Marcel Storr, bâtisseur visionnaire

Publié le par lesdiagonalesdutemps

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Bien que visitée dernier jour de l'année, l'exposition Marcel Storr sera ma grande découverte picturale de 2011. J'ai été alerté de l'existence de cette manifestation qui semble se dérouler en catimini malgré son ampleur, grâce à "la matinale" de France-Culture qui avait chroniqué cette exposition et à l'article de Philippe Dagen dans le Monde qui a rafraichi ma mémoire. Auparavant je n'avais jamais entendu parler de cet artiste singulier dont la totalité de l'oeuvre retrouvée, une soixantaine de dessins, est exposée au Carré Baudoin dans le XX ème arrondissement de Paris.

Marcel Storr n'a pas le profil habituel de l'artiste. Il est né à Paris en 1911, abandonné dès 1914 par sa mère, il est confié à des familles d'accueil paysannes successives qui le traitent si mal que l'enfant à force de coups deviendra sourd. De constitution fragile, il est plusieurs fois hospitalisé dans son enfance, ensuite il sera réformé. Ne sachant ni lire ni écrire, seulement signer, il survivra en allant de petits boulots en humbles tâches ne trouvant une certaine sécurité qu'à partir de , date à laquelle à la fois il se marie, avec une gardienne d'école, et est engagé par la mairie de Paris comme cantonnier chargé de nettoyer les allées du bois de Boulogne.

Mais cet être qui s'exprimait difficilement était habité par tout un monde qu'il retranscrira toute sa vie, de 1930 à 1975, sur le papier. On peut raisonnablement penser que nombreux ont été de ses dessins qui ont été perdus, peut-être que cette exposition et très modestement ce billet, espérons qu'il en aura beaucoup d'autres sur la toile, aideront à faire découvrir d'autres dessins de Marcel Storr. Cette oeuvre a été sauvée par un couple, les Kempf, qui par hasard l'a découverte qu'il soit remercier jusqu'à la fin des temps pour avoir donné au XX ème siècle un grand artiste.

Un soir de septembre 1971, la représentante des parents d'élèves vient rendre la clé de la salle où a eu lieu, une réunion à la concierge, celle-ci demande avec insistance à Liliane Kempf ne regarder les dessins de son mari, qui est absent. Liliane Kempf accepte avec réticence. Elle est vite ébloui par ce qu'elle découvre. A partir de cette date, avec son mari, elle n'aura de cesse d'essayer de promouvoir l'oeuvre de Marcelle Storr.

L'oeuvre se partage en quatre temps. Avant guerre Storr dessine des églises représentées frontalement d'une manière naive et qui est encore naturaliste. Son procédé est simple et minutieux. Il commence par un dessin extrêmement détaillé qui prolifère d'un coin de la feuille pour s'étendre sur toute la surface. Puis il colorie son dessin à l'aide de crayons de couleur, il passera à la fin de sa vie à l'encre de couleur, soigneusement toujours en commençant par un angle de la feuille, dans une gamme de tons presque toujours automnales. Nous connaissons sa methode grâce aux dessins inachevés. 


 

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Ensuite viennent dans les années 50 de grandes tours que l'artiste peint sur plusieurs feuilles (en raison de la démesure du sujet) qu'il juxtapose. Alors que les premières architectures de Storr étaient désertées par l'homme, cette fois au pied de ses tours gigantesque on voit apparaitre un peuple de fourmis humaines et aussi de curieux vehicules pour transporter ce petit peuple. Ces engins m'ont évoqué ceux que Robida, en 1900, voyait circuler dans le Paris de l'an 2000. 

 

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La troisième phase de l'oeuvre de Storr, que l'on nommera les cathédrales est entrepris en 1964 lorsque pour la première fois, il connait une stabilité matérielle et affective dans sa vie. On y voit l'apparition en masse du végétal qui parfois ne fait qu'un avec le minéral. La cathédrale devient palmier, le naturalisme fait place au délirant. Cette série de 25 cathédrales, faite sur environ une année. Toutes les cathédrales sont dessinées de profil dans le même carnet de papier Canson, comme autant de variantes sur un thème toujours identiques

 

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Cette présentation chronologique se termine par les dessins les plus spectaculaires ceux qui représentent des morceaux de villes tentaculaires et prodigieuses, l'exposition est sous-titrée justement, bâtisseur visionnaire. C'est avec la même méticulosité que trente ans avant Storr dessinait ses églises, qu'il fait naitre, à partir de 1965, sur le papier ses villes fabuleuses. Il est bien sur stupéfiant que ces villes soient nées de la main d'un homme illettré et qui n'a jamais voyagé mais Marcel Storr savait regarder, O combien. De son lieu de travail, il voyait s'élever les tours de la Défense. S'il ne savait pas lire, il est certain qu'il a feuilleté la presse illustrée. Il aurait eu en sa possession de vieux numéros de l'Illustration. La constante des mégalopoles de Storr est la présence des tours qui souvent sont plantées dans un paysage lacustre et fluvial. Pour mieux apprécier les détails des dessins, les commissaires de la manifestation proposent des agrandissements photographiques de morceaux de dessins.

 

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En 1971, Marcel Storr confie son oeuvre au couple Kempf pour la protéger, ce qui prouve que Storr avait conscience de son talent et de l'importance de son travail. En ce qui me concerne, si je n'avais rien connu de la vie de son auteur, j'aurais été tout autant été captivé par cette exposition.

Les éditions Phébus ont publiè un beau livre, à un prix abordable, 24 € qui fait office de catalogue et qui reproduit la totalité des dessins de Marcel Storr.

Il est peut être dommage que l'on mette autant en avant la biographie de l'artiste. Il est indifférent de savoir si l'oeuvre de Marcel Storr appartient à l'art naif ou à l'art brut. C'est un grand artiste, c'est tout. Il reste à espérer que cette oeuvre sera exposée dans son ensemble et non démantelée et si possible à Paris, ville qui en creux a largement inspiré ce travail. Regardons ces magnifiques dessins et n'ayons pas trop à l'esprit la vie de Marcel Storr, dont nous ne savons que peu de choses.


 

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      Paris, le 31 décembre 2011

 

exposition jusqu'au 10 mars 2012
au Carré Baudouin, 121 rue de Ménilmontant, 75020 Paris

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