Mon humeur, souvent nostalgique

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Mon humeur, souvent nostalgique, le fut plus encore lorsque je lus cette phrase dans le merveilleux L’Art de la fugue de Stephen McCauley dont je vous incite à dévorer tous les livres (éditions 10/18) : « Je compris que personne ne verrait jamais le jeune homme que j’avais été et que si je me séparais d’Arthur je perdrais irrémédiablement cette partie de moi. » Une phrase que l’on devrait méditer avant toute rupture...

Ma première colère est plutôt un ébahissement devant la manière dont la docte critique a expédié le film 300 – qui draine les foules  en quelques lignes méprisantes. Il faut dire qu'elle est fort occupée à gloser sur le dernier film de Jacques Rivette que personne n'ira voir ! Il s'agit tout de même d'un film clairement fasciste (ne pas voir sous mes doigts une injure mais seulement un qualificatif, comme marxiste par exemple) qui fait l'apologie de l'eugénisme. Les spartiates ne sont-ils pas trahis par le seul être contrefait qui n'ait pas été éliminé à la naissance ? Sous-entendu : massacrons tous les mal foutus et il ne restera que les cœurs purs.

Eugénisme qu’il serait inconscient de diaboliser. Je rappelle que la loi Veil, en son temps (1975), fut traitée par certains de loi eugéniste et que l’échographie prénatale obligatoire n’est pas autre chose qu’une mesure eugéniste qui évite bien des souffrances, même si elle peut déboucher sur une terrible interrogation comme le soulignait récemment toute une page du Monde titrée : « Le faire naître ou pas ? »

Le parallèle entre les spartiates, ultime rempart de l'Occident contre les barbares dirigés par les Perses (les Iraniens d'alors, mais je trouve cette grande follasse de Xéres beaucoup plus sympathique que les mollahs barbus) et les Américains se battant en Iraq est transparent…

 

    

 

Il se trouve que le film de Jacques Rivette et 300 sont deux films historiques… Ou plutôt Ne touchez pas la hache est un film en costumes – ce qui n’est pas la même chose ; alors que 300accepte néanmoins de se coltiner avec l’histoire, certes mythique, Ne touchez pas la hache l’évite consciencieusement. Par exemple, dans le roman de Balzac dont il est tiré, il y a en filigrane de la relation amoureuse la place des demi-soldes dans la France de la Restauration, en fait l’éternelle question du soldat au retour de guerre et sa place dans la société. Le cinéma a très bien traité ce sujet dans Né un 4 juillet, La Mémoire de nos père ou encore Maria’s Lover... Cet évitement fait de Ne touchez pas la hache un film dénué de tout intérêt : l’intrigue sentimentale, sortie de son contexte, perdant quasiment toute pertinence. Ce qui n’est pas le cas de 300 qui assume l’idéologie spartiate mais quand je lis dans MadMovies que « 300 est une ode à la liberté », je constate encore une fois l’aberration de considérer le cinéma comme une sorte de bulle étanche au monde, à la politique et paradoxalement à l’Histoire. Il me parait indispensable d’injecter un peu d’épaisseur historique dans la critique cinématographique qui ne devrait jamais être en apesanteur sociétale. Je rappelle que Sparte a été une des grandes références de l’extrême droite au XXe siècle, et ceci particulièrement en France. Pour preuve un des livres fondateurs de cette tendance après la dernière guerre : Sparte et les sudistes de Maurice Bardèche (Les sept couleurs ed., un bouquin facilement trouvable en flânant le long des quais parisiens où vous remarquerez que moult bouquinistes, ceux qui n’ont pas été remplacé par des marchands illettrés de bimbeloteries, ne semblent pas particulièrement gauchistes) par ailleurs beau-frère de Robert Brasillach et excellent spécialiste de Balzac et de Flaubert mais surtout directeur de la publication Défense de l’Occident. Un titre qui est tout le message délivré par le film. Une posture prise par l’Amérique bien avant celle de Bush junior, posture prise aussi par bien des pays avant elle, de la France de la troisième république à l’Allemagne nazie en passant par le Saint Empire Germanique, et déjà par l’Amérique elle-même, dans les débuts de la guerre du Vietnam. Je n’ignore pas que la BD de Frank Miller, à l’origine du film, fut éditée en 1998 donc largement antérieure à la deuxième guerre d’Irak, mais son adaptation cinématographique d’aujourd’hui ne peut pas être dénuée d’arrière-pensées. Et heureusement, cela démontre que le cinéma est un art vivant en prise avec les interrogations et les angoisses de notre époque. Par ailleurs, je suis certain que ce film à fort relent d’eugénisme ne doit pas plaire beaucoup au principal soutien de Bush fils : la droite religieuse évangéliste qui a kidnappé la révolution conservatrice américaine et qui veut interdire l’avortement.

Ce que je reproche au film, ce n’est pas tant l’idéologie qu’il véhicule mais la lourdeur de son exposé. Certains films qui ont défendu et illustré les politiques de régimes totalitaires sont de grands films. Il n’est besoin que de citer pour le communisme soviétique l’Enfance d’IvanLe Cuirassé PotemkineLa Jeune garde ; pour le nazisme Le Jeune hitlérien Quex et les film de Leni Riefenstahl ; pour l’Italie mussolinienne Scipion l’Africain... Mais ce n’est pas le cas de 300,même s’il y a un souci plastique indéniable qui doit beaucoup à la peinture de l’Histoire du début du XXIe siècle, ce qui n’est pas surprenant vue son origine. Il faut tout de même ajouter que propagande et art font rarement bon ménage au cinéma, comme ailleurs.

Je trouve en plus que le film est assez faux-cul. Comme cette réplique glissée dans le dialogue qui fustige les Athéniens amateurs de garçons alors que tout le film est clairement homo-érotique, là encore il me parait un peu naïf de n’y voir qu’une inadvertance... Mais il est indéniable que 300 procure une sorte de catharsis : mais là encore est-ce un hasard ? C’est aussi une explication de la fascination que provoquaient les discours d’Hitler sur le peuple allemand, même s’il est ridicule de qualifier ce film de nazi.

Au risque de passer pour un béotien, pour le peu que j’en connaisse, l’œuvre de Frank Miller me parait bien surévaluée. J'avais déjà trouvé Sin City particulièrement bête et répétitif mais 300 me confirme que Miller n'a pas inventé le pinceau. La scène où le méchant se fait poignarder et que les pièces d'or à l'effigie de l'ennemi, salaire de sa trahison, tombent à terre vaut son pesant de finesse scénaristique...

Quant aux dialogues, je préfère ceux du Jules César de Mankiewicz qu’on pourrait sans scandale traiter de césariste. À ce propos, il me semble que la télévision traite mieux l’antiquité que le cinéma, voir le Rome de HBO et la prochaine réédition de ce chef-d’œuvre de la BBC qu’est Moi Claude empereur d’après le merveilleux roman de Robert Graves (3 tomes chez Gallimard).

Pour en revenir à un aspect graphique, je n’ai jamais vu un effet numérique aussi moche que ce pauvre loup que j’ai tout d’abord pris pour une hyène totalement ratée.

Il faut bien avouer que l’on ne va pas toujours au cinéma que par passion cinéphilique. On peut y trouver parfois un plaisir des sens plus trivial, et pas toujours dans les chefs-d’œuvre. Si comme vous l’avez compris je suis quelque peu réservé sur la valeur de 300 (pour avoir un avis bien différent je vous conseille un petit tour chez l’ami Mérovingien, grand amateur de cinéma et... de muscles mâles), en revanche pour le matage c’est parfait, pectoraux et tablettes de chocolat de rêve… et les petits slips en cuir ne sont pas mal non plus. Je retiens particulièrement le fils du capitaine. En plus, le film ne semble attirer que des mecs. Dans le cinéma des Champs où je l’ai vu, j'étais cerné par les choupinets !!! Un peu de vocabulaire : « Choupinet » est un terme largement utilisé dans la pédéblogosphère qui définit un garçon consommable dont il est prudent et élégant de ne pas énoncer les âges limites définissant l’espèce, d’une part pour ne pas avoir d’ennuis avec les autorités pour la limite basse et d’autre part, en ce qui concerne la limite haute, pour ne pas vexer de nombreuses créatures qui s’imaginent encore désirables alors qu’elles ont largement atteint la date de péremption dans leur catégorie.

Or donc, pour changer des musculeux spartiates, je suis allez découvrir L'Éveil de Maximo Oliveros dont vous pouvez lire sur le site tout le bien que j’en pense. Une fois la lumière revenue dans la salle, l’éternelle minuscule salle du MK2 Beaubourg où sont relégués le peu de films gays qui sortent sur nos écrans parisiens, je me suis aperçu que la poignée de spectateurs qui se dirigeaient avec célérité vers la sortie semblait composée de vétérans des trottoirs de Manille qui réussissaient à avoir la mine à la fois butée et chafouine... Puis ensuite, j’ai jeté mon dévolu surHellphone, dans un cinéma presque vide, au départ donc surtout pour me repaître de beautés adolescentes, déjà sur ce plan-là je n'ai pas été déçu : Vladimir Consigny, ouuuuiiiiii, avec son immanquable strip-tease intégral, vu que de dos malheureusement.

 

Mais surtout je suis tombé sur une petite merveille de cinéma barge, un Atomik Circus sexy, bien filmé et superbement cadré : la scène des catacombes, le bureau du directeur... avec plein de petites trouvailles à chaque scène dans les coins du cadre (encore un DVD à acheter pour faire des arrêts sur image), des répliques qui ne sont pas loin de celles d'Audiard sénior. Le seul reproche que l’on peut faire à ce film c'est que cela va trop vite, que les gags n'ont pas le temps de s'installer et qu'un bon mot chasse le précédent trop rapidement. Un comble pour le cinéma français : un film qui a trop d'invention ! Si on aime les belles voitures et les clins d'œil au cinéma, on n'est pas malheureux non plus en sortant. Le film français le plus réjouissant depuis longtemps.

On peut penser que James Huth, qui nous avait déjà réjoui avec Sérial Lover, n’est pas insensible à la beauté adolescente pas plus qu’à celle des femmes mûres, ce n’est pas moi qui lui jetterait la pierre devant l’éclectisme de ses goûts sachant comme je le dis souvent que même à voile et à vapeur on tombe en panne souvent et qu’il faut toujours ramer.

En ces temps d’élections, il est bien difficile d’échapper à la chose, même pour quelqu’un comme moi qui ne se passionne pas pour cette compétition provinciale qui tient tout de même plus de la désignation de l’édile de Saint-Gondulphe-sur-Divette que du choix d’un futur maître du monde. Néanmoins mon ami, peut-être avec l’intention de réveiller une vieille passion politique, m’a incité à aller voir un site où il est possible de mesurer sa proximité culturelle avec le futur impétrant, à l’heure où je pianote, encore putatif, de la République. Je conseillerais toutefois ce divertissement, seulement les élections passées, sous peine, chers lecteurs, d’être soupçonné de vous inciter à l’abstention et même à l’émigration devant l’inanité du choix proposé découlant des discours, communiqués, déclarations et autres interviews des prétendants sur leurs livres, films et revues préférées lorsque vous considérerez le piteux viatique culturel de notre futur prince qui, malheureusement, ne peut sortir que de cette peu reluisante brochette. Ce triste constat me fait revenir à ma première hargne. Comment en vouloir à nos piteux critiques de cinéma devant la minceur de leur bagage alors que ceux qui aspirent à nous gouverner ont de si pauvres références ? Conseillons à tous la devise de Kant : « Oser le savoir. »

Demain sera un autre jour et les ornithorynques seront toujours aussi facétieux...


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agent de com 04/04/2011 01:26


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