Patrick Angus (1953-1992) édition augmentée

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 




Peintre naturaliste américain, Patrick Angus a été un observateur fin et compatissant de la société gay américaine des années 80. Il a su capter avec sympathie l'esprit, le désir et la solitude de nombreux homosexuels, ses semblables et ses contemporains, vivant comme lui dans les grandes villes. Le dramaturge Robert Patrick décrivait Patrick Angus comme «le Toulouse-Lautrec de Times Square". Mais les peintures et les dessins qui ont scellé la réputation d'Angus sont plus sombres que celle du peintre français. On peut dire aussi que ses tableaux semblent issus d'un mariage entre David Hockney et David ParkAngus a représenté les lieux que sillonnaient les gays avant le séisme du sida, cinémas gays pornos, bars de gigolos, clubs gays...  Ses esquisses et toiles, sont les souvenirs étranges de ces lieux du passé. Elles sont d'autant plus piquantes et excitantes qu'elles font preuve d'un manque total de nostalgie. Peut-être parce qu'Angus n'était guère un observateur désintéressé. On sent qu'il ne voulait pas de porter un jugement sur les hommes et les garçons qui peuplent et traversent ses tableaux stylisés. Il maintient toujours une distance de bon aloi entre lui et son sujet. Se concentrant sur l'ennui, l'anxiété, la tension et la chaleur qui sourdent de ces tableaux. 



Il est né le 3 Décembre 1953 à North Hollywood, en Californie, il a grandi à Santa Barbara. Patrick Angus était un garçon timide qui tout enfant voulait déjà être artiste. Mais le manque d’information faisait qu’il stagnait. Il a été aidé par un homme qui lui a prèté son atelier, mais Angus rechignait à dévoiler ses inspirations et obsessions à thème homosexuel devant un hétérosexuel.




En 1974, une bourse d'études à l'Institut d'Art Santa Barbara l'a amené à découvrir le livre « 72 dessins de David Hockney » (1971). Il y découvrit un artiste qui célébrait son orientation sexuelle dans son travail et qui glorifiait la «bonne» vie gay de Los Angeles, et cela à seulement 100 miles de lui.
Toutefois, lorsque Angus s'installe à Hollywood en 1975, il y découvre que la bonne vie gay n'existe pas pour les pauvres, «à moins, bien sûr qu’ils soient beaux», comme il le note amèrement. Angus, croyant qu'il était sexuellement peu attractif, est resté seul.


En 1980, à New York lors de la rétrospective Picasso au Musée d'Art Moderne, Angus fait une une observation cruciale pour la suite de son oeuvre, en assimilant l'oeuvre de Picasso à une autobiographie. Cette observation judicieuse et audacieuse lui fait déclarer que << Picasso a démontré que tout (y compris l'orgasme) peut être représenté et que Picasso est le réaliste ultime.>>.



Par la suite, Angus a commencé à peindre de grandes toiles d'après ses obsessions personnelle. Elles transcrivent sa solitude érotique. Trois grands tableaux qui définissent son milieu: Boys Don't Fall In Love (1984), Flame Steaks (1985), qui se déroule dans un bar de prostitués, et The Mysterious Baths (1985), qui met en scène un sauna gay.

Ses sujets lui ont fermé le monde l’art. Ils n’étaient pas commerciaux. La société gay bourgeoise désapprouvait ses représentations, politiquement incorrect, de la "mauvaise" vie gay, le monde de la drague, de la prostitution et de la solitude. Toutes les tentatives pour exposer ses oeuvres ont été rejetées.


En désespoir de cause , voyant que son travail n’avait pas de chance d’être accepté par l'establishment artistique, Angus se résigna à l'obscurité et la pauvreté. Il trouva une chambre dans un hôtel de New York où il put peindre, mais refusant le risque de l'humiliation en tentant d'exposer ses œuvres.


Cette réticence incita Robert Patrick à introduire cette "Emily Dickinson de la peinture" dans les pages de Christopher Street magazine, la plus lettrée des publications gay des années 1980. David Hockney lui acheta cinq grands tableaux.
Outre ces scènes de la vie gay, Angus a également peint des vues de ville ainsi que des natures mortes.



Dans le début des années 1990 encore pauvre et incapable de payer le médecin, Angus apprit qu’il était atteint du Sida. Face à sa mort imminente, il craint que son œuvre meurt avec lui. Mais dans les derniers mois de sa vie, trois expositions personnelles ont été montées. Sur son lit de mort, en 1992, lorsqu'il il vit les épreuves du livre sur ses peintures, Strip Show, contenant les reproductions en couleur de quarante-sept de ses tableaux, il put enfin croire que son travail ne serait pas complètement oublié. Il s'exclama : << C'est le plus beau jour de ma vie. >>.  Patrick Angus aurait été heureux de savoir que son travail a été montré en 2007 dans une institution internationale aussi prestigieuse que l'Akademie der Künste de Berlin.

Angus est joué par l'acteur Jonathan Tucker dans le film Un Anglais à New York (2009), film biographique qui retrace les dernières années de Quentin Crisp . Crisp s'était lié d'amitié avec Angus et l'encouragea à montrer son travail. Dans le documentaire, Resident Alien, Robert Patrick traîne un Angus réticents  pour qu'il présente ses peintures à un galeriste du Village dont les toiles de l'artiste fait reculer d'horreur. Angus, humilié, remballe ses tableaux. On voit qu'il est trop pauvres pour acheter des chassis. On l'aperçoit dans sa chambre minuscules.

Quentin Crisp déclara à propos de son ami: << M. Hockney a dit qu'il peint ce qu'il aime regarder. Pas étonnant qu'il ait acheté plusieurs de peintures d' Angus. Angus travaille sur le même principe et, même si à première vue, ses tableaux semblent si délibérément crus, Angus est vraiment, à cet égard, dans la filiation directe de un artiste comme Manet, dont l'Olympia a été, en son temps, considérée comme choquante. >>.
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Patrick Angus a finement observé le milieu gay américain des années 1980 ; son œuvre s'inscrit dans l'héritage du réalisme social américain incarné par des artistes tels que Sloan, Thomas Eakins, Winslow Homer, Edward Hopper, Reginald Marsh et Paul Cadmus... En outre, elles sont uniques dans l'histoire de l'art pour leur représentation de la compassion, de la nostalgie et de la solitude de certains gays en milieu urbain.
 
Source : Turnbaugh Blair Douglas sur glbt.com
http://homodesiribus.blogspot.com/

Green and Black



Steam Room 1, 1988


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Because You're Young, 1989

Reclining Nude-Darien, 1988
Angus

Angus

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xristophe 17/09/2012 00:30

Oui qu'elle est belle et touchante, cette peinture... Quasiment personne ne connaît cela... (Ceci, pour féliciter l'inépuisable "inventeur"...) Esthétique et "univers"... Ces petites salles de
spectacles innocents et crus homos... Le texte de commentaire est très bien.

lesdiagonalesdutemps 17/09/2012 07:16



merci pour ces compliments, c'est un peu faux d'écrire que quasiment personne ne connait cela ou alors il faudrait rajouter en France car aux USA grâce en particulier au gender study Patrick
Angus a acquis une visibilité qu'il n'avait jamais eu de son vivant car plusieurs tableaux du peintre sont de véritables documents sur la vie gay des années pré-sida.