Marcel Khill et Jean Cocteau

Publié le par lesdiagonalesdutemps


A La Seyne-sur-Mer, chez le peintre orientaliste homosexuel et opiomane Maurice Tranchant de Lunel (1869-1944), Jean Cocteau fait à l'été 1932 la connaissance de Marcel Khill (Mustapha Marcel Khelilou Ben Abdelkader à l’état civil). Tranchant de Lunel, ami "intime" de Lyautey, fut inculpé en 1925 dans deux affaires différentes, l'une pour incitation de mineurs à la débauche, l'autre pour infraction aux lois sur les stupéfiants. Il "organisait des dîners où des matelots rencontraient des officiers de marine et civils connus pour se livrer à des pratiques contre nature". Fils d’un kabyle et d’une normande, Marcel Khill (1912-1940) avait seize ans lorsque Tranchant le prit à son service pour en faire son "complice". Il en a vingt et un lorsque Cocteau l'engage comme secrétaire particulier. Parmi les diverses tâches que lui attribue le poète, figure sans nul doute la préparation de pipes d'opium, dont il est alors friand. "Marcel est arrivé au moment où je ne prévoyais que le suicide [...]. [Son] amitié me paraissait un rêve. Son amour m'a bouleversé de fond en comble [...], l'acceptation et l'échange d'un amour entre hommes, amour n'ayant rien à voir avec la pédérastie [...]", écrit-il en avril 1933. Il se targue d'avoir une influence bénéfique sur la vie dissolue du jeune homme. "Marcel ne mènera plus jamais le vie de gigolo. Je lui apprendrai le travail, les exercices qui bronzent et qui musclent l'âme et le cœur. Ne craignez rien. Lorsqu'il n'y a pas de bassesse, tout s'arrange ; on se retrouve et on est heureux."


Bisexuel, il est doué d’une énergie vitale débridée. En octobre 1933, Marcel est sous les drapeaux, où il sombre dans la boisson - "c'est en essayant de substituer ce qui se mange à ce qui se fume qu'il s'est pris au piège", écrit Cocteau qui intervient auprès d'un médecin militaire afin de sauver son protégé "d'un monstre de sergent" qui martyrise celui qu'il appelle le "bicot"... Cocteau avait, au cours d’un voyage en terre marocaine, découvert et vanté jadis "le bel avantage arabe", si bien fait à ses yeux pour les "combats d’amour". Les combats prendront un autre tour semble-t-il, Khill ne dédaignant pas de briser à l’occasion trois côtes à son aîné... "C'est une brute [...] mais je l'ai dans la peau", confie-t-il à Henry Wibbels. Cocteau introduit Marcel dans la distribution de La Machine infernale qui est créée en avril 1934 à la Comédie des Champs-Elysées. "Nous projetâmes, Marcel Khill et moi," écrit Cocteau deux ans plus tard, "[...] de prendre le large, n'importe lequel. [...] Il s'agissait de partir sur les traces des héros de Jules Verne pour fêter son centenaire et flâner quatre-vingts jours. " Le périple débute le 28 mars 1936 à 22 heures 20, gare de Lyon en montant dans l’express à destination de Rome. C'est la première étape d’un pari fait avec le directeur du journal Paris-Soir, qui publiera leur reportage : faire le tour du monde en quatre-vingts jours par voies terrestre et maritime. Le pari est gagné lorsque le 17 juin de la même année, Jean/Philéas et Marcel/Passe-partout débarquent au Havre, reconnaissant que le défi n'a rien perdu de sa difficulté soixante-trois ans plus tard, même s'ils ont eu recours à l’avion aux Etats-Unis, pour aller de Californie à New York, où Glenway Wescott les introduit dans le "milieu" new-yorkais" et où son ami George Platt Lynes les photographie. L'été suivant, Jean Cocteau découvre Jean Marais, dont il ne va pas tarder à s'enticher. En décembre, le poète effectue un voyage avec Marcel Khill, à Marseille et dans l’Italie du Nord. Les liens se distendent même s'ils se retrouveront à plusieurs reprises, souvent en compagnie de Jean Marais, qui n'est pas insensible à la beauté de ce "Prince persan". Puis c'est la Drôle de guerre, Cocteau et Marais prennent la route de l'exode et c'est dans les environs de Perpignan que le poète apprend la mort du soldat Marcel Khill, tué à Sedan en mai 1940...

Publié dans livre

Commenter cet article

VDFD 19/04/2012 03:55

Bonjour,
Je pilote le comité de rédaction d'un ouvrage sur l'histoire de la présence française à Hong Kong et nous avons consacré un article au passage de Jean Cocteau et Marcel Khill dans la colonie
britannique, en 1936. Les photos des deux hommes ensemble ne sont pas si courantes, pouvez-vous me dire où il est possible de trouver la première photo de votre article? J'aimerais demander à en
disposer en bonne résolution... En vous remerciant par avance,
Bien cordialement,

lesdiagonalesdutemps 19/04/2012 07:21



J'ai trouvé cette image sur la toile il y a assez longtemps et je suis incapable malheureusement de vous donner sa source