Norbert Bisky

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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L’allemagne ne possèdent pas que de vieux maîtres en peinture, Penck, Kiefer, Gerhard Richter, Sigmar Polke Bazelitz... Ses dernières années ont vu apparaître un artiste, Norbert Bisky dont l’importance et les thématiques me rappellent l’éclosion de David Hockney dans les années soixante dix...

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Norbert Bisky  est né à Leipzig, alors en Allemagne de l’est, en 1970. Son père était un haut fonctionnaire du régime (peut être est-ce pour cela que son fils peint dans certains de ses tableaux, une jeunesse idéalisée, une sorte de pays perdu...). Il est aujourd’hui président du PDS, le parti post-communiste allemand. Norbert Bisky est un de ses nombreux artistes allemands venant d’Allemagne de l’est; toutefois sa formation artistique a eu lieu après la chute du mur.

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En 1990 il commence des études d'histoire de l'art allemand à l'Université Humboldt à Berlin. Trois ans plus tard, il visite l'école d'art Libre de Berlin ce qui le décide à faire des études de peinture. Il a été pendant plusieurs années de 1994 à 1999 à l’Universität der Künste Berlin l'élève de Georg Baselitz. Durant l’été 1995 il suit l’ enseignement de Jim Dine en Autriche à la Salzburg Summer Academy. Puis, avec le programme Erasmus, il passe un an en Espagne à la Faculdad de Bellas Artes; Universidad Complutense Madrid. Il retourne terminer son cursus à Berlin où il vit et travaille aujourd’hui.
Lors de la première exposition de groupe des étudiants de Baselitz à la galerie Michael Schultz en 1998 le travail de Norbert Biski attire l’attention du public.

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Il fait sa première exposition personnelle en 2001,“Wir werden siegen”,  à la Galerie Michael Schultz à Berlin. Elle sera suivi de nombreuses autres en Allemagne, en Italie, aux Etats Unis, en Corée...
Valeur montante de la peinture allemande, les toiles de Norbert Bisky sont de plus en plus prisées outre-Rhin. L'allemagne est pris d’une soif de peinture. Ses grands anciens connaissent une notoriété internationale et tirent toute une génération de jeunes artistes. Contrairement aux «Young British Artists» comme Damien Hirst , Sarah Lucas ou Tracey Emin qui misent sur le choc et la sensation, les artistes allemands, qui grimpent actuellement au sommet des ventes, s’intéressent au renouveau de la peinture. Une peinture parfois ludique, d’une grande maîtrise technique, et inspirée souvent par les paysages des romantiques. Alors que Damien Hirst fait sensation avec un requin baignant dans du formol, Bisky revisite la peinture réussissant à être encore plus dérangeant que Hirst, parce qu’immédiatement lisible, ce qui gène une partie de la critique.

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Ses œuvres ont déjà été acquises par de nombreuses collections publiques, notamment, le Musée Ludwig à Cologne, Museum of Modern Art de New York, Museum der bildenden Kunst à Leipzig... Il expose dans le monde entier mais pas en France! Ce qui est incompréhensible (à moins que nous soyons le pays le plus pudibond d’occident) d’ autant que son maître George Baselitz y jouit d’une très grande notoriété. Je ne m’explique pas, par exemple que la galerie Thaddeaus Ropac, galerie de Baselitz, n’organise pas une grande exposition Bisky d’autant qu’elle ne répugne pas à exposer un artiste gay comme Paul P.; car l’oeuvre de Bisky est tout sauf consensuelle. L’artiste y affiche clairement ses goûts pour les adolescents, presque toujours mis en scène dans un contexte de grande violence. Si Baselitz met le nazisme au centre de sa création Bisky lui le remplace par le sexe. Ses expositions sont presque toujours entourées d’un parfum de scandale.

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Ses influences sont multiples, par la vigueur et l’amplitude de son coup de brosse, dans certaine toiles on décèle immédiatement l’influence de Baselitz. Il utilise principalement des couleurs pures fraîches et lumineuses. Toutefois son style est plus réaliste que celui de son mentor. Parfois il est proche du réalisme socialiste. Irradié durant ses dix neuf premières années par la propagande communiste  à l'instar de son contemporain et collègue allemand Neo Rauch, Bisky s'appuie sur les conventions visuelles de l'ère communiste . Mais contrairement à Rauch, qui met en évidence la robotisation de la population, Bisky idéalise cette période pour mieux la subvertir. Son univers fait penser aux ambiances d’un monde à la David Lynch qui aurait les couleurs des clichés de David LaChapelle ou des images de Murakami .

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Souvent critiqué pour ses scènes sexuelles ou violentes, Norbert Bisky joue beaucoup sur le registre de l'ironie. Les situations qu'il représentent font scandale alors qu'il nous les communiquent le plus souvent par le biais de l'humour. Par exemple en intitulant “déluge” une immense toile de trois mètres de long sur laquelle un adolescent soigne une égratignure de son camarade. Le déluge en question est dans la tête de l’un d’eux (des deux?) submergé de désir.

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Les giclures sur ses toiles évoquent les éjaculations dans les films pornographiques mais elles sont mises à distance grâce à des couleurs acidulées. Norbert Bisky représentent les scènes les plus osées  avec les canons Pop-Art, ce qui leurs donnent une forme d'innocence qui entretient volontairement la confusion. Par sa volonté de dynamiter la réalité et la bien séance Bisky est proche des débuts de la Figuration narrative  que l’on peut voir actuellement à Paris au Grand Palais.

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Ses personnages, presque toujours de beaux adolescents, (des “Joubert pierrejoubert.site.free.fr” qui aurait un peu mûris) sont stéréotypés, interchangeables d’une toile à l’autre. Cette utilisation du clone adolescent le rapproche d’Antony Goicolea (avec lequel il a déjà exposé) comme le constant hiatus sur ses toile entre candeur et violence l’apparente à AES+F .

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Il travaille les stéréotypes esthétiques néoréalistes instituées par les différents totalitarismes du XXe siècle. Prenant acte de l’ambivalence naturelle des images, l’artiste s’approprie les options stylistiques essentielles propres aux esthétiques de ses régimes: le fondement photographique, le réalisme naturaliste, et l’effacement de toute singularité individuelle, au profit de clones imaginés à l’aune de leur mythologie historique.

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Toutefois, Bisky subvertit tous ces partis pris stylistiques contre eux-mêmes. Il élabore une énergie du retournement. L’empreinte lumineuse de la photographie se fait incandescente. Elle brûle la figure "à froid".  Son réalisme échappe à l’objectivité historique pour investir le territoire imprécis de la réminiscence intime et trouble de l’adolescence. L’ engouement que provoque l’artiste s’explique par le fait qu’il représente parfois des scènes idéalisées de l’adolescence que tous secrètement auraient aimé vivre.

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Si l’on n’y prenait pas garde on pourrait croire que les jeunes éphèbes musculeux et insouciants, de Norbert Bisky s’ébrouent et batifolent dans un idyllique décor maritime, offrant le spectacle d’un déluge de corps dénudés, durant d’idéals séjours dans une colonies de vacances fantasmée de l’époque soviétique (il a dans son adolescence participé à de nombreux camps d’été de pionniers) ou, pour le regardeur français sortis d’”Un signe de piste” . Mais on découvre presque toujours, dans ses dernières production, dans un recoin de l’image, que cette apparente innocence n’est que le masque recouvrant de noires turpitudes. Comme dans cet immense tableau de trois mètres de haut intitulé “sans grâce” (qui devrait s’appeler vaudou aryen) où l’on ne s’aperçoit pas immédiatement que le petit blondinet aux yeux vide martyrise une figurine humaine.

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On peut constater une évolution thématique dans son œuvre. Si à ses débuts il représentait une jeunesse idéale, dans des images homo érotiques, aujourd’hui les sujets se font plus âpres et plus crus. Au paradis a succédé des scènes d’apocalypse et à la suggestion homo érotique des représentations de relations homosexuelles explicites. Ce durcissement va de paire avec le remplacement des couleurs pastels par des teintes plus denses et plus vives.

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Bisky fait preuve d’un grand sens du mouvement dans ses compositions. Un des meilleurs exemples se trouve dans la toile “Match parfait” qui montre le dynamisme et l'esthétique d'un instant d’ un match de football qui devient sous son pinceau un ballet sensuel.

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L’artiste s’exprime sur de grands formats, il n’est pas rare que la plus petite dimension de la toile soit d’un mètre, la plus grande peut en atteindre cinq. Il est très pointilleux pour ses accrochages qu’il considère comme des installations, les toiles se répondant, racontant une histoire...

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Son travail sur papier est assez différent de celui sur toile. Dans de grand format, sur le papier nu, se dispersent de petits homoncules, comme si la feuille blanche était une plage presque déserte...

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Souvent Norbert Bisky s'inspire de tableaux existants, de l'univers d'autres artistes et se réfère constamment à l'histoire de l'art. Il intègre ainsi dans son œuvre des éléments du futurisme, de la calligraphie japonaise, des mangas et de l'expressionnisme allemand...

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Pour retrouver Norbert Bisky sur le blog:  Norbert Bisky, Decompression à la galerie Daniel Templon,  Norbert Bisky Norbert Bisky


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