est également très connoté année cinquante, peur du nucléaire, soucoupes volantes, martiens...
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Ceux qui connaissent bien Keith Haring seront pourtant surpris par cette rétrospective. Tout d'abord elle réussit a modifier l'image un peu convenue et surtout fausse que beaucoup ont encore de lui, celle d'un jeune et gentil graffiteur autodidacte. Si l'artiste faisait des graffitis dans le métro newyorkaisnewyorkais, sans oublier de se faire accompagner d'un excellent photographe, ce qui nous vaut de superbes photos, c'était sur le chemin de son école d'art plastique où il fut un élève studieux.
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Si l'on savait qu' Alechinsky avait durablement influencé Keith Haring, je pense que la plupart des visiteurs ignoraient la parfaite connaissance par l'américain de l'art moderne. On découvre à Lyon des tableaux directement inspirés de Picasso, de Dubuffet, de Fernand Léger, Basquiat et d'une manière plus diffuse par  Matta, Tinguely, Niki de Saint-Phalle...

 

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Mais sans faire de communautarisme, il est tout de même extrêmement curieux pour ne pas dire choquant de s'apercevoir que l'homosexualité de Keith Haring n'est jamais mentionnée dans les cartouches explicatifs alors que sa représentation est une partie importante de son oeuvre mais qui est complètement absente de cette exposition! Il n'y a (sauf dans les coins) aucune image explicitement sexuelle alors que la peinture de Keith Haring en regorge! Est-ce par crainte de choquer les enfants, très nombreux lors de ma visite ce mercredi...
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Autre bémol à mon enthousiasme le prix prohibitif du catalogue 70 euros! heureusement très bien imprimé et édité par Skira. Curieusement la boutique du musée propose assez peu d'objets dérivés de la création de Keith Haring, alors que cela faisait partie de façon intégrante de sa statégie de la diffusion de son art. A tel point qu'il avait ouvert deux boutiques, les pop shop, aujourd'hui fermées, l'une à Tokyo que l'on peut voir reconstituée, et l'autre à New-York.
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eune visiteur dans la pop shop reconstituée
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L'important est que l'on sort de l'exposition heureux et plus intelligent. Le visiteur voit une oeuvre d'un artiste qui avait le souci d'enchanter le monde et de faire du bien. Avec des moyens simples au service d'idées claires, Keith Haring montre, à condition d'avoir comme lui une grande maitrise et une connaissance de son art, que l'on peut  aborder des questions graves, le risque nucléaire, la nocivité des télé-évangélistes, la sexualité... par le biais de la peinture et être entendu par le grand public.




 



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