Petit éloge du cinéma d'aujourd'hui de Jean-Jacques Bernard

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Il y a une douzaine d'années, j'étais un fidèle de la chaine ciné-classique qui me fit découvrir quelques merveilles et surtout nombre de nanars succulents dont un a marqué à jamais ma mémoire celui dans lequel je pus découvrir Roger Nicolas dans ses prouesses cinématographiques. Outre ces incunables de la pellicule que cette chaine ressuscitait, il y avait chaque semaine une émission dans laquelle quatre critiques, en compagnie d'un invité, présentaient la salve de films antiques que la chaine diffuserait la semaine suivante. J' appréciais particulièrement l'un d'entre eux, Jean-Jacques Bernard dont la bonne bouille et la faconde gourmande et cinéphilique m'enchantaient. A partir de ce moment là je fus plus attentif à ses écrits, dans « Première » si je ne me trompe pas. Le dit Jean-Jacques Bernard vient de faire paraître un petit livre, dans la collection Folio à deux euros, qui vaut bien au delà de ce minime investissement, sous le titre trompeur de « Petit Eloge du cinéma d'aujourd'hui ». Jean-Jacques Bernard en 117 page réussit le tour de force de brosser le tableau de quarante ans de cinéphilie. Un panorama qui parlera beaucoup à tous les amateurs de cinéma aux abords de la soixantaine puisqu'à travers l'autobiographie primesautière et émouvante du rond critique c'est leur histoire qu'ils reconnaitront, des émois des ciné club et autres cinémathèques poussiéreuses à la VOD et au DVD richement « bonussés » en passant par l'émerveillement de l'arrivée de la VHS neigeuse et la cérémonie de la dégustation du Laser disque. Non content de nous faire partager le parcours au fil des ans du critique qu'il fut, il a entrelardé ses confidences, à la touchante sincérité, de petites nouvelles dans lesquelles il campe avec beaucoup de talent des figures obscures du cinéma français d'aujourd'hui, par ce biais on en apprend beaucoup sur le petit acteur, le soutier de la régie, la nouvelle critique blogueuse ou sur les habitués des salles obscures en ce début de XXI ème siècle.

La bonhommie du texte n'exclut ni la profondeur, ni le sens de la formule, et encore moins la lucidité qu'on en juge par ces quelques citations: << Si un bien mal acquis ne profite jamais, l'emmerdement n'est jamais acquis face à l'écran. Et il profite toujours.>>, << La glose sur le cinéma a ceci de généreux qu'on peut tout y justifier , pour peu qu'on respecte quelques vaches sacrées et qu'on écorne toujours les mêmes. Les vivants constituent un échiquier facile à jouer. Moquer Lelouch et vanter Mocky est basique. Clint Eastwood est encore loin d'être canonisé (Jean-Jacques Bernard parle de la fin des années 70). Mais Sergio Leone est une madone. Chabrol est chéri pour sa bonhomie. Rohmer est craint pour son entêtement. Et Jean Eustache partage tout le monde entre la maman et la putain...>>, << L'arrivée du technicolor n'a pas accru le réalisme. Les morts avaient l'air moins morts qu'avant.>>, << Le cinéma moderne a si joliment figuré la mort qu'il lui arrive de ne plus s'arrêter sur les victimes tout en les accumulant tant et plus.>>...

Petit éloge du cinéma d'aujourd'hui, chose exceptionnelle réussit à unir passion et sagesse. 

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