Potiche de François Ozon

Publié le par lesdiagonalesdutemps



J'avais le ventre sur le sable de ma chère plage et me délectais du dernier opus, depuis primé de Michel Houellebecq, "La carte et le territoire", grand livre dont il faudrait bien que je vous entretienne, à mes coté se trouvait mon sac de plage en tissu éponge, estampillé Roland Garros 1987 dans lequel se trouvait l'exemplaire de septembre de La Baule +, le journal locale qui faisait sa une sur l'interview que venait de leur donner leur voisin, Claude Chabrol, il habitait au Croisic. Soudain il y eut une rumeur sur la plage, surtout fréquentée par des chenus en ce jour de semaine du début septembre, Chabrol est mort! J'ai aussitôt quitté Houellebecq pour découvrir ce qui demeurait la dernière interview du cinéaste dans lequel il faisait entre autres part de ses projets. A cette lecture, je me suis dit que le seul cinéaste français qui pouvait revendiquer l'héritage de Chabrol était curieusement François Ozon.
La réjouissante vision hier de "Potiche" n'a fait que confirmer cette intuition. On y trouve ce même regard acerbe, adouci par de la goguenardise, sur la société française et en particulier sur sa bourgeoisie...
"Potiche" est librement inspiré d'une pièce de Barillet et Grédy, le premier de ce duo fameux qui fit les beaux jours du théâtre de boulevard durant une quarantaine d'années, apparait dans le film, dont le personnage principale, repris par Catherine Deneuve, a été créé par Jacqueline Maillan.
Son argument est simple pour ne pas dire simpliste: Nous sommes dans le nord de la France en 1977, une femme jusque là considéré comme une potiche, tiens la maison et tais toi, est amenée à remplacer son maris, patron d'une fabrique de parapluies et principal employeur de la ville, doublé d'un tyran domestique, suite à l'attaque cardiaque causée par une grève dans son entreprise. La potiche parvient à faire reprendre le travail aux employés de l'usine en négociant avec l'aide du député maire communiste (Gérard Depardieu) son... ancien amant. Notre potiche redonne vigueur à l'entreprise et s'émancipe si bien qu'elle dévient la députée du coin...

Je n'ai pas vu la pièce à sa sortie en 1979 et c'est déjà un tour de force de François Ozon on n'arrive absolument pas à imaginer ce qu'elle peut être et encore moins la Maillan dans ce rôle de potiche. Je subodore que cette pochade boulevardière devait être aussi mauvaise que celle qui est à l'origine de "Huit femme". Le prodigieux est, que c'est encore meilleur, sans doute moins cinématographiquement parlant, l'image est moins virtuose que dans "Huit femme qui est un brillant exercice sur un huis clos qui revendiquait son tournage tout en studio, mais grâce à l'émotion que parvient à faire naitre le cinéaste; donnant chair et coeur au fil du film à ses personnages, qui au départ n'étaient que des pantins d'une mécanique boulevardière. Les acteurs tous extraordinaires y sont pour beaucoup. Au début ils jouent, un peu gros, très boulevard, puis petit à petit, ils s'humanisent et nous tirent presque les larmes dans les dernières scènes où Depardieu est prodigieux. Il faut oublier toute la mauvaise littérature sur cet acteur, essayez d'avoir un regard neuf sur lui, pour redécouvrir l'immense acteur qu'il est.


 
Avec Judith Godrèche, Catherine Deneuve et Karin Viard




Le moment le plus drôle est à mon avis la parodie de Tu seras un hommes mon fils de Kipling par Karin Viard qui devient tu seras secrétaire ma fille.






La bonne idée est de n'avoir pas réactualisé la pièce et de l'avoir ancré dans ces années de la fin du giscardisme qui pour ma part, vues dans le rétroviseur, me paraissent celles des temps heureux, mais beaucoup ne le savait pas... Dans sa peinture des années soixante dix, Ozon, sans pourtant faire d'anachronisme visuel, malgré ma vigilance je n'en ai repéré aucun est resté discret dans sa reconstitution. On n'échappe cependant pas aux papiers peints aux grandes figures géométriques oranges et marrons ni aux pull-overs étriqués. Ozon n'a pas voulu tirer ses images vers la caricature, ce qui aurait gommé l'émotion et l'empathie que le spectateur finit par avoir pour l'ex potiche. Surtout cela aurait rendu inopérant les clins d'oeil que ne se prive pas de faire le cinéaste à l'actualité de 2010. Mettant dans la bouche de Luchini "Casse toi pauvre con", verbalement me semble t-il légèrement anachronique mais du meilleur effet, transformant la potiche en passionneria maternante qui doit beaucoup à Ségolène Royale et faisant à Depardieu la tête de Thibault, le leader de la CGT.
Jerémy Rénier vieillit bien est est toujours désirable en jeune homme incertain. Je ne suis pas certain que tous les spectateurs saisiront les fines allusions gays de la fin du film. 




Avant potiche je n'avais pas réalisé combien le "petit Nicolas" pas celui de Sempé, celui de Carla, était une réincarnation de Louis de Funes, en fait l'homme que l'on aime détester. Luchini fait de son personnage une idéale illustration de la vulgarité. Le scénario laisse entendre qu'il est un parvenu, une sorte de coucou. Sarkosy en coucou de la droite, droite qui aurait laissé éclore cet oeuf un peu monstrueux et surtout ridicule qu'en pensez vous? 


Nota:
1- on trouve une foule d'information sur le film sur le site du cinéaste c'est ici 
2- J'ai commis des billets sur plusieurs autres films du réalisateur pour les lire, il suffit de cliquer sur leur titre LES AMANTS CRIMINELSGouttes d'eau sur pierres brûlantes  

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