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Perthus de Jean-Marie Besset au Théâtre du Rond-Point

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Vite, vite, vite, vous n’avez plus que jusqu’au 26 octobre pour courir jusqu’au théâtre du Rond-Point pour allez applaudir la meilleure pièce de Besset à ce jour.
Paul ( Jonathan Drillet) à dix sept ans, il est en première dans un lycée d’une petite ville aux abords des Pyrénées, rêveur, introverti et littéraire, il ne comprend pas grand chose aux math... Une nouvelle figure arrive dans l’établissement, Jean-Louis (Robin Causse), du même âge que Paul mais son contraire. Il est sportif, lumineux et les mathématiques n’ont aucun secret pour lui. Paul est subjugué par Jean-Louis. Divine surprise ce dernier demande à Paul dont la réputation de rat de bibliothèque, le précède, de l’aider à rédiger un devoir sur “La princesse de Clève” qui est, cela tombe bien le livre préféré de Paul qui accepte mais en contre partie demande à Jean-Louis de lui apporter ses lumières sur les progressions géométrique. Une amitié est né qui va bientôt se transformer chez paul en amour exclusif pour Jean-Louis... 
Mais surtout ces deux garçons de la bonne bourgeoisie de province sont des fils à leur maman dont l’amitié provoquée par la rencontre de leurs fils survivra à celle de leur progéniture.

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La grande force de la pièce réside dans la parfaite justesse des dialogues. Les échanges entre les deux mères sont plus vrais que nature et ceux entre les deux adolescents ne le sont pas moins.
La grande idée de Jean-Marie Besset et de son metteur en scène, Gilbert Desveaux, auquel on devait déjà la mise en scène “Des grecs”, est d’avoir fait jouer les mères par des hommes. Alain Marcel et Jean-Paul Muel qui sont prodigieux. Toutefois je suis en désaccord avec l’auteur lorsqu’il dit que cette interprétation éloigne la pièce du naturalisme tant l’interprétation des deux acteurs est extraordinaire. Je suis même persuadé que si les spectateurs ne savaient pas, avant d’entrer dans la salle que ces deux femmes esseulées après que leur mâle les aient laissé choir, étaient jouées par des hommes, la plupart d’entre eux ne s’en serait pas aperçu... Ce qui, aussi, aurait changé la nature des rires du public. Si ce choix audacieux enduit en erreur une certaine partie du public, il a aussi l’immense avantages de nourrir la personnalité de chaque femme, laissant naturellement apparaître le coté masculin, dominateur qu’il y a chez elles et de renforcer leur coté pitoyable, car il y a presque toujours ce coté là dans le travestissement...

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Je qualifierais “Perthus” de comédie de caractères. Ses références me paraissent être à la fois les “Caractères” de La bruyère et les monologues de Fernand Reynaud; deux sources qui semblent être aux antipodes l’une de l’autre et qui pourtant sont moins éloignées que l’on pourrait le croire; que l’on se souvienne, il y a quelques saisons, de la relecture que fit Jean Rochefort de certains textes de l’humoriste auvergnat. Comme ces deux textes, Perthus est constamment sur le fil entre burlesque et tragique.
C’est en effet de bien intéressants caractères qui petit à petit se dessinent devant nous. Tout d’abord ceux des mères ces idolâtres castratrices qui n’ont pourtant de cesse que d’abimer les icônes qu’elles révèrent, leur fils.
Ceux des deux garçons ne sont pas moins fouillés, si Paul est un jeune pédé assez archétypale, avec sa bande de filles à pédé  (que l'on ne verra pas, pas plus que les pères "qui ont beaucoup de travail"),  la figure de  Jean-Louis, prénom qui nous parait désuet aujourd'hui et qui renforce l'idée que nous ne sommes pas au XXI ème siècle, est beaucoup plus complexe. Celle du jeune mâle en apparence sûr de lui, assez semblable au jeune sportif du film "Get real " (Comme un garçon) mais qui en fait se laisse aimé passivement par son ami (très belle scène toute de sensualité retenue mais torride d'une nuit aux sports d'hiver) et qui craint plus que tout le regard des autres et la rumeur de sa possible homosexualité qui détruirait son image aux yeux des autres, mais surtout au siens de jeune coq du bourg. 
Alors que “Les grecs” était une pièce très parisienne, celle-ci est solidement ancrée dans la province d’où le titre Perthus, qui est un col permettant le passage, parfois difficile entre la France et l’Espagne, claire allusion également au passage souvent périlleux qu’est l’adolescence entre deux mondes celui de l’enfance et le monde des adultes avec ses conventions sociales.
Il faut saluer le choix des costumes, du à Dominique Borg, qui instille un subtile décalage entre le temps de la pièce, le courant des années soixante dix et notre époque. Ce sentiment est encore renforcé par le dispositif astucieux et minimaliste du décor modulable, procédé fort en vogue en ce temps là.
Il est dommage qu’une phrase malencontreuse brouille cet effet de distance temporelle. Dans la scène, la moins bonne de la pièce qui aurait intérêt à s’alléger de ses références historiques, où Paul évoque le voyage d’Auschwitz de sa classe et nous dit que les faits ont soixante ans.

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Robin Causse.

Si Perthus, souvent cocasse est aussi passionnant et émouvant c’est plus par la qualité de ses dialogue et sa pertinence psychologique que par ses ressorts dramatiques dont certains paraissent artificiels,
en particulier celui qui amène la rupture entre les deux garçons.
On peut penser que si tout est si juste dans cette pièce, c’est que, peut être, pour la première fois, Jean-Marie Besset a ouvert sans restriction son cœur et a puisé dans les souvenirs de son âge tendre.

Perthus au Vingtième Théâtre

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Perthus l' excellente pièce de Jean-Marie Besset, peut être sa meilleure par la qualité de son écriture bénéficiait d'une remarquable interprétation lors de sa création. Elle est reprise au Vingtième Théâtre à partir du 8 janvier. Sur quatre acteurs de la création, trois ont été changés. Heureusement, il reste le formidable Alain Marcel (également auteur de l’Opéra de Sarah).

Petit rappel, Perthus (nom d’un village pyrénéen à cheval entre la France et l’Espagne) met en scène deux amis de lycée et leurs deux mères (toutes deux jouées par des hommes, dont Alain Marcel). L’un des deux amis est attiré par le second. Le premier est gay et fier de l’être, le second, c’est moins évident...

 

Ci-dessous deux photos de la nouvelle distribution
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Perthus de Jean-Marie Besset mise en scène de Gilbert Désveaux, avec Alain Marcel, Laurent Spielvogel, Sylvain Dieuaide et Brice Hillairet, du mardi au dimanche, du 8 janvier au 28 février 
Pour retrouver Jean-Marie Besset sur le blog

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