Peter Doig au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris en 2008

Publié le par lesdiagonalesdutemps


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Je dois dire que je n’avais aucun espoir de voir une exposition institutionnelle à Paris de Peter Doig que je ne connaissais jusqu’alors qu’à travers des reproductions (je n’avais vu ni ses toiles lors de l’exposition “Cher peintre” en 2002 au Centre Pompidou, ni sa grande exposition au Carré d’Art de Nîmes en 2004). Et bien j’avais grand tord puisque une rétrospective lui est consacré au Musée d’Art moderne de la ville de Paris, que ce dernier soit loué de cette programmation presque audacieuse dans un pays où l’art contemporain est un label qui exclut la peinture.
La première surprise lorsque l’on entre dans cette rétrospective est de voir un peintre qui a une totale confiance en la peinture. Ce qui pourrait paraître somme toute des plus naturel mais ce qui, curieusement est devenu exceptionnel en France, et seulement en France! Le plus grand plaisir de l’exposition est dans la découverte de la belle matière dont sont fait les peintures de Doig dont on voit bien qu’ils sont travaillés et retravaillés. Les couches de peintures, apposées à l’aide de brosse, de chiffons (?), se superposent puis, dans certaine toiles, sont grattées provoquant une subtile géographie de plaines et de vallées dans lesquelles cohabitent de précieuses couleurs. Le peintre joue aussi avec la trame de la toile qui reste nu dans certaines parties de plusieurs tableaux et aussi de l’épaisseur des couches de peinture, tantôt fines, parfois grossières. Doig a même utilisé des sacs postaux, dont on voit le sigle apparaître sous la peinture, pour “Hitch Hiker”.
Les formats sont tous très grands. Il respirent bien sur les cimaises du sous-sol du musée d’art moderne de la ville de Paris même si cet espace, trop bas de plafond est bien terne par rapport à ses homologues de Lyon ou de Bruxelles que j’ai visités récemment.

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L’artiste semble travaillé par deux courants contradictoire. L’un est une sorte d’ allégeance à la civilisation moderne qu’il transcrit dans de vastes peintures d’immeubles qui semble épiés par un voyeur en quête de quelques événement extraordinaires et dans lesquels j’ai vu à la fois un hommage à Le Corbusier et à Linch...

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Les cadrages du peintre sont très cinématographiques. Il ne travail jamais dans la nature, sur le motif, mais toujours en atelier souvent d’après des photos, les siennes ou des cartes postales ou bien encore du souvenir qu’il a d’une image. Peter Doig est un grand collectionneur d'images comme l'était Bacon. Il peut aussi partir d’une scène d’un film qui l’aura marqué.

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L’autre veine qui nourrit la peinture de Doig est sa fascination pour la nature et les grands espaces qui en appelle aussi bien aux premiers paysagistes américains qu’à Poussin. On retrouve chez le peintre britannique la même place congrue laissé à l’animal humain que chez le maître de la peinture classique. Sans être trop directement référencée on s’aperçoit vite que la peinture de Doig est investie par le souvenir de nombreux peintres, Munch, Boeklin dans “100 years ago” acquis par le Centre Pompidou, Monet, les roses des paysages enneigés de Doig rappelle ceux des paysages scandinaves du peintre français, Caspar David Friedrich, Odilon Redon, Hopper... Mais sa peinture n’est pas passéiste des éléments modernes comme un terrain de sport, une bordure d’autoroute y font irruption.  La morbidité n’est jamais loin chez Doig. Je n’hésiterait pas à qualifier certains de ses tableaux de “linchien”. Souvent le motif principal est placé entre des bandes horizontales comme dans “100 years ago”. Au sujet de cette toile je vous propose un jeu: compter le nombre de canoe dans l'exposition!

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100 years ago (2001).

Les déclaration de Peter Doig sont éclairantes sur sa pratique: << Pour moi ce qui compte c’est de peindre. C’est le plaisir de l’acte, je peux m’interesser à un sujet dont le contexte est romantique mais je ne cherche pas à reproduire une image ou un état d’âme. Je préfère m’en remettre au souvenir, à l’émotion d’une atmosphère, sans faire obligatoirement référence à l’histoire de l’art... La peinture est un sujet de réflexion dans laquelle viennent se superposer des strates d’expérience personnelles, d’images débridée, des flash back. Il est plutôt question d’intemporalité. Peindre c’est aussi jouer avec le temps, le rendre mouvant. Je fonctionne par touches. Je peux mettre deux ou trois ans avant qu’un tableau soit fini... Pour moi le souvenir est en perpétuel mouvement. Il ne peut pas être stable. Il varie suivant les fluctuations de vos sentiments, d’où l’importance de faire des erreurs. C’est un processus de création naturel dans l’élaboration d’un tableau. Les repentances, les éclaboussures, les flous sont des incidents visuels nécessaires pour favoriser un terrain d’entente émotionnel. Il faut entretenir une perception de l’accident qui nous ramène à l’essentiel: voir au delà de soi et du réel...>>.

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Les meilleurs toiles sont celle de ses paysages de neige. Doig change souvent dans un même tableau d’échelle et de texture. Le peintre y parvient à merveille à jouer avec les différentes épaisseurs de peinture qu’il pose sur la toile à certains endroit la trame de la toile reste perceptible alors qu’à d’autres les empilement grattages et glacis offre une surface tout en changement de niveaux. Ces paysages tout en ouate et silence sont tellement évocateur et réussi que l’on comprend mal pourquoi Doig les a quittés car depuis que Doig est au chaud son inspiration semble aussi mince que la peinture qu’il étale désormais sur ses toiles. En outre ses travaux sur papier, la plupart préparatoires pour l’élaboration des grandes toiles font la preuve que Peter Doig n’est pas un grand dessinateur.



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Qui est Peter Doig, car s’il est largement médiatisé dans le monde anglo-saxon, je me suis aperçu qu’il était à un peu près inconnu en France tout du moins par le grand public (ce qui n’est pas le cas par exemple au Canada) et même par les amateurs d’art. Il est né en Ecosse à Edimbourg en 1959, puis il a passé sa petite enfance à Trinidad son adolescence au Canada avant de faire des études d’art plastique en Angleterre  de 1983 à 1984 à la school of de Wimbledon et ensuite à la School of Art de Chelsea à Londres. Son ascension artistique a commencé avec une exposition personnelle à la Kunthalle à Kiel en Allemagne. En 1990 il reçoit le Whitechapel Artists Award qui lui vaut sa première exposition personnelle. En 1994, une nomination pour le Turner Prize, le plus grand prix artistique en Angleterre, lui permet d’atteindre une renommée internationale. En février a lieu une rétrospective Peter Doig à la Tate Britain, d’où est issu l’exposition que l’on peut voir à Paris...

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White canoe.

Si je félicite le musée d’art moderne de la ville de Paris pour avoir organisé cette exposition, je m’interroge sur le statut de Grand peintre qu’à Peter Doig dans le monde anglo-saxon. Ses tableaux sont présents aussi bien dans les grandes collections public, à commencé par le Centre Pompidou,  que privées. On peut tout de même s’ étonner (mais ne peut on pas le faire à chaque transaction d’oeuvre d’art?) des prix atteints par les toiles de Peter Doig. Le 7 février le tableau White canoe (certes à mon avis le plus beau tableau de l’artiste) à Londres, à Sotheby’s a été cédé pour la somme de 8,2 millions d’euros, soit 5 fois son estimation, à un collectionneur russe. Ce qui a fait de Peter Doig le plus cher des peintres européens vivants. Mais ses autres tableaux sont plus près de 3 millions d’euros que de ce sommet. Ce qui maintient tout de même le peintre dans le petit groupe très fermé des artistes contemporains à “millions”. Ce sommet a fait grand bruit dans le landerneau de l’art contemporain moins toutefois que le nouveau record obtenu par un tableau de Lucian Freud représentant la boteresque Sue Tilley, enchère qui me parait plus justifiée (pour l’artiste plus que pour ce tableau particulier). Au passage on peut noter que ce sont deux peintres britanniques, ce qui cadre mal avec la condescendance avec laquelle est souvent traité la peinture anglaise en France. A propos de la cote de Peter Doig, le critique d’art Judicael Lavrador a eu cette réflexion pertinente: << A ceux qui voient en Peter Doig une construction du marché, je répondrais que ce reproche là n’est fait qu’aux peintres. Je n’entend jamais dire que les néons de Lavier sont destinés au marché! C’est un peu comme si la peinture n’était  destinée qu’aux collections privées. Je crois que c’est cette vision-là qui condamne la réception de la peinture en France.>>.
Après Paris la centaine d'oeuvres, regroupées par thèmes, représentative du travail de Peter Doig, s’étalant sur vingt ans, iront s’accrocher à Francfort.
Une exposition où éclate l’amour de la peinture de l’artiste grand coloriste qui sait faire vibrer les tons, virtuose dans sa technique mais qui ne possède pas les mondes cohérents et puissants de deux de ses grands compatriotes et devanciers dans l’art figuratif que sont Bacon et Hockney.
ici l'avis de lunettes rouges sur cette exposition

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Hitch hiker

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