Non ma fille tu n’iras pas danser, un film de Christophe Honoré

Publié le par lesdiagonalesdutemps


J’avais espéré que la mise au pinacle dans la cinématographie française du personnage récurrent pour ne pas dire omniprésent du jeune beurre, allait nous débarrasser des affres pré et post ménopause de la bourgeoise de province, hélas il n’en est rien. Je précise que ce sont deux catégories, contrairement semble-t-il à la gent cinéphilique française, et pour paraphraser mon maître Achille Talon, dont je me brosse le nombril avec le pinceau de l’indifférence. Je dois avouer néanmoins que j’ai quelques faiblesses pour les atermoiements féminins lorsque les malheurs de ces dames sont filmés par Desplechin (Mais le propre de l’art n’est il pas de transcender par la manière et la matière le sujet, que reste-t-il de “Madame Bovary” réduit à son anecdote? Disons que Christophe Honoré n’a pas été loin de réussir cette miraculeuse transmutation.). “Non ma fille tu n’iras pas danser” met en scène le désarroi d’une mère de famille, Léna (Chiara Mastroianni), qui après son divorce ne parvient pas à faire face à sa nouvelle situation et surtout à être une mère exemplaire, ce qui est l’unique horizon qu’elle s’est fixé, pour ses deux enfants, une fillette de six, sept ans et un garçon de onze, douze ans (Donatien Suner). Les grands-parents ont invité toute la petite famille dans leur manoir breton pour passer quelques jours de vacances durant l’été. Cette invitation est une sorte de traquenard monté par la grand mère (Marie-Christine Barrault) dans l’espoir de rabibocher sa fille, qu’elle a toujours materné et considéré comme une tête légère, avec son ex-mari (Jean-Marc Barr). A cette opération à haut risque participe aussi la sœur (Marina Fois plus que convaincante dans un rôle dramatique inhabituel pour elle), en ceinte jusqu’aux dents de son falot mari (Marcial Di Fonzo bo excellent dans ce contre emploi). Cette confrontation estivale aux prix de nombreuses souffrances aidera à dénouer le nœud gordien de cette famille qui ne cherche qu’ a faire le bien de Léna; d'ailleurs le titre anglais moins beau mais plus juste que “Non ma fille...” est Making Plans for Lena ("On fait des projets pour Lena") alors que le titre français fait référence au conte breton qui sépare au milieu du film le volet breton de sa suite parisienne... Or donc, au milieu de cette histoire arrive, comme un cheveu sur la soupe, un conte breton, plus ou moins situé au XIX ème siècle, très rohmerien et remarquablement filmé. Il aère agréablement l’esprit du spectateur qui sans cela n’aurait peut être pas pu supporter les atermoiement amoureux de Léna , emmerdeuse patentée, durant 1h 45 (peut être qu’également les accortes figures d’une mâle jeunesse rustique en costume traditionnel breton n’a pas été pour rien dans mon regain d’intérêt pour le film à partir de ce moment là; après le conte l’intrigue se transporte à Paris.). Car la principale faiblesse du film de Christophe Honoré est que son personnage principale est une chieuse qui finit par épuiser la patience des siens ( mais grâce au talent du cinéaste pas celle des spectateurs), eux-mêmes n’étant pas des gens avec lesquels je partagerais avec plaisir un dîner tant est patente leur médiocrité petite bourgeoise. J’en reviens à la question que je me pose de plus en plus à la sortie d’un cinéma, pourquoi ai-je passé 1h 45 avec des personnes, et de surcroît payer pour cela, que dans la “vraie vie” je fuirais à toutes jambes? L’amour du cinéma demande peut être un souci du prochain que je n’ai pas, ou plus? Le scénario n’est pas non plus sans faiblesse, certaines scènes comme l’escapade romaine des grands-parents auraient pu être couper sans dommage. Plus grave certains points ne sont pas explorés complètement comme la maladie du grand-père, un ressort dramatique non utilisé qui ne fait ainsi que brouiller les esprits à l’encontre de ce personnage au lieu de le construire. Heureusement le moindre rôle est joué à la perfection et lorsque l’on voit Jean-Marc Barr tout à fait bon (sans doute une première) on mesure combien Christophe Honoré est un grand directeur d’acteur. Un peu sur le modèle de Desplechin, auquel décidément il est difficile de ne pas penser, Christophe Honoré de film en film semble vouloir se constituer une troupe. Ce serait d’ ailleurs le désir d’offrir à Chiara Mastroianni un premier rôle, elle n’en avait qu’un second dans les chansons d’amour” et une silhouette dans “La belle personne”, qui aurait conduit le réalisateur à tourner “ Non ma fille...”. Pour ce casting parfait il serait dommage de ne pas citer en ce domaine le collaborateur habituel du réalisateur, Richard Rousseau. Ce casting qui parait évident ne l’était pas du tout au départ. Il fallait oser distribuer dans des rôles importants des acteurs peu connus comme Fred Ulysse dans celui du grand père ou dans l’emploi de la tête à claque “spirituel”, le frère du cinéaste, Julien Honoré. On retrouve Louis Garrel, “la muse” du metteur en scène. Garrel heureusement ne songe plus à singer Jean-Pierre Léaud. Pour une fois Honoré s’est interdit de filmer le sexe de son acteur de prédilection, en échange il nous offre l’abondant buisson pubien de son frère! Pour les amateurs de très jeunes personnes, Donatien Suner, qui joue avec beaucoup d’autorité le fils de l’éperdue, est une beauté! Mais Il est à craindre que le personnage d’Anton tienne plus du fantasme de cinéaste (on peut y voir peut être Christophe Honoré en pré adolescent) que de la réalité. Malheureusement je ne crois pas qu’aujourd’hui, il existe un tel garçon, grand lecteur, indemne de la boutomania aiguë qui ravage la population adolescente. L’anachronisme du personnage d’Anton renforce l’impression d’ intemporalité de cette histoire, là encore en contradiction avec le naturalisme de l’ensemble. La fluidité du jeu des acteurs est sans doute due en partie à la connaissance de longue date qu’ a le cinéaste de la plupart d’entre eux. En outre, le cinéaste retrouve aussi son chef op, Laurent Brunet de son film précédent et sa monteuse habituelle, Chantal Hymans, sans oublier à la musique Alex Beaupain. Christophe Honoré est un homme de fidélité. Malgré tout il n’a pas totalement réussi son coup principalement à cause d’un travail insuffisant sur le scénario. Comme à son habitude il a été incapable de situer d’une manière crédible socialement ses personnages; tout ce beau monde vit dans des appartements confortables ou un joli manoir breton sans jamais que l’on sache d’où vient cette tranquille aisance doublée d’une agréable oisiveté, sauf pour le personnage joué par Chiara Mastroianni dont on croit comprendre qu’elle était anesthésiste et qui se recycle, comme c’est crédible, en vendeuse chez une fleuriste. Il aurait suffi de quelques plans ou de quelques lignes de dialogue, (dialogues qui sonnent justes même si certains sont trop écrits) pour préciser la place sociale de chacun. On ne demanderait pas de telles choses si Christophe Honoré ne jouait pas la carte du naturalisme. Un pareil reproche serait ridicule fait à Rohmer ou Bresson... Autre carence résultat d’un manque de travail sur les décors, le constant divorce entre les intérieurs et les extérieurs, ce qui est très gênant. Il est très peu probable que les intérieurs, assez minables où se déroulent plusieurs scènes, soit ceux de l’élégant manoir breton des grands-parents; de même l’escalier menant à l’appartement parisien où résident Léna et ses enfants ne correspond visiblement pas au dit appartement. Avec ce dernier film, Christophe Honoré a pris le contre pied de ses autres opus dans lesquels les hommes sont mis au centre, les femmes étant plus ou moins cantonnées à la périphérie des intrigues. Dans “Ma fille tu n’iras pas danser” elles sont au centre et portent la culotte. Enfin je voudrais signaler la présence, malheureusement exceptionnelle au cinéma, d’une très belle séquence de sexe entre deux personnes âgées filmée avec beaucoup de sensualité et de tact. Un film attachant auquel il n’a manqué qu’un peu de travail pour être dans son genre, qui n’est pas complètement le mien, une complète réussite.

 

Pour retrouver Christophe Honoré sur le blog:  Non ma fille tu n’iras pas danser, un film de Christophe HonoréTout contre Léo, un film de Christophe HonoréLes Bien-Aimés, un film de Christophe Honoré, La belle personne, un film de Christophe Honoré, LES CHANSONS D'AMOUR, un film de Christophe Honoré   

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pépito 28/10/2012 19:46

ah... j'ai quand même beaucoup de mal avec Honoré depuis ce film... ou plutôt depuis le récit banal de ce film... parce que j'ai adoré le film dans le film, la scène très rhomérienne du mariage (?)
breton m'a enchanté..
je crois que le frère d'honoré (ils se ressemblent cruellement) m'épouvante et physiquement et dans son jeu... je ne le supporte pas dans ce film ni dans le victor hugo qu'ils ont conjointement
commis il y a quelques années...
inutile de dire que j'ai détesté le remake caché des magnifiques "chansons d'amours" (je ne me souviens pas même du titre)... tout comme j'ai détesté le dernier Ozon qui m'a foutrement ennuyé hier
soir... toutes ces accumulations ne suffisent plus... ces garçons voudraient faire de la nouvelle vague en 2012... sauf qu'en 2012 l'information, les films, les textes circulement autrement qu'il y
a 50 ans... du coup, quand Ozon évoque Musil (et sans doute le chef d'oeuvre de Schlondorff) on se demande ce que ça vient foutre là... le personnage de claude n'existe que quand il est érotisé,
c'est quand même dommage sur 1h45... d'autant qu'il ne l'est que deux ou trois plans... et c'est d'autant plus dommage qu'il est beau comme ce n'est pas permis...
je suis sur le point de gommer les noms de Honoré et Ozon de mes tablettes cinéphiliques... et c'est dommage de constater que Resnais ou Rivette ou Truffaut ou n'importe lequel n'ont toujours aucun
successeur... c'est pourtant beau le cinéma... et le cinéma ce n'est pas que raconter une histoire... pour ça, le roman photo suffit amplement...

lesdiagonalesdutemps 29/10/2012 08:27



Vous l'avez compris en me lisant je suis en désaccord presque complet avec vous. Si Honoré a en effet assez péniblement, jusqu'aux Chansons d'amour plagié la nouvelle vague avec
l'invraissemblable cabotinage de Louis Garrel (presque aussi calamiteux que Huster se prenant pour Gérard Philippe qui lui même n'était pas un très bon acteur de cinéma) se prenant pour Léaud, il
a depuis Non ma fille compris que ce n'était pas sa planche de salut cinéphilique. Avec "Les biens aimés" fresque très ambitieuse que je tiens pour un grand film, certes un grand film malade,
comme aurait dit Daney, il a apporté un souffle tout à fait inhabituel  au cinémafrançais malheureusement le public n'a pas suivi. Pour Honoré à suivre puisque j'ai ma place pour sa pièce
Nouveau Roman.


En ce qui concerne Ozon (j'ai chroniqué son dernier film) c'est d'Alain Resnais, parmi les cinéastes que vous citez dont il est le plus proche, comme j'ai Resnais avec qui il partage le gout des
adaptations théâtrales, tout est poussé à l'artificialité extrême. Le film n'est qu'un jeu, extrêmement référencé, parfois très subtilement et parfois hélas très lourdement. C'est le complet
opposé au naturalisme de la nouvelle vague qui prend ses racines dans le premier Rossellini. Quant à l'érotisme, on voit bien qu'Ozon veut se dégager de l'étiquette de cinéaste gay qui lui pèse,
c'est sont problème. Mais l'image du sexe, même désirable n'est pas indispensable à la réussite d'un film. Préférez vous Douche froide ou pire Grande école?