Paul Jacoulet au musée du quai Branly

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Le, alors très jeune Paul Jacoulet travaillant sur le motif

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Pour une fois, enfin presque, poussons nous du col, en effet avant cette exposition, ils étaient bien peu nombreux les blogs français qui parlaient de Paul Jacoulet sinon le mien. Pour en connaitre plus et voir d'autres merveilles de cet artiste allez donc voir le billet que je lui ai consacré:  Paul Jacoulet

Je ne parlerais donc cette fois que de l'exposition qui lui est dédiée au musée du quai Branly dont il faut encourager l'audace et la qualité des expositions.

Le lieu oblige l'accent est mis sur le coté ethnologique, dans l'exposition et encore plus dans le catalogue, du travail de Jacoulet et en particulier sur ses réalisations ayant trait à la Micronésie.

 

 

En 1929, un jour de grande pluie un adolescent offre à Paul Jacoulet un coin de parapluie le bel adolescent aux yeux sombres se nomme Enis; il lui dit venir de la mystérieuse "Truk", une île de Micronésie. Le père du garçon, Pierre Nedelec, est un Français qui, après avoir servi dans la marine, s'y est établi et y a épousé "une beauté locale" : Enis est le fruit de cette union. Paul Jacoulet le prend sous son aile... et c'est à l'invitation de Pierre que l'artiste découvre ce qu'il appelle plus volontiers "les mers du Sud". Ce sont surtout les portraits que Jacoulet a fait dans ces iles de la mer du sud que l'on voit majoritairement quai Branly.

 

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L'exposition est présentée d'ailleurs géographiquement, selon les lieux auxquels se rapportent les oeuvres et non d'une manière chronologique, ce qui est judicieux car l'art de Jacoulet a peu évolué au fil du temps.

Le très copieux accrochage présente deux sortes d'oeuvres (180), d'une part les dessins aquarellés et d'autres part les estampes, ou plus exactement des Ukiyo-e. Souvent les dessins sont les originaux des estampes. Dans quelques cas l'exposition confronte l'estampe avec le dessin qui en est la base. Le mode opératoire pour obtenir un ukiyo-e à partir d'un dessin est bien expliqué. On s'aperçoit que le graveur puis l'imprimeur est presque aussi important que le dessinateur, d'ailleurs chaque feuille obtenue comporte trois signatures, celle du dessinateur, celle du graveur et celle de l'imprimeur.

 

Paul Jacoulet, la french touch de l’estampe japonaise

Paul Jacoulet dans son atelier en 1923

 

L'angle ethonologique pris par l'exposition laisse un peu dans l'ombre la personnalité extraordinaire de Jacoulet qui il faut le dire s'est ingénié à brouiller les pistes et a laisser sa vie privée et même l'itinéraire de ses voyages dans le plus grand flou. Il reste encore beaucoup de zones d'ombre sur ce personnage après cette exposition pourtant très complète. Quels étaient ses relations exactes avec ses nombreux jeunes "amis"? Comment a-t-il échappé à la conscription durant la guerre de 14 (probablement en mentant sur son âge). Quels étaient ses opinions sur le régime militaire du Japon dans les années trente, régime qui surveillait cet étranger anticonformiste. Quel a été sa situation à partir de 1943? était-il en résidence surveillée? Comment a-t-il pu bénéficié après le guerre de l'aide de l'armée américaine qui lui a quasiment organisé des expositions... Enfin rien nous est dit sur les tirages des différentes estampes (pour celles passées en vente il serait de 150 exemplaires numérotés).


Le magnifique catalogue (49 € tout de même) répond à beaucoup d'autres questions que je me posais sur cet extraordinaire artiste. En outre il donne beaucoup d'informations sur la vie dans les iles du Pacifique dans l'entre deux guerre.

Les photos sont autorisées mais comme tout est sous verre il est très difficile d'échapper aux reflet et aux spots d'éclairage; peut être avec un filtre anti reflet mais je n'en avais pas lors de ma visite...

Une exposition passionnante et merveilleuse à voir et à revoir. Est ce qu'un lecteur pourrais me dire où l'on peut voir des ukiyo-e et surtout des originaux de Jacoulet au Japon (et ailleurs).


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Guiltamag, jeune homme de l'île de Yap. Ouest Carolines. Crayon et aquarelle sur papier.

 

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Paris, mars 2013

 

Pour retrouver Paul Jacoulet sur le blog:  Paul JacouletPaul Jacoulet au musée du quai Branly     

Commenter cet article

Bernard 13/04/2015 22:23

J'ai beaucoup aimé vos deux "posts" sur Jacoulet au Musée du quai Branly, la justesse et la finesse de vos remarques. Ses "portraits" étonnent et fascinent par leur style. Il donne à ses modèles des traits, qui soulagent, par leur élégance, des portraits ethnologiques de l'époque dans lesquels ces modèles sont dépeints trop souvent comme des sauvages, comme des bêtes de zoo.

lesdiagonalesdutemps 17/04/2015 08:11

Merci pour vos compliments. Ce qui fait le plus des dessins de Jacoulet c'est la sensualité qui transparait dans chacun de ses portraits tout en donnant beaucoup d'informations ethnologiques.

Tom Peeping 24/03/2013 08:33

Merci pour ce billet sur l'expo Paul Jacoulet. Après la plus petite expo à la BNF en 2011, celle-ci est celle que j'attendais depuis longtemps. Voir toutes ces estampes et ses dessins aquarellés
(dans un état de conservation extraordinaire) est une nouvelle révélation. La fusion de l'Extrême-Orient pour la technique et le sujet, de l'Occident pour les évidentes influences Art Déco et de la
sensibilité personnelle de Jacoulet lui-même donne à toutes les oeuvres une charge sensuelle vraiment impressionnante.

Le catalogue, magnifique, est une addition bienvenue à la biblio sur l'artiste. Je regrette seulement dans l'ouvrage que l'orientation sexuelle de Jacoulet soit évoquée avec tellement de
précautions (une nuance par çi, un indice par là). Le personnalité et l'histoire personnelle de Jacoulet est passionnante à plus d'un titre et si sa vie privée ne regardait que lui, sa flamboyance
et l'extravagance de ses tenues, maquillages et de certains de ses comportements (le livre "The prints of Paul Jacoulet" par Richard Miles, 1982 est clair sur ce point) montrent qu'il n'était pas
un homme du placard. Sans doute n'a-t-il voulu laisser à la postérité que son oeuvre et son oeuvre seulement - et en ce sens, sa fille adoptive, qui vient de faire cette fabuleuse donation au Musée
du Quai Branly, semble être la gardienne du temple - mais les photos montrées dans l'expo, les éléments biographiques et les textes du catalogue font preuve d'une pruderie qui s'approche de la
censure. J'aurais aimé en savoir plus sur ses liens de Jacoulet avec ses modèles, le regard des autochtones sur le personnage qui devait fortement les intriguer ainsi que celui des forces
d'occupation américaines après la guerre, avec lesquelles il a eu des contacts professionnels réguliers. La sexualité de Jacoulet (réalisée ou sublimée) éclaire toute son oeuvre d'une lumière qu'il
est dommage de tamiser comme le fait si prudemment le catalogue. Vous me direz que l'eouvre parle pour elle-même...

lesdiagonalesdutemps 24/03/2013 10:02



Je suis entièrement de votre avis sur la pudibonderie du catalogue par ailleurs magnifique autre regret mais inérant au lieu et au choix des commissaire le centrage extrême sur les oeuvres ayant
trait à la micronésie. La belle exposition du musée du quai branly (qu'il serait judicieux de nommer Jacques Chirac avant la disparition de ce dernier) n'est pas vraiment une rétrospective et au
vu de cette extraordinaire donnation il pourrait faire d'autres expositions thématiques sur Jacoulet.


Outre sa sexualité et ses rapports avec ses modèles j'aimerais bien en savoir davantage sur ces options politiques. Que pouvait penser ce japonais blanc du régime militaire japonais qui a été
bien doux avec lui (puisqu'il était un ressortissant d'un pays en guerre contre le Japon) de même ses excellentes relations avec les occupants américains sont assez étranges. Si on ajoute sa
sympathie pour les coréens qui ne devait pas être très bien vu dans le Japon d'avant guerre il serait intéressant de connaitre le regard que portait les japonais sur cet homme tout à fait
singulier à moult égards. Un tel personnage et très grand artiste appelle une biographie fouillée et sans tabou d'aucune sorte. Ce qui serait sans doute difficile en raison de l'évident goût du
secret de Jacoulet et qui semble avoir en plus beaucoup menti...



xristophe 09/03/2013 02:53

C'est en effet très beau... Je ne m'étonne pas, par ailleurs, que vous ayiez été premier à en parler sur blog : encore une "invention" d'un peintre...

lesdiagonalesdutemps 09/03/2013 06:42



Dans ce cas là c'est tout de même un peu scandaleux qu'un clampin comme moi ait été le quasiment seul en français à signaler un artiste et un personnage de cette importance... alors qu'il est lui
même français. même si après l'âge de onze ans il n'est plus revenu dans son pays natal. Encore une fois cela démontre surtout le nombrilisme actuel de notre pays en matière d'art qui ignore à
peu près tout ce qui se fait ailleurs sauf pour un type d'artiste qui ont "la carte" comme dirait Michel Ciment.



JACK 05/03/2013 22:55

selon Tanakaya, 4 rue ST Sulpice, Jacoulet (qui ne vivait que de ses gravures), tirait à 150 exemplaires systematiquement numérotés en japonais. il y eut des retirages (non sytematiques), par 250
ex, mais avec numérotation en chiffre arabes (destinés aux occidentaux). ces dernières éditions ont une nette moindre valeur ce qui explique la différence entre une estampes à 500 et une à 2000 €
USD et aussi pourquoi son marché est essentIellement sur le japon/Corée/China.Vu son éloignement et son mode de vie, Jacoulet est le seul artiste francais à n'avoir "produit" que des estampes et
gravures.

lesdiagonalesdutemps 06/03/2013 02:20



merci pour toutes ces informations. Il est tout de même curieux que dans le très beau catalogue il n'y ai rien sur les tirages des estampes. Je rectifie un peu ce que vous dites Jacoulet a
également produit de nombreux dessins souvent aquarellé et pas seulement our générer des multiples comme le montre l'exposition et le catalogue mais là autre mystère il n'y a plus de dessins
après la guerre, ce qui est matériellement impossible puisque jusqu'à la fin de sa vie l'artiste continue d'éditer de nouvelles estampes, là encore rien dans le catalogue qui est certes centré
sur ce qui a trait à la Micronésie où Jacoulet n'ira plus après 1935.



JACK 05/03/2013 01:59

son marché est étoffé, sa côte progressive, mais surtout reste très abordable (de 300 à 2000€ en estampes). par contre en vente rarement chez Aguttes ou Paris, plus générallement aux states ou en
ASIE, peu recherché par les collectionneurs francais car méonnu... Pour l'instant.

lesdiagonalesdutemps 05/03/2013 07:15



merci pour ces informations, auriez vous une idée du nombre d'exemplaires tiré par estampe. D'autre part dans une galerie j'ai vu mentionner un tirage de 150 exemplaires pour le premier tirage.
Cela voudrait-il dire qu'il y en a plusieurs?