Notre paradis, un film de Gael Morel

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

 

 

France, 100 mn, 2011

 

Réalisation: Gael Morel, scénario: Gael Morel, Photographie: Nicolas Dixmier, Musique: Camille Rocailleux, Montage : Catherine Schwartz

 

Avec: Stéphane Rideau, Béatrice Dalle, Dimitri Durdaine, Didier Flamand, Jean-Christophe Bouvet, Raymonde Bronstein, Malik Issolah, Mathis Morisset  

 

Résumé

Vassili (Stéphane Rideau), 33 ans est un prostitué aux pulsions criminelles qui voit son commerce décliner en raison de son âge avancé pour son activité. Une nuit il trouve un jeune homme inanimé, (Dimitri Durdaine) dans le Bois de Boulogne. Il vient de se faire tabasser. Vassili le recueille chez lui. Amnésique à son réveil, le jeune homme est rebaptisé Angelo par son protecteur. Les deux hommes, devenus complices et amants, se prostituent ensemble et volent leurs clients. Mais peu à peu, l’étau se resserre suite aux menaces de représailles; le couple doit fuir Paris précipitamment. La cavale commence…

 

Stéphane Rideau et Dimitri Durdaine dans Notre paradis

 

L'avis critique

 

Gael Morel dans tous ses films montre des qualités rares dans le cinéma et en particulier dans le cinéma français, celle de la sincérité un don pour esthétiser les corps masculins et surtout celle de filmer avec réalisme et conviction les classes populaires. On peut penser que ce dernier don lui vient de ses origines. Ce qui fait que d'emblée on croit à l'existence des deux paumés qu'il met au centre de son récit. Mais la médaille a son revers, aussitôt qu'il s'éloigne de son milieu, le cinéaste empile les clichés.

 

Stéphane Rideau et Dimitri Durdaine dans Notre paradis

 

Pour tous les cinéphiles, le nom de Gael Morel est associé à celui de Téchiné qui l'a fait découvrir en tant qu'acteur dans un de ses films les plus connus, "Les roseaux sauvage" et aussitôt que l'on ajoute au nom de Téchiné, le mot de prostitution, c'est le titre d'un autre film du réalisateur qui remonte du fond de notre mémoire, celui de "J'embrasse pas". L'atmosphère glauque de "notre paradis" qui n'est pas sans rappeler celle de "L'homme blessé" nous ramène aux années 80 où le seul horizon cinématographique possible de l'homosexualité semblait être la prostitution. Même les membres les plus revendicatifs de la mouvance gay devraient convenir que cela ne reflète guère la réalité d'aujourd'hui, surtout à Paris. Sur ce point le cinéaste dans une interview réfute cette critique, que je maintiens néanmoins: << Au cinéma et dans les séries (Plus belle la vie,Avocats & Associés), elle est vécue par des hommes qui travaillent, rentrent chez eux le soir, etc. Alors que, même si c’est le cas, leur réalité sexuelle, là où la télé ne peut jamais aller, est très différente : boîtes innombrables, lieux de drague. j'ai intention de proposer à un public homo de se reconnaître dans un personnage mauvais>>. On pense également au film de Claire Denis "J'ai pas sommeil", aussi peu psychologique que celui-ci.

 

Dimitri Durdaine et Béatrice Dalle dans Notre paradis

 

La première scène, un numéro de cabotinage grandiose et pitoyable de Jean-Christophe Bouvet met d'emblée mal à l'aise. L'inconfort ne quittera plus le spectateur.

 

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Ne voulant, ou plutôt ne pouvant pas, donner d'épaisseur psychologique à ses personnages, Le passé et les motivations de Vassili ne sont jamais explicités, on peine à croire à l'amour fusionnel de Vassili et d'Angelo et encore plus que le premier puisse pousser le second vers le crime.

Le film est à la fois un film de serial killer (vous remarquerez qu'heureusement, on dénombre beaucoup plus de films sur les serial Killer que de serial killer), la peinture d'un amour fou entre deux garçons et la chronique sur la prostitution masculine qui est malheureusement filmé d'une façon naturaliste en regard de l'image peu crédible, car univoque, qu'il donne de la communauté homosexuelle.

Les meilleurs scènes du films sont celles sur l'intimité du couple. Je regrette que le cinéaste ne se soit pas contenté d'un quotidien épuré d'un romanesque bon marché. Il faudrait que les cinéastes comprennent, surtout lorsqu'ils savent bien filmer comme gael Morel, qu'il n'est pas nécessaire pour intéresser le spectateur de truffer leurs films de crimes ou de pyrotechnie, un Mike Leigh par exemple l'a compris... Sur le vieillissement d'un homosexuel, Jacques Nolot sans romanesque extravagant avec  AVANT QUE J’OUBLIE a réalisé un film beaucoup plus convaincant que celui de Morel.

 

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Stéphane Rideau et Dimitri Durdaine dans Notre paradis

 

Stéphane Rideau et Dimitri Durdaine dans Notre paradis

 

Notre paradis

 

Dimitri Durdaine et Béatrice Dalle dans Notre paradis

 

Stéphane Rideau dans Notre paradis

 

Le véritable problème de Gael Morel est qu'il a voulu tourner un scénario qu'il a écrit ce qu'il ne sait pas faire. Outre les multiples invraisemblances de cette histoire de nombreuse séquences semblent n'avoir pas grand chose à voir avec l'histoire principale comme cette visite à chez une ex-petite amie de Vassili, mère célibataire d'un enfant à problèmes qu'ils vont embarquer dans leur cavale, qui vient comme un cheveu sur la soupe.

En revanche une autre séquence est bien amené, celle de la visite chez le docteur, joué par Roland Copé , lorsque ce dernier ouvre son réfrigérateur, je me suis demandé si l'on allait pas bifurquer vers une histoire à la Poppy Z. Brite... 

 On retrouve dans "Notre paradis" un thème qui obsède le réalisateur, la perte de la jeunesse. Il est le centre caché du film. D'une manière plus ou moins ténu on peut le retrouver dans presque tous ses films comme dans "Après lui" par exemple. 

 

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Si comme le disait fort justement Paul Valery à propos de Degas pour un peintre dessiner c'est caresser, pour Gael Morel filmer le corps d'un garçon, c'est aussi le caresser.

Techniquement le film est soigné, montage nerveux, cadre soigné, souvent inventif avec quelques beaux contrejours, bien sûr sur le corps de Dimitri Durdaine, mais aussi lorsque le cinéaste filme la nature ou Paris (la leçon de Christophe Honoré?) , éclairage de même, avec des alternances réussies de séquences sombres suivie de lumineuse, bonne utilisation des décors.

 

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Il y a un autre don que possède Gael Morel et que j'ai ommis de mentionner dans le chapeau de ma critique, c'est l'excellence de sa direction d'acteur, si les qualités de comédien de Stéphane Rideau ne sont plus à démontrer, je conseille à ceux qui pensent que l'acteur n'est convaincant que dans les rôles de jeunes prolos, de voir le téléfilm dans lequel il incarne Georges Brassens; il est sensationnel! En revanche ce que le cinéaste parvient à faire faire au débutant Dimitri Durdaine est époustouflant. Le jeune acteur est la révélation du film, espérons que le cinéma français, si frileux envers les acteurs atypiques saura l'utiliser. Le choix de Dimitri Durdaine ne doit pas être étranger à la présence sur le film de Jacques Grant, grand directeur de casting, pour Téchiné notamment, que j'ai reconnu en client suceur et pingre.

 

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Si ce film est en grande partie raté, uniquement à cause de son scénario et ce ne sont pas les dialogues qui l'améliorent, il n'en reste pas moins qu'il est heureux qu'existe encore, pour combien de temps (?) de tels films dans le paysage formaté (principalement par les télévisions, aucune télévision a accompagné son film) du cinéma français. Le film a été interdit au moins de seize ans.

Il est dommage qu'à une histoire de pacotille, à laquelle on ne croit pas, Gael Morel n'est pas préférer filmer le quotidien d'un prostitué vieillissant. Il y a la matière de faire un film autrement plus vrai et touchant que ce paradis frelaté, surtout lorsque l'on a sous la main un acteur de la trempe de Stéphane Rideau.

 

Nota: Je voudrais remercier, Alain, un de mes rares commentateurs qui m'a remis en mémoire ce film que j'avais raté en salle en raison de son passage éclair sur les écrans.

 




















 

Pour télécharger le film

http://rapidshare.com/files/ 704123221/EngSubQaFoNENotreparadis.avi 

 

Lien Streaming

http://uploadhero.com/v/8HQnH9AD

 

Pour retrouver les films de Gael Morel sur le blog:  Notre paradis, un film de Gael MorelNEW WAVE de Gaël Morel



 

 

 

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