Les roses de Pline d'Angelo Rinaldi

Publié le par lesdiagonalesdutemps


 

Avec « Les roses de Pline », roman paru en 1987, Angelo Rinaldi ne déroge pas de son habituelle construction romanesque: Un narrateur qui dit je et dont la mémoire, réveillée par un incident, ici la lecture dans un journal de la notice nécrologique d'une adolescente dont la mère fut sa meilleure amie à son arrivée à Paris, est assaillie par les réminiscences entre autres de ses souvenirs d'enfance et d'adolescence qui se sont passées dans « l'ile » où au décès de ses parents il a été élevée par une de ses cousines, Rose.

Mais, si souvent dans les romans de l'auteur, le je, double fantasmé de Rinaldi, est un (faux) modeste, un demi-raté, le je des « Roses de Pline » est un quarantenaire (l'âge de l'auteur lorsqu'il écrit ce roman) qui est né une cuillère d'argent dans la bouche. Orphelin il se retrouve maître de la Villa des Palmiers où fleurissent des roses semblables à celles décrites par Pline l'Ancien. Il a vécu une adolescence à la fois aisée, libre et solitaire sous la houlette de Rose et la férule bienveillante d'une sorte de précepteur, monsieur Tiberi. Ce dernier est un des personnages les plus intéressants du livre (j'y ai retrouvé un peu de Carcopino), ancien admirateur du Duce, qu'il a rencontré, il a été à la libération lourdement condamné, échappant de peu à la peine de mort. Ce répétiteur, Shéréhazade fasciste, entre deux souvenirs du Duce et de ses séides dispense lors de de l'adolescence du narrateur de précieux préceptes qui lui seront fort utiles lorsqu'il aura quitté « l'ile » pour s'installer à Paris où il exerce un métier aussi flou que rémunérateur; mais n'est il pas énoncé au tout début du livre que le narrateur a toujours eu de la chance. Son caractère est assez bien résumé page 145: << Un garçon aux désordres bien réglés et plutôt ordinaires, un étudiant qui ne caressait aucun projet d'avenir, n'avait de dispositions pour rien, était aussi catégorique dans ses refus que flottant dans ses désirs, consacrait son énergie à se défendre des affections, n'ouvrait la bouche que pour questionner et jamais pour briller, payait les femmes quant il n'aurait pas eu trop de peine à les séduire...>>

Lorsqu'on lit le témoignage de Joseph Pollini, un ancien camarade d'école de l'écrivain, on voit combien l'enfance de Rinaldi a été différente de celle du narrateur des « Roses de Pline »: << J'ai connu Rinaldi, enfant lorsqu'il habitait encore Bastia, c'était autour des années 50-52 et nous avions le même âge.
Nous nous rencontrions le plus souvent dans la rue, devant mon domicile proche de la Librairie-Papeterie "Costa"( qui n'existe plus ), rue César Campinchi à Bastia.
Il n'a jamais été, me semble-t-il un élève brillant au lycée mais cela ne l'a pas empêché de savoir bien écrire en français. Je crois que c'est lui qui a dit, bien plus tard que le corse était une langue pour les bergers et les chiens, ou quelque chose d'équivalent. 
Je ne suis pas étonné de ce qui transparaît au travers de son oeuvre et de son besoin de régler des comptes avec son île natale( qui est aussi la mienne ) et avec la petite bourgeoisie bastiaise. 
C'était un garçonnet réservé et craintif, poli et passionné de lecture; il m'a fait alors découvrir la science fiction et Jimmy Guieu ( je ne suis plus sûr de l'orthographe! ).
Je crois en effet qu'il a mal vécu son origine modeste, c'est aussi mon cas, mais pour ce qui me concerne j'en suis très fier; mais il est vrai que je n'ai manqué , en Corse, ni d'amour dans ma famille , ni d'amis fidèles et solides. Par la suite nos chemins se sont séparés, du fait de la poursuite de mes études et, pour lui, de ses débuts d'écrivain et de critique littéraire dans une bon hebdomadaire parisien!>>. Voilà qui montre que l'écriture du « je » n'est pas toujours autobiographique comme cette forme incite à le faire croire.

Le lecteur habitué à la faune romanesque rinaldienne retrouvera quelques uns des types de personnages qui passent de romans en romans en changeant d'identité et parfois même d'opinions mais pas d'emploi au sens qu'au théâtre on donne à ce mot. Ainsi Tibéri, le vieux maitre du narrateur tout fasciste qu'il est n'est pas sans point commun avec le vétéran communiste chroniqueurs judiciaires qui servait de mentor au journaliste narrateur d' « Ou fini le fleuve ». De même la vieille et riche aventurière russe tenant salon a bien des point commun avec la salonarde de « L'éducation de l'oubli ». On peut penser qu'elle est un mixte de Marie-Laure de Noaille et de Missia Sert avec probablement quelques emprunts à d'autres aventurières tenant le haut du pavé parisien pendant l'occupation. Rinaldi portraiture merveilleusement cette engeance, aujourd'hui complètement disparue, qu'était les tenancières de salons littéraire: <<... Juments bréhaignes caparaçonnée d'or, attirant par leurs hennissements des poulains en mal de sevrage, qui ne buvaient en réalité que du lait d'amertume à leurs mamelles souvent remodelées par la chirurgie.>>.

En revanche je n'ai pas trouvé les clés ouvrant le coffre de cet écrivain-professeur désigné dans le livre sous le sobriquet de la « Signature ». J'avancerais tout de même un peu imprudemment le nom de Marcel Schneider... Mais peut être que des lecteurs plus sagaces me proposeront d'autres identités possibles...

Ceux qui ont lu mes autres chroniques sur les romans de Rinaldi savent que j'ai la marotte de faire le parallèle entre l'oeuvre de ce dernier et celle de Modiano (ce qui ne devrait faire plaisir ni à l'un ni à l'autre). Force est de constater que l'obsession du narrateur à vérifier les dires de monsieur Tiberi, sur l'occupation à Paris, son vieux maitre les ayant recueilli de ses compagnons de détention est toute modianesque. Et puis le café parisien où le narrateur fais l'apprentissage de la vie parisienne n'est pas sans rappeler celui du « Café de la jeunesse perdue » de Patrick Modiano.

C'est toujours avec plaisir que je retrouve de livre en livre chez Rinaldi ces constatations un peu amères sur la vie qui ne demandent qu'à devenir des aphorismes, à commencer par l'incipit particulièrement réussi cette fois: << J'ai eu bien des chances dans la vie, tant de chances même qu'elles me laissaient en propre que bien peu de mérites, mais s'il y en avait une que j'appréciais entre toutes c'était de ne pas avoir eu d'enfance...>>, ou comme celui-ci: << Et c'était encore une de mes chances que de n'avoir pas eu de ces amis d'enfance ou de jeunesse que l'on s'épuisait à trainer derrière soi; témoins gênants de l'inaccomplissement des rêves et des ambitions, qui vous confrontaient sans relâche à l'esquisse que vous aviez été, alors qu'eux-mêmes avaient tant changé et n'étaient plus que la caricature de ce qu'ils promettaient de devenir. >> (Dans ce court passage on peut mesurer avec quel soin le romancier choisit chaque mot pour obtenir une parfaite justesse de l'énoncé.), plus loin: << Je ne m'attribuais cependant pas comme des vertus des vices que je n'avais eu ni l'occasion, ni le goût, ni le courage de pratiquer.>>, et encore: << On n'aidait jamais personne; ou les gens se sauvaient eux-mêmes, ou l'on se noyait avec eux.>>, et enfin, page 316: << Les individus n'étaient que ce qu'ils étaient dans les rapports que l'on avait avec eux, chacun de nous ne rencontrait pas la même personne sous le même nom.>>.

Rebondissons sur le mot courage et nous voyons qu'en 1987, Rinaldi est bien pusillanime au sujet de l'homosexualité qui est néanmoins très présente dans l'ouvrage. Refusant à son double d'endosser le goût des hommes et le dotant d'une sorte d'asexualité, il le prive ainsi d'une part de crédibilité. A moins qu'il ne s'agisse moins de pusillanimité que de la crainte pour Rinaldi d'être catalogué comme auteur gay, catégorie qui émergeait dans ces années 80 après les prix littéraires attribués à Tony Duvert et surtout à Yves Navarre.

On a un peu de mal à suivre tous les nombreux personnages (trop) qui traversent l'esprit du narrateur. Les roses de Pline est l'un des romans les plus épais de Rinaldi qui aurait du plus resserrer sa narration en se focalisant sur moins de personnages.

Cette fois, contrairement à ce qu'il le réussit souvent, Angelo Rinaldi n'est pas parvenu à fermer le chapelet de souvenirs de son narrateur, parvenant néanmoins à terminer son roman par une phrase qui invite à la méditation: << Les morts sont des enfants qui nous viennent à mesure que nous vieillissons.>>.

 

Pour retrouver Angelo Rinaldi sur le blog: Les souvenirs sont au comptoir d'Angelo RinaldiRésidence des étoiles d'Angelo Rinaldi,  Où finira le fleuve d'Angelo Rinaldi,  L'éducation de l'oubli d'Angelo RinaldiLes roses de Pline d'Angelo Rinaldi


Publié dans livre

Commenter cet article

xristophe 30/01/2014 23:33

Ismau : je ne trouve que ce soir, l'année prochaine, votre mail de décembre de l'an dernier. J'y vais moi aussi d'un "conseil" ! - Car tout s'explique de votre indifférence à Genette ou Richard si
c'est par ces "Chemins actuels de la critique" que vous les aperçûtes, jadis, de loin ! Je l'ai aussi, il est très bien ce pensum mais c'est un pensum scolaire, maigre et abstrait, tout à fait
dépourvu des roses du style (je dis bien style) du délicieux Jean-Pierre Richard (je dis bien délicieux - sensuel, voluptueux... j'ai bien parlé de roses, et non seulement par allusion au divin
Rinaldi)... Si m'en croyez, cueillez dès que possible, Madame, celles qui foisonnent, fleuronnent dans : soit "Littérature et Sensation", le premier livre de Richard et si vous vous intéressez plus
"au roman" (ici sont respirés avec génie les génies respectifs de Stendhal et Flaubert) qu'à la "poésie" car, alors, commencez par le "Poésie et Profondeur", son second livre, (les deux en poche,
point-poche - c'est donné...), de la façon la plus vibrante autant qu'intelligente (ce dernier mot, insuffisant, me semble d'un idiot, disons que c'est là pour la rime - quoique pauvre !) voué à
Verlaine, Nerval et Rimbaud... Pour conclure comme un journaliste je dirai que - "qui n'a pas connu, lu Jean-Pierre Richard, n'a pas connu, comme dirait le génial boiteux, le bonheur de lire de la
littérature au second degré"...

lesdiagonalesdutemps 31/01/2014 07:21



A propos de critiques et d'études littéraires je vais y aller moi aussi de mes petits conseils, tout d'abord il faut lire ou entendre Antoine Compagnon par exemple sur Proust (son roman
d'autofiction sur sa jeunesse (dont j'ai oublié le titre mon exemplaire n'est pas chez moi en ce moment). Toujours sur Proust le Proust-Cocteau de Claude Arnaud procure un beau plaisir de
lecture. Enfin il faut redécouvrir les ouvrages critiques de Maurice Bardèche (ses opinions politiques transparaissent peu dans ses livres sur la littérature) en particulier son Proust et son
Balzac. Ce dernier est un parfait guide de lecture.



ismau 27/12/2013 23:59

j'ai eu la chance de revenir à temps pour lire, relire, et déguster ces nourrissantes " tranches " avec un plaisir renouvelé .
Problématiques passionnantes, mais je reste moi aussi perplexe quant à la " littérature de second degré ". Dans ma bibliothèque, c'est tout un rayonnage qui ne me laisse que trop peu de
souvenirs ( mais preuve que j'ai bien essayé ) et je ne trouve Genette et JP Richard qu'en cherchant au fond d'un livre dont je ne me souviens justement absolument pas : «  les chemins actuels
de la critique », peut-être acheté à cause de la participation de Dominique Noguez qui était le pape du cinéma expérimental et de la littérature dans notre fac, avec Michel Zéraffa, et Isidore
Isou le grand lettriste .
Il faudrait peut-être réessayer ces lectures difficiles, par exemple Genette, en suivant le conseil de Xristophe, très persuasif . Mais Rinaldi me tente bien sûr davantage, et pourtant je n'ai
toujours pas eu le temps de lire le seul que je possède : Dernières nouvelles de la nuit .

lesdiagonalesdutemps 28/12/2013 10:30



Je vous déconseille de commencer Rinaldi par dernière nouvelles de la nuit. Dans ces derniers romans à lire néanmoins, il se pastiche un peu et l'on a parfois l'impression de lire du Raymond
Roussel, ce qui n'est pas mal non plus à petites doses. Je pense que le mieux c'est d'aborder Rinaldi par Les dames de France, Les roses de Pline ou La maison des Atlante ce n'est également
parfait pour commencer à entrer dans Rinaldi.



xristophe 26/12/2013 02:47

Je ne veux pas vous "embêter" ou charger votre blog d'"oiseuses" (un mot à vous) et mauvaises gloses de moi sur des sujets trop difficiles pour être "expédiés" en trois mots. Et puisque vous me
faites cette promesse... ! Genette écrit au Seuil (demandez bien la version poche) (enfin si vous voulez - cela fait des économies - aussi... de place !) Petits détails (car nos positions
respectives et respectables ne peuvent être précisées fondamentalement ici je crois et, après tout - chacun ses goûts...) : je parle de "tremplin" à propos non des "gloses", mais des œuvres glosées
: ainsi, Sarrazine de Balzac est un tremplin pour S/Z - qui, par sa perspective tout autre et par sa qualité n'est plus une glose de type "explication de texte", disons - très "asservie" - mais une
œuvre nouvelle, une création originale quoique basée sur Sarrazine ; un peu comme un thème populaire repris par Bach, Beethoven ou Stravinsky ("Elle avait une jambe de bois" dans Petrouchka...);
"basée" : d'ailleurs très peu ! : la parenté avec le génie de l'auteur n°2 est bien plus grande qu'avec l'œuvre prétexte. Tous les auteurs "utilisés" (je dirai) par Jean-Pierre Richard (un génie de
première grandeur et puis - "quel style"...) ressemblent à Jean-Pierre Richard au moins autant qu'à chaque auteur portraituré (et ressemblent, pourtant, à ces divers auteurs)(c'est très simple
c'est un peu comme pour la peinture - encore un peu "figurative"); son riche matériau "thématique" se reconnaît très bien de portrait en portrait (bien sûr toujours varié vu sa richesse).
Autre chose : deuxième degré c'est plus simple que ce que vous croyez ou semblez croire : cela veut dire : une œuvre (un artefact) à partir d'un autre artéfact. (Pas comme quand on dit, de façon
vague et automatisée : "il faut l'entendre au second degré"); c'est pour cela que dès que l'on change de langage : parler sur la peinture, écrire sur la musique... le simple changement de medium
oblige le locuteur à ce second degré (ceci souvent traité par Barthes : spécificité du langage parlé). Dès que vous écrivez un billet sur un peintre, vous êtes de facto au second degré. Maintenant,
si l'on écrit sur une œuvre littéraire - c'est, de ce point de vue, pareil - et différent : même medium, mais regard descriptif etc, différent. (Je suis trop rapide...) Il est parfaitement "licite"
(et tout aussi "premier", primitif, nécessaire, si vous voulez) d'écrire-parler sur l'œuvre littéraire qu'écrire etc sur l'oeuvre picturale, musicale, cinématographique...
Il y a juste une différence (de taille, d'ailleurs, je l'admets) c'est que "la vie" (première, primitive, sauvage ou plutôt disons non articulée, non pré-articulée)se trouve en principe derrière
les romans, poèmes, peintures etc. Alors que "derrière" l'œuvre de second degré... il y a déjà un artefact, qui est l'œuvre premier degré : d'où le réflexe de parler comme vous le faites (je n'ai
plus vos paroles sous les yeux - ah, internet...) de qqch de moins vif, de tiède, etc.
MAIS (ceci n'est pas rien c'est vrai) MAIS, pour Barthes par exemple (d'autres mais surtout lui) vous le savez, jamais nous ne sommes devant le réel, la "vie", c'est une illusion, car nous sommes
toujours devant un langage d'abord, un conditionnement, des catégories culturelles, etc. : aussi bien l'auteur du poème que l'auteur de la "glose" - et l'auteur de la glose le sait mieux en
général, mieux que l'autre qui est plus "naïf"...
(Mais vous allez découvrir un Genette sinon naïf (!) - du moins d'une délicieuse fraîcheur et souvent "adorable" de modestie vraie et d'inspiration vive devant "la vie"...)

lesdiagonalesdutemps 26/12/2013 07:38



Vous ne m'embétez pas du tout. J'espère en outre que vous me donnerez votre sentiment sur Les dames de France de Rinaldi, lorsque vous l'aurez terminé.


Je n'ai pas lu Sarrazine, ce qui est bien c'est que ma bibliothèque ne manquera pas de nourriture. Vous faites bien de m'indiquer l'édition du livre de genette en poche. Mon budget livre ne cesse
d'exploser et le volume des livres grignote de plus en plus mon espace vital...


Nous sommes toujours piégé par les mots. Je suis entièrement d'accord avec vous en ce qui concerne le 2ème degrè lorsque'on change de medium mais je crois qu'il faudrait trouver un autre terme
pour ce phénomène mais ce matin je dois être un peu rouillé, je ne trouve pas une expression alternative. Ce que vous dites sur Barthes me parait très juste.



xristophe 25/12/2013 18:47

J'ai l'air de répondre après coup à vos questions, intercalées par chance et à la diable ; en fait, j'ai tout écrit d'un coup, avant que de lire vos réponses - et puis, j'ai tout perdu - sans doute
à cause de ma nervosité, ma peur de... perdre ! Comme j'ai une bonne mémoire, j'ai tout reconstitué - mais prudemment, en découpant : je regrette; je finirai par ne plus rien écrire, cet exercice
est fatiguant... Je déplore vos apriori anti second degré, les insultes soixante-huitardes (pardon !) contre les universitaires, quant aux auteurs que je vous ai cités (je croyais que vous aimiez
Barthes...), c'est tout à fait, tout à fait autre chose. Vous aussi vous faites du second degré, parlant des écrivains, peintres etc dont vous nous régalez ; et vous êtes très content de vos
"papiers". Le second degré vient très vite, immédiatement, dans la chose symbolique : dès qu'on dit un seul mot d'une musique entendue, on passe de l'autre côté, et c'est une ânerie ou une œuvre ce
qu'on dit ; S/Z vaut bien Sarrazine de Balzac, et mieux. C'est un tremplin pour créer autre chose. Nulle hiérarchie. Dieu sait si j'en ai rencontré des musiciens "compositeurs" qui regardaient du
haut de leur sottise et tout petit talent ceux qu'ils croyaient "de l'autre bord"; tu parles... Boulez est le plus grand compositeur, et c'est le plus grand des musicologues, de bcp. Vous êtes
sectaire ici d'une façon sommaire et partisane (partisan, mais de quoi ? du vieux mythe romantique et populaire du génie pur ?) Je peux argumenter à fond, inattaquable. Pour l'instant svp faites
moi la grâce (un jour), en échange du bienfait réciproque Rinaldi (?!), de lire, en poche, le BARDADRAC de G Genette : depuis près de huit ans il est en effet et sans préavis devenu lui-même "la
matière de ses livres" - comme dit Montaigne - lui le plus abstrait des auteurs - et vous verrez qu'il laisse, de but en blanc, loin derrière lui et en tous genres bien des auteurs "premier
degré"... En plus c'est un "savant" comme vous, et dans tous les domaines - et notamment les arts plastiques modernes. Et puis l'humour (désenchanté ?)qui est le sien : il est un prince - mais ça,
nous le savions : soit qu'il présente un trope choisi de Marcel Proust, ou qu'il raconte la mort de sa maman ou ses amours, et d'étonnantes et baroques excentricités, l'humour chez Genette est de
la même veine exquise. Bonne lecture !

lesdiagonalesdutemps 25/12/2013 22:09



C'est promis je vais suivre votre conseil de lecture pourriez vous me donner l'éditeur. Ce que j'aime chez Barthes si je puis dire dire c'est lorsqu'il écrit premier degré comme dans Mithologie
ou L'empire des signes. Je m'explique lorsqu'il s'appuie sur du trivial pour en faire de la pensée et non l'inverse. Je trouve que depuis bien trop longtemps on regarde faire au lieu de faire et
que l'éxégèse a remplacé l'oeuvre. Et je ne suis pas sûr que toutes lesgloses des années 60 à 80 aient été des tremplinss. Où alors les sauteurs ne sont pas allé bien loin, pas jusqu'à moi. Le
génie pur, je ne sais pas très bien ce que c'est, en revanche j'ai rencontré des chef d'oeuvre. Je crois que nous serions d'accord pour dire qu'il y a souvent une grande distorsion entre le
créateur est ce qu'il produit d'où souvent mon peu d'empressement pour rencontrer les artistes. Je ne crois pas faire du second degré dans mes petits billets qui se contente de présenter les
artiste, souvent je donne pas mon avis. J'aime assez peu de chose malgrè mon ecclectisme mais je trouve que de nombreuses tentatives sont intéressantes et méritent d'être connues même si la
réussite n'est pas complète. Il m'arrive en effet de faire du second degré comme pour l'exposition Vallotton parce que le regard du peintre est en tel décalage avec ce que l'on ressent devant
certaines de ses toiles que l'on ne peut pas faire semblant de ne pas s'en apercevoir. Et pis dans tous ces gens du deuxième degré qui sont pour moi un peu ceux du deuxième rayon il y un manque
essentiel c'est l'émotion dont certes je me méfie mais dont l'absence ne peut déboucher que sur une froideur qui n'est souvent que le masque de l'intelligence.


Je ne comprend pas vos problèmes d'écriture de commentaire, mais il esr vrai que je ne peux pas voir mon blog de l'extérieur, j'espère que cette curieuse difficulté d'écriture ne nous privera pas
de vos sagace commentaires.



xristophe 25/12/2013 15:30

Je conclus, j'en termine avec ces tranches de saucisson en guise de toasts de Noël ("Joyeux!..."). Si vous lisez un peu moins vite le début de mon mail d'hier, vous y verrai que le premier livre
que j'ai lu (que je lis) du génial Angelo est bien celui que vous me conseillâtes déjà avec passion : "Les dames de France"... Touché que vous suiviez mes progrès de si près en la découverte des
grands auteurs, je vous dirai que vous m'avez par votre billet appâté aux "Roses de Pline", qui sera le deuxième ! (mais j'ai le temps : en plus de lire peu de romans je les savoure, je mets le
temps et c'est comme les BD : je mets un point d'honneur à ne pas dévorer comme un ado gavé, une page me fait une heure... bon, à peu près...) (je traite tout ça comme de la poésie - qui est une
autre de mes dilections, avec la littérature au second degré...) Ces "Roses" (en plus de la belle couverture folio) me rappellent le "thème" de la rose chez Rinaldi - un coin de page exquis et
grave (p.89-91) : "Allons, je crois que j'ai bel et bien été cet enfant qu'une fleur apaise, et qui ne pourra faire qu'il ne s'en souvienne jusqu'à sa mort". Voilà en moi le critique thématique -
sorte de policier ou de Sherlock Holmes - alerté !

lesdiagonalesdutemps 25/12/2013 15:49



Pour l'enfant à la rose je conseille la sublime B.D. (que vous avez bien raison de consommer avec lenteur) Giacomo Foscari, entre Hadrien et sakura entre la rome antique et le Tokyo d'hier,
billet à suivre. De Rinaldi La maison des atlantes est très bien également mais on peu tout lire, il me semble qu'il est toutefois bon de suivre l'ordre chronologique des parutions.



xristophe 25/12/2013 15:03

Et puis, quand il s'agit de Barthes ou de Genette, ou de Jean-Pierre Richard ou de Georges Poulet, ou de Starobinsky... ou du Bachelard moins philosophe/épistémologue des sciences dures (Einstein)
- que promoteur génial de la fabuleuse "critique thématique" (ma préférée)... alors, nous avons affaire là à des auteurs au plein sens de ce mot, quelquefois des poètes - en même temps. (C'est un
cas de conscience, pour moi, premier degré contre deuxième, dans la littérature !)

lesdiagonalesdutemps 25/12/2013 15:44



non vous vous trompez les auteur sont des créateurs d'univers et vous ne citez que des critiques des éxégètes. Je donne toutes les oeuvres des gens que vous citez pour le comte de Monte Cristo de
Dumas. Cette prolifération de l'épistémologie a chatré depuis 1945 les lettres françaises. Les romanciers anglo-saxons ont échappé au grand sécateur du structuralisme...


Vous ne m'avez toujours pas dit quel roman de Rinaldi vous lisez.



xristophe 25/12/2013 14:49

... Avec accompagnement de "teintures" plus hard, indispensables et passionnantes : linguistiques et sémiologies diverses (littérature, image, musique...) Du coup, hélas plus beaucoup de temps pour
le roman et surtout contemporain ; mais non croyez-le par mépris - du genre ou des auteurs. (Même, je ne suis pas sûr comme vous qu'il y ait peu de grands auteurs "en France"; j'espère que ça n'est
pas rien qu'un tic de langage, ou une posture qui serait indigne de vous par sa banalité péri-adolescente ; mais je m'incline bien obligé devant votre savoir en cette matière, puisque moi je ne les
connais que très peu, ces auteurs)

lesdiagonalesdutemps 25/12/2013 15:38



Voilà des année que j'hante les librairie aux première semaines de septembre pour débusquer l'oiseau rare de la sempiternelle rentrée littéraire. Il faut que je précise que ma mère était des
métiers du livre et que j'ai pu être des premiers vernissages du salon du livre et de quelques raouts de la rue Sébastien Bottin, je ne sais même plus comment cela ça s'écrit déjà que mon
orthographe flagelle, mais après les bombances de noel c'est la débacle, enfin cela n'a aucune importance puisque maintenant c'est la rue Gaston Gallimard! Or donc au fil des années la récolte
est de plus en plus maigre. Je ne trouve plus mon salut aujourd'hui que dans les traductions d'où certains billets à suivre... Mais vous qui n'avez que peu arpenté la production littéraire
contemporaine française du cru, vous avez néanmoins de belles heures de lecture en perspective. Lisez François Rivière et Claude Arnaud...  



xristophe 25/12/2013 14:35

Je vous reconnais bien comme magister - à la fois généreux et sévère, même un peu méprisant ses ouailles, fidèles ou pas ! : "Comment peut-on ne pas connaître Rinaldi !" C'est que... (juste un
minimum de présentation, dont, narcissique comme tout le monde, même plus hélas-pour-moi, je n'abuserai pas)... c'est que : je ne lis que peu de romans - dirai-je de "littérature au premier degré"
- puisqu' (inventé par Barthes, je crois) existe le concept trop global mais nécessaire de "littérature au second (degré)". C'est-dire : la littérature critique ; surtout pas de genre
journalistique (mais il y a là aussi des talents - Rinaldi sans doute?), certains disent "scientifique", très peu pour moi, je me contenterai de "rigoureux", approfondi, avec des méthodes et des
positions "épistémologiques" (formaliste VS thématique par exemple - psychanalytique, marxiste etc). J'ai tant aimé cela que même mon "parcours musicologique" en fut tout imprégné. (Suite plus bas
!)

lesdiagonalesdutemps 25/12/2013 15:28



Je pense que c'est la grande différence qui existe entre un béotien comme moi, néanmoins revendiquant ses quartiers de noblesse, considérant qu'il n'y a pas de second degré sinon pour la plèbe
sorbonarde incapable d'inventions d'aventures et de gestes gratuits confite dans la dévotion et l'exégèse. C'est pour cela que j'aime tant l'attitude des hussard et leurs manifestes pour une
littérature désangagée fuyant les oukases sartriennes. Par tradition je n'aime pas le second degré d'où ma détestation du prétendu esprit Canal +, même si comme minuscule esthète vaniteux le
post-modernisme tilille mon égo permettant de me faire reluire à peu de frais...


Le roman pour quelqu'un que tout écrit théorique ennuie assez vite m'a toujours le meilleur et le plus agréable moyen de se reconnaitre, de connaitre et d'avoir une couleur du monde. 


 


P.S. pourquoi des commentaires à épisodes, ce qui néanmoins ne manque pas de charme. 



xristophe 25/12/2013 02:49

Je vous dois la "découverte" d'Angelo ! dont vous m'aviez, véhémentement presque, conseillé la lecture des "Dames de France"... Je l'achetai, confiant, et, en effet, me voici "converti" (si je puis
dire car je ne le connaissais nullement, sauf vu m'agaçant chez Pivot, il y a longtemps) à un génie quasiment enivrant, euphorisant pour moi et stupéfiant - au sens "drogue" de ce mot; vous me
trouverez "formaliste" (au sens, disons, Genette) dans ma lecture mais ce qui tout d'abord m'enivre c'est son usage, sans nulle modération (mais quelle maîtrise !) du "procédé" des clausules à
rallonge faites avec des prédicats conquérants, hyper baroques, qui nous emmènent toujours ailleurs, toujours plus loin dans la confidence et le perfectionnement de l'analyse... (et tellement plus
grisants que les pauvres "images" surréalistes, si stéréotypées et fades et dont un Breton faisait tant de cas à vide) Je reviendrai sur Rinaldi et son style, je lis toujours très doucement j'en
suis au tiers du livre et me voici en plus bien sûr avec de l'amitié pour cet auteur si riche et si ardent que fidèle à mes puériles habitudes, éperdument aussitôt je me mis bien sûr à admirer et
vénérer comme ça n'est pas permis... (pourquoi?)

lesdiagonalesdutemps 25/12/2013 08:03



Le but du blog, tout au moins un des buts est le partage, ce qui peut paraitre un peu curieux pour qui, pendant des années, a fait quasi profession d'anticommunisme. Je suis donc très satisfait
 de vous avoir fait découvrir Rinaldi. En même temps je m'alarme un peu qu'il faille mon modeste blog pour faire découvrir un écrivain de cette envergure alors que la France en a si peu...
Sa profession de critique a été très dommageable à sa notoriété d'écrivain (je me demande si ce n'est pas la même chose pour Claude Michel Cluny que je vous recommande chaudement.). J'aimerais
bien savoir par quel roman avez vous commencé l'exploration de Rinaldi. Je conseillerais "Les dames de France" qui me parait être son chef d'oeuvre. Il faut tout lire chez Rinaldi, mais comme
pour Modiano, je déconseille de passer d'unroman à un autre sans respiration car ils ont tous une nette parenté. Si vous pouvez lisez ses romans par ordre de parution en commençant par les plus
anciens. Dans les derniers il a tendance à ce pasticher et cela tend vers du Raymond Roussel, ce qui est intéressant pour un formaliste , si je vous crois, tel que vous. Puisque vous me parlez de
Genette, cela fait un certain temps que je n'avais pas pensé à ce monsieur, connaissez vous les textes o combien formaliste de Renaud Camus (je ne parle pas de son journal ni de ses roman, on
peut éviter ces derniers).