Modernités plurielles, nouvelle présentation de la collection moderne du Centre Pompidou

Publié le par lesdiagonalesdutemps

 

Je suis un chaland des plus ordinaire qui musarde, souvent le nez en l'air, dans les rues de Paris. C'est ainsi que mon regard a accroché une affiche qui au sommet d'un mat (j'aime beaucoup cet affichage, mais qui me semble de moins en moins fréquent, généralement réservé aux exposition). Elle représentait un joli garçon d'un graphisme inconnu de moi. Elle ventait sous le titre Modernités plurielles le nouvel accrochage de la collection de peintures modernes au centre Pompidou. Me voilà tout réjoui en apprenant que l'on a enfin décidé de sortir de la vision toute française de l'Histoire de l'art (qu'à peu près personne dans le monde partage, il suffit de visiter les grands musées du monde entier pour s'e apercevoir.). J'imaginais qu'on allait mettre à la place qu'elle mérite la peinture européenne et réhabiliter des courants comme la figuration sociale américaine ou l'abstraction lyrique, ou le néo romantisme anglais de l'entre deux guerres, faire place à de fortes individualités parfois extravagantes comme Demuth, Berard, Rebeyrolles... (liste immense)

Hélas, rien de tout cela, le politiquement correct a encore frappé et massivement, au Centre Pompidou avec l'accrochage le plus ridicule que j'ai pu voir dans un musée. L'idée de départ, O combien socialiste, étant qu'il y a eu au XX ème siècle des artistes d'égale valeur dans le monde entier, traduisons la peinture faite au Maghreb à la même importance dans l'Histoire de l'art que celle née aux Etats-Unis ou en Europe. Ce qui est prodigieusement idiot mais cette stupidité est augmentée du fait que le musée, qui a pourtant une extraordinaire collection, bien évidemment ne possède pas des tableaux de tous les grands artistes de chaque partie du monde. Pour aggraver leur cas les commissaires de cet extravagant accrochage ont mélangé peinture, sculpture, photographie et architecture en privilégiant curieusement cette dernière (une salle entière sur l'architecture au Japon dans les années 50-60, très intéressante d'ailleurs mais qui arrive comme un cheveu sur la soupe), tout du moins l'architecture « exotique ». Nous avons droit à un accrochage hautement tiers-mondiste et politique. Le bon coté de cette ineptie est que l'on peut voir des tableaux qui habituellement ne sont jamais montrés.

 

nara-0473.JPG

Les quatre races, Ozenfant


Le visiteur est accueilli à l'entrée par « Les quatre races » d'Ozenfant de 1928 qui est un choix assez douteux. Le cartouche accompagnant l'oeuvre nous informe immédiatement des intentions des commissaire et de leur brevet de bien-pensance: << Les quatre races est une peinture monumentale d'Amédée Ozenfant qui par la représentation d'une humanité réconciliée, témoigne de l'engagement humaniste et pacifiste de l'artiste ainsi que de son espoir en un monde nouveau...>>

 

 

nara-0474.jpg

nara-0475.jpg

 

 

Je ne peux m'empêcher de citer le petit opuscule que l'on distribue gratuitement à chaque visiteur: << Modernités plurielles privilégie une approche ouverte et enrichie de l'art de 1905 à 1970 (pourquoi ces bornes?). Tous les continents sont représentés (faux cet accrochage hautement ethniciste a réussi à oublier la superbe peinture des aborigènes australiens!) dans cette sélection comprenant plus de 1000 oeuvres et près de 400 artistes, qui opère un rééquilibrage des différentes régions du monde pour proposer une géographie élargie de l'art. Le parcours intègre ainsi, au coté des différents courants européens de l'art, les expressions artistique qui se sont développées aux Etats-Unis, en Amérique latine (mais pas un muraliste mexicain!) , en Asie au Moyen-Orient ou en Afique. Cette lecture de l'histoire de l'art remet aussi an lumière un certain nombre d'esthétiques et d'artistes injustement négligés (si peu et est-ce une raison pour en ignorer encore plus que dans le précédent accrochage). Organisée de façon chronologique (c'est en réalité en la matière un foutoir absolu), elle montre à la fois le déploiement international des grandes impulsions modernistes et les expressions artistiques issues de régions jusqu'alors tenues pour périphérique (la Scandinavie doit être tellement périphérique qu'elle est complètement oubliée exit Munch, il est vrai que nos commissaires regardent surtout vers le sud...). L'intérêt des artistes modernes pour les arts non occidentaux (ah cette haine de soi-même et de l'occident.) pour les arts populaires, l'art naif, ou encore pour la vie moderne et les arts appliquées y est mis en valeur. Pluridisciplinaire, Modernité plurielles permet la découverte de plus de 200 oeuvres.>>. Ce poulet tissu de contre-vérités et de mensonges, (que j'ai annoté à l'encre rouge) semble être un pastiche écrit pour se moquer des textes que rédige le ministère de la culture de ineffable Filippetti. Il véhicule tous les lieux communs que véhiculent nos cultureux fonctionnarisés.

Je reviens à la chronologie de l'exposition qui est constamment fautive. L'absence de jalons importants dans l'Histoire de l'art comme Duchamp ou le pop art (ce ne sont que deux exemples mais on pourrait en trouver bien d'autres) rendent cette promenade dans l'art du XX ème siècle parfaitement incohérente, mais il est vrai parfois plaisante...

 

 

nara-0476.jpg

nara 0477

 

 

 

Il me semble qu'un grand musée comme le Centre Pompidou a un devoir de pédagogie. Il était un des très rares musées a pouvoir proposer un parcours sans énormes failles dans l'histoire de la peinture au XX ème siècle. On pouvait y emmener un adolescent et en une après midi lui donner une très bonne idée de l'art au XX ème siècle. Quelle chance pour Paris qu'une poignée d'intellectuelles vient de ruiner pour quelques mois. Des artistes de premier plan sont passés à la trappe, exit Braque, Klein, Tanguy, Magritte, Dali, Soulage, rien de la première école de Paris mis à part Fujita!!! pas plus de la deuxième sinon un Manessier relégué dans un coin obscur, totalement absent les néo réalistes et la nouvel figuration, inconnu les néo romantiques, les cubistes sont ramenés à la portion congrue, un Picasso et un Juan Gris et les surréalistes mis à part la collection Breton que l'on ne peut déplacer et Masson qui est un des grands gagnants de l'opération, sont quasiment absents.


 

 

Juan Nicolas Mele – Construccion n°37 -

 


Autres grands bénéficiaire de la nouvelle présentation Matta ce dont je me félicite, ainsi que Kandinsky qui a une très belle salle avec une vue d'Afrique du nord très étonnante. L'art cinétique est lui aussi mis à l'honneur en particulier celui d'Amérique du sud avec entre autres Sotto.


 

 

Maruja – Mallo Kermesse – 1928

 

 

Si cet accrochage montre la richesse de la collection permanente, il montre aussi ses limites en témoigne le très quelconque De Lipis. Il met en évidence la pauvreté de la collection en matière de peinture américaine figurative. Je suis étonné chez ces bien pensants devant le traitement du courant social dans la peinture des Etats-Unis qui est pourtant un pan important de l'art américain ici représenté par le peu célèbre Hogue pourtant très intéressant mais aucun Hopper ou Benton!


 

 

nara 0488

nara 0489

nara-0490.JPG

nara 0491

 

 

Les tableaux sont bien accrochés, à la bonne hauteur et bien éclairés. La muséographie réalisée par Corinne Marchand et Julie Boidin est très belle. Chaque section de l'exposition est ponctuée par un mur composé de couvertures de magazines d'art. C'est du meilleur effet malheureusement souvent en contradiction avec ce que l'on voit sur les murs qui jouxtent ces belles compositions.
Je ne voudrais pas oublier de citer les commissaires, ils se sont mis à cinq pour pondre cette ébouriffante sélection (si des fois vous ne sauriez pas où passent vos impots vous en avez maintenant une petite idée). Ces diafoirus de l'art se nomment: Catherine Grenier (la chef), Clément Chéroux, Cécile Debray, Michel Gauthier, Aurélien Lemonier. J'espère qie lorsque l'ordre sera revenu dans nos contrées, on oubliera pas de les enduire de goudron et de plumes et de les trainer ainsi cul nu de par la ville...

 

 

 

 

 

nara-0496.jpg

 

nara-0497.JPG

nara 0498

nara-0478.JPG

immédiatement ci-dessus 3 oeuvres de Kandinsky

 

nara-0480.JPG

Magnelli

 

nara-0481.JPG

nara-0482.JPG

 

nara-0483.JPG

Kupka

 

Lempicka_large

Tamara de Lempicka

 

Mario Sironi, Due Figure, 1926 – 1927

Mario Sironi, Deux figures, 1926

 

 

Edouard Pignon - L'Ouvrier mort, 1936 

Edouard Pignon – L’Ouvrier mort, 1936

Joan Miró - Intérieur, 1922-1923 

Joan Miró – Intérieur, 1922-1923

Mahmoud Mokhtar - Arous el-Nil (vers 1929) 

Mahmoud Mokhtar – Arous el-Nil (vers 1929)

 

 

 

 

Henry Valensi, Mariage des palmiers, 1921,

 

 

nara-0484.jpg

nara 0485

 

nara-0486.jpg

nara 0487

 

 

nara-0492.jpg

nara 0493

 

nara-0494.jpg

nara-0495.JPG

 

 

Enfin on semble reconnaitre le talent protéiforme de Bernard de Monvel mais si je trouve qu'en raison de la richesse de la collection c'est une erreur de consacrer toute une salle à un artiste, comme celle dévolue par exemple à Valensi dont je n'avais jamais entendu parler jusqu'à ma visite au Centre Pompidou, pour certains artistes dont l'oeuvre est diverse comme bien sûr Picasso ou Bernard de Monvel il aurait été bon d'en exposer deux ou trois en remplacement par exemple de Tamara de Lempicka dont on expose trois toiles de la même facture, une aurait suffi. Cette réflexion me conduit à une proposition. Puisque l'époque en France idolâtre l'égalitarisme n'aurait-il pas été plus cohérent de montrer qu'une toile de chaque artiste, cela aurait eu au moins l'avantage d'en présenter encore plus et surtout d'éviter les incroyables manques de cette nouvelle proposition.

 

 

nara 0499

nara-0500.jpg

 

nara-0501.JPG

nara-0502.jpg

 

nara-0503.jpg

nara-0504.JPG

 

 

Ne cherchez un Mondrian au Centre Pompidou, on a relégué ses tableaux dans les réserves pour le remplacé par un à la manière de signé Jean Hélion. Il aurait été plus judicieux de montrer un Hélion figuratif des années 50.


 

nara-0505.JPG

nara-0506.JPG

 

nara-0507.jpg

nara-0508.jpg

 

nara-0509.jpg

Josephine Baker vue par Calder

 

nara-0510.jpg

 

 

Graham Sutherland est un très grand peintre quasiment ignoré par les commissaires d'exposition en France. Ce magnifique tableau est assez représentatif de son oeuvre mais Sutherland dans cette nouvelle présentation de la collection permanente représente à lui seul toute la peinture anglaise, si on excepte un très beau petit portrait de Leiris du à Bacon, curieusement relégué près de la collection Breton pour illustrer une citation de Leiris.

 

 

nara-0511.jpg

 

nara-0512.JPG

 

 

Ci-dessus deux belles peintures japonaises mais qui auraient pu être peintes trois siècles auparavant et peu représentative de l'ensemble de la peinture japonaise du XX ème siècle qui fut tiraillé entre la tradition et l'occidentalisme.


 

nara-0513.jpg

Auguste Herbin – Les Joueurs de boules n°2, 1923

  

photo-1.JPG

photo-2.jpg

 

Saint Sébastien, Alfred Courme

 

photo-1.jpg

photo 2-copie-1

 

 

En dépit du grotesque de cette exposition, sa visite est agréable et intéressante car je le répète elle permet de découvrir des tableaux et des artistes comme Ossorio dont la diversité des quatre tableaux qui y sont présenté est étonnante et incite à la curiosité.

 

photo-3.JPG

Paris, janvier 2014


Commenter cet article

ismau 02/02/2014 17:23

Merci pour cette visite ! Avec évidemment beaucoup de peintures que je ne connaissais pas . Mais surtout, elle pose très bien la question si importante de la validité des choix des oeuvres
exposées, et aussi du type de présentation choisie ... difficile, surtout pour une collection aussi riche que celle du Pompidou .
En fait, je ne m'étais bêtement jamais souciée de cette question, jusqu'à ma visite en 2000 de l'immense Tate Modern de Londres . Là, j'avais été frappée par la pertinence de la présentation, qui
regroupait les oeuvres par influences réciproques . Cette présentation éclairait beaucoup de choses, avec une pédagogie plus efficace et agréable que celle de n'importe quel discours . Je pensais
jusqu'alors, sans y avoir vraiment réfléchi, que la présentation chronologique pratiquée à cette époque au Pompidou était préférable . J'ai constaté que je me trompais . J''avais d'ailleurs ensuite
lu des articles me confortant dans cette révision de mon jugement, puisqu'ils reprochaient tous à la France son conservatisme à ce sujet : aussi bien dans les choix des oeuvres que dans leur
présentation chronologique .
Heureusement, cette présentation chronologique sans esprit, a un peu plus tard positivement évolué . Mais je me souviens aussi d'avoir été très dérangée alors, par l'introduction brutale des arts
appliqués : objets, architecture, illustration ... parfois de manière incompréhensible .
Tout ceci pour dire que cette nouvelle présentation, qui ne semble pas vous plaire ... ne succède pas non plus à d'anciennes présentations idéales .
Quant au « choix tiersmondiste et politique », je ne pense pas qu'il soit une exception française, mais qu'il est dû au contraire à une internationalisation du marché de l'art et des
courants d'intérêt ou des modes . On retrouve la même chose ailleurs d'après ce que je lis ; et dans l'art contemporain que j'ai pu voir à la biennale de Venise, ou à la documenta de Kassel .
Enfin, si je ne tiens pas spécialement à soutenir les « diafoirus de l'art » que vous citez comme responsables de cette ridicule et ébouriffante nouvelle sélection, je voudrais tout
de même signaler que Catherine Grenier ( la chef) a largement fait ses preuves comme commissaire d'exposition en France et à l'international, publiant aussi de nombreux livres et essais ( j'ai
d'ailleurs lu d'elle un très bon livre d'entretiens avec Boltanski) .

lesdiagonalesdutemps 02/02/2014 18:19



Je vais essayer de répondre à votre très riche commentaire, merci pour celui-ci


Je connais très bien la Tate modern. Je ne manque jamais d'y aller à chacune de mes visites à Londres. Les expositions temporaires sont presque toujours remarquables. Mais la présentation de leur
collection permanente en effet très agréable est aussi très habile car c'est aussi une manière de cacher la relative misère de leur collection par rapport à celle de Beaubourg qui me parait la
plus complète du monde en ce qui concerne le XX ème siècle, certes je n'ai pas vu tous les musées d'art moderne mais par exemple elle est plus complète que celle du MOMA de New York. Je ne vois
qu'une  seule autre collection qui puisse permettre une promenade aussi exhaustive dans l'Histoire de l'art du siècle dernier. On peut y arriver à New-York mais il faut combiner le MOMA avec
le Met et le Whitney. La seule qui pourrait rivaliser est la collection Thyssen bordemisza à Madrid. Dans cette ville si on combine ce musée avec celui de la reine Sofia on a peut être une vue
encore plus exacte de la peinture du XX ème siècle qu'au Centre Pompidou. Autre problème pour la Tate modern est l'exiguité de la place pour les collections permanete. Problème qui devrait être
résolu dans environ un an avec l'extension de la Tate modern.


Je ne suis pas d'accord sur ce que vous avancez, il n'y qu'en France où les commissaires d'exposition soient aussi intoxiqués par le vent mauvais du temps. Et surtout aussi ignorant de la
peinture tout acquis au fameux art contemporain dans lequel le discours prime sur l'objet... Quand vous me dites que Catherine Grenier a réalisé un livre d'entretiens avec Boltanski, j'ai tout
compris. Cette dame est peut être vaillante en art conceptuel, Boltanski dans le domaine n'est pas un mauvais choix, mais ne doit pas être une lumière question peinture.


Votre comparaison avec la biennale de Venise et la documenta ne me parait pas du tout pertinente ce sont des foires d'art. Leur organisation est privée ou mixte et ont comme but de vendre et de
montrer les dernières tendances de l'art à l'international (il y aurait beaucoup à dire sur ces manifestations mais je ne les connais pas assez pour argumenter complètement). Le but d'un musée
est tout autre, il est d'abord de conserver et il devrait avoir un but pédagogique lorsqu'il a la chance d'avoir une collection aussi complète que le Centre Pompidou qui n'a ci-omme manque dans
sa collection que la peinture figurarive américaine et globalement la figuration anglo saxonne assez pauvre et apparemment la peinture aborigène. Et encore cet accrochage montre que la collection
a des resource insoupçonnée.


Vous avez raison le précédent accrochage n'était pas terrible non plus et puis il y a eu celui influencé par la parité avec l'idée saugrenue de mettre les femmes en avant (non que je pense qu'il
n'y ai pas de grands peintre femme) Tiens Ridley et ces jeux de lignes brillent par leur absence cela aurait pourtant été intéressant de la montrer avec Sotto...