pour se souvenir de l'exposition Né dans la rue à la fondation Cartier

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

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Cette passionnante exposition commence dès la rue, ce qui est bien normal pour une manifestation qui s'appelle "Né dans la rue". La fondation Cartier a fait ériger le long du parc de la fondation des palissades sur lesquelles elle a inciter les graffiteurs de passage a s'y exprimer; ce qui était le cas lors de ma visite.

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Immédiatement après le passage du guichet d'entrèe, le visiteur est confronté avec la première oeuvre qui illustre l'ambition un peu folle de cette exposition, tout du moins d'une partie de celle-ci, concentrée au rez de chaussée du batiment et dans le jardin qui se propose de témoigner de la vitalité du graffiti dans le monde entier.

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Dans ce lieu atypique d'exposition, presque entièrement vitré, donc transparent, sont exposées des oeuvres venue du monde entier, Sao-Paulo, Paris, San-Francisco, Amsterdam... dues à de nombreux artistes, Basco Vazko, Cripta, JonOne, Olivier Kosta-Théfaine, Barry McGee, Nug, Evan Roth, Boris Tellegen/Delta, Vitché et Gérard Zlotykamien...

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Certaines de ces productions rappellent celles d'artistes qui ne sont pas issus du street art comme celle ci dessus qui m'évoque beaucoup les tableaux de Joan Mitchell ou de Sam Francis...

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Si toutes les oeuvres présentées sont intéressantes, beaucoup sont même très belles, ma préférée, voir ci-dessus, est signée JoneOne.

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Cette exposition est riche de paradoxes. Le premier est qu'elle pérennise ce qui se voulait d'abord une trace donc une oeuvre éphémère dans laquelle le geste, la transgression étaient aussi importants que le résultat. Il est donc tout à fait curieux, de voir une telle pratique muséographié, ce qui va à l'encontre de l'origine de cette expression qui n'était pas d'emblée vêcu lors de son élaboration comme étant un art.

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Autre paradoxe, on ne connait le graffiti d'hier, parfois au sens propre du mot, un tague peut être recouvert aussitôt par un autre tout de suite après sa création, que par les photographies qui en portent témoigage.

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Enfin le plus grand paradoxe de l'affaire est que cette pratique, qui ne cesse de se renouveler, est assimiler au vandalisme et est punie de lourdes peines selon le code pénal (art. 322-1, 322-2 et 322-3).

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L'évolution du graffiti peut faire que l'on arrive bien loin du simple tague comme le prouve le travail ci-dessus, fait de morceaux de bois assemblés très ingénieusement. Si donc l'ensemble proposé, qui déborde dans le jardin, inexplicablement peu exploité, est très agréable d'autant que chaque pièce est généralement bien mis en scène, néanmoins elle ne peut pas raisonablement passer pour faire le point sur le graffiti dans le monde aujourd'hui pour cela il faudrait une exposition d'une autre ampleur.
En descendant au sous-sol on arrive dans une toute autre exposition et dans un lieu à l'atmosphère totalement différente du rez de chaussée, plus de belle lumière dorée venant du jardin mais une cave sombre éclairé de spots aux lumière crues bien en accord avec ce qui est proposer, nous raconter la naissance puis l' évolution du mouvement des graffiteurs dans le New-York au début des années 70 jusqu'à sa reconnaissance par le milieu de l'art contemporain.

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Cette deuxième partie est agréablement pédagogique et on y apprend une foule de choses sur ce mouvement artistique (le catalogue est à cet effet un précieux document). Les pièces présentées surtout des photos, souvent remarquable, rendent bien compte de ce qu'était le New-York d'alors. Pour ceux, qui comme moi , on connut le Manhattan de cette époque, la Fondation Cartier devient un formidable vehicule à remonter le temps.

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Il faut se souvenir du New-York tel qu'il fut jusqu'au milieu des années 80 pour bien comprendre ce que l'on voit et ce que l'on nous dit, une ville au bord de la faillite. C'est dans ce cadre qu'à la toute fin des années 60 , des adolescent se mettent à écrire leur nom sur les mur et les bus. Réalisées au marqueur puis à la bombe (la grande invention technique qui est la cause de l'essort du graffiti), ces signatures prolifèrent très rapidemment à travers la ville, cette nouvelle activité appelée writing faisant jour après jour plus d'adepte. Majoritairement issus du quartier ouvrier de Washington Heights à Manhattan, puis du Bronx, ils ont autour de quinze ans et appartiennent pour la plupart aux communautés hispanique et afro-américaine.
L'exposition a la bonne idée de diffuser, via des petits ecrans de télévision, plusieurs interviews, faites très récemment des survivants de cette épopée. La disposition des moniteurs est telle que l'on peut s'amuser à en suivre plusieurs à la fois. Ces petits films sont très instructif et éclairant sur le contexte et l'état d'esprit de ceux qui alors pratiquaient le tague. Ils sont aussi souvent émouvants. On peut parler de rescapés car une afichette, qui fait froid dans le dos, apposée près de la sortie de l'exposition, nous informe de la fin tragique de plusieurs de ces jeunes tagueurs, un sera écrasé par un bus alors qu'il était en train d'orner le flanc d'un autre bus, un autre sera décapité par l'entrée d'un tunnel car il peignait le toit d'un train, un autre encore sera coupé en deux par un métro car il était tombé sur les voie pendant qu'il taguait un wagon...
A ces films récent s'ajoute de nombreux documents d'époque des photographie de Jon Naar, Henry Chalfant, Martha Cooper, Flint Gennari et aussi des films et un extrait des archives de Jack Stewart, le premier intellectuel à s'être penché sur le phénomène du tag.
Le mouvement commence avec le tag, c'est à dire une signature constituée d'un pseudonyme, très souvent accompagné du numéro de la rue du writer, par exemple Julio 204, Taki 183 ou encore Joe 182. Le jeu consiste à ce que ces signatures soient le plus visible dans la ville d'où l'idée à partir de 1971 de taguer les wagons du métro. D'abord réalisés à l'intérieur des rames, les tags recouvrent peu à peu l'extérieur des trains et sont ainsi vus par tous les usagers. Ce qui fascinant c'est que les tagueur qui oeuvraient sur les flancs des wagons trçaient d'énormes lettres sans aucun recul.
Les styles évoluent. Les graffeurs souhaitaient se distinguer les uns des autres en élaborant des styles calligraphiques originaux. Les tags se voient petit à petit dotés d'un contour (outling) et des motifs divers comme des pois, des étoiles et parfois même des personnages de bande-dessinée. Les recherches stylistiques de PHASE 2 (on voit une pièce récente de cet artiste dans l'exposition), Blade, Kase 2 ou Dondi marquent à jamais le mouvement. S'il y a peu d'images illustrant mon propos est que les gardiens étaient particulièrement vigilant pour interdire de photographier, ce qui me parait particulièrement grotesque vu le thème de l'exposition...

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A la fin des années 70 le mouvement connait une transformation. Le monde de l'art commence à s'intéresser aux graffiti et certaines galeries se consacrent presque exclusivement à exposer des travaux de graffeurs comme La Fashion Moda de Stefan Eins, l'une des rares galeries installées dans le Bronx depuis 1978 et la Fun Gallery de Patti Astor, créé dans l'East Side exposent les premières toiles de Lee Dondi, FabFive Freddy, Futura, Lady Pink dont le beau tableau exposé évoque ceux de Pellaert, Crash, Daze et bien d'autres...
Deux artistes qui deviendront de grandes stars de l'art contemporain choisissent d'inscrire leur travail dans la rue Jean-Michel Basquiat (représenté à la fondation Cartier par un superbe tableau, voir photo ci-dessus, ainsi que par un grand carnet de croquis) et Keith Haring...
Il faut bien au moins deux heures pour assimiler tout cela, c'est pasionnant.

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Il est rare de voir une exposition qui se poursuit jusque dans le couloir de sortie, encore plus lorsqu'elle déborde sur la chaise d'un gardien (ci-dessus) et je crois que c'est une première lorsqu'elle investit aussi les toilettes (voir ci-dessous).

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Avant de sortir de l'enceinte de la fondation, il ne faut pas oublier de faire le tour du batiment par le jardin, toujours aussi mal tenu, c'est amusant il en était de même lorsqu'il y a bien longtemps à ce même endroit se trouvait le Centre Culturel Américain dans une vieille batisse où le me souviens avoir entendu, cela devait être vers 1967, pour la somme de 40 centime de franc à chaque fois, Pete Seeger, Peter Paul and Mary, Graeme Allwright...
Dans ce jardin aux herbes folles on découvre une curieuse oeuvre inspirée des affiches soviétique des années 20 et l'on a un point de vue amusant sur l'exposition.

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Pour retrouver le street art sur le blog

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