Les plages d’Agnès d'Agnes Varda

Publié le par lesdiagonalesdutemps

Les Plages d'Agnès

Les palmarès désignant le meilleurs films de l’année fleurissent un peu partout. La plus belle toile de ces douze derniers mois n’est pas bien loin il suffit, il en est encore temps, de se promener sur “Les plages d’Agnes”.
C’est toujours un peu intimidant d’écrire sur un chef d’oeuvre. Dans “Les plage d’Agnès”, Agnès Varda raconte sa vie en se mettant elle même en scène. Elle présente elle même sa posture ainsi: << Je joue le rôle  d’une petite vieille rondouillarde et bavarde...>>. Oh pas n’importe quelle vie, une vie d’artiste et une vie d’artiste bien remplie. Un peu comme le ferait une grand mère  à ses petits-enfants, un soir d’été, sur une de ses plages où elle a aimé, simplement, par ordre chronologique. Des plages de Belgique à celles du coté de Sète ou d’autres plus lointaines,  de Californie ou plus Atlantiques  de Noirmoutier. Il n’y a pas de gloriole, juste le désire d’être le plus près de sa vérité, << Bien sûr j’ai pensé à mes petits-enfants et aux jeunes qui m’ont découverte dans “Les glaneuses”. Est-ce qu’ils savent comment ça se déroule une vie de cinéaste?.. Ce n’est pas un projet prétentieux, juste le comportement de beaucoup de vieux qui racontent leurs souvenir...>>. Elle réussit se tour de force de transformer cette entreprise immodeste en un chef d’oeuvre de pudeur.
Les Plages d'Agnès - Agnès Varda
 
Il faut dire q’elle en a rencontré du beau monde à commencer par Jean Vilar, un ami de voisins de Sète où fuyant Bruxelles et la guerre les chemins de l’exode y avaient conduits toute la famille de la jeune Agnès. C’est le créateur du festival d’Avignon qui lui a mis le pied à l’étrier en faisant d’elle, toute jeune et peu expérimentée, la photographe du dit festival. Tout est parti de là. Dans la cour carré du Palais des papes elle photographiera Gérard Philippe, Maria Casares et le jeune Philippe Noiret qui sera la vedette du premier film d’Agnes Varda, “La pointe courte” du nom d’un quartier de Séte.
Plus inattendu, lorsqu’elle suit Demy à Los-Angeles, elle fait passer un bout d’essai à Harisson Ford pour un film qui ne se fera pas et elle se lie d’amitié avec Jim Morisson...
Les Plages d'Agnès - Agnès Varda
Sa curiosité que j’imagine à la fois pugnace et gentille l’a fait rencontrer Cocteau, la belle ouverture avec les miroirs sur la plage est sans doute un hommage à l’oiseleur, et aussi Calder qu’elle photographie dans sa cour de la rue Daguerre. Le film est parsemé de référence aux arts plastiques. On reconnais par exemple un tableau de Magritte. On y voit également des allusions à Brasai, à Bunuel. En fait elle fait semblant de parler d’elle même pour mieux parler des autres. A ce sujet la séquence la plus significative est celle dans la maison de son enfance. Elle y découvre un collectionneur de trains miniatures s’intéressant à ce que lui raconte cet homme elle en oublie de traquer les traces de ses jeunes années.
Les Plages d'Agnès

Presque tout le film est comme sous le regard de Demy, qui est là dans une sorte de contrechamp hors cadre, le grand absent, y passe aussi avec discrétion Piccoli, Jane Birkin, Chris Marker, Jean-Luc Godard 
Le cinéma d’Agnès Varda avec son coté collage adhère parfaitement au projet. Ce n’est jamais lisse une vie, il y a des aller et retour des hauts, des bas,s des deuils des joies, un patchwork de faits grands et petits publics et intimes qui, mis tous ensemble, font une existence.
On y pleure souvent quand l’émotion vous submerge, on y rit parfois des incongruités et des clowneries du guide, par exemple Agnès Varda est irrésistible déguisée en pomme de terre, c’est un Cueco en trois dimensions, on s’y émerveille toujours.
Il y a quelques temps dans un petit précis de la critique que j’aurais aimé à la fois plus modeste et plus ramassé je fustigeais les films qui ne comptaient que sur l’émotion qu’ils produisaient chez leurs spectateurs. Il n’en rien ici c’est d’abord à notre intelligence que s’adresse la cinéaste mais de cette profonde réflexion sur l’art et le temps nait l’émotion.
Les Plages d'Agnès - Agnès Varda (à gauche)

Dans cette année cinématographique que j'ai trouvée à l'unisson de l'actualité morose, “Les plages d'Agnès Varda” est pour moi de loin le film de l'année. j'y ai ri et pleuré. Elle y parle merveilleusement de la vie, de la sienne et comme chacun devrait le savoir, lorsque l’on a du talent, comme c’est le cas ici, c’est en parlant de la particularité que l’on devient universel. Et donc elle nous parle de notre vie, de chaque vie, tant elle a été, et est disponible au temps et aux autres, sans pour cela dévier d'une ligne intransigeante qu'elle seule connaît.
Comme j'ai passé une grande partie de ma vie sur des plages, je suis un peu jaloux de la belle formule que la cinéaste a trouvée et que je pourrais faire mienne, << Moi si on m’ouvrait, on trouverait des plages.>>. Le film m'a ainsi rappelé quelques souvenirs puisque avec Agnès Varda, à défaut d'avoir le talent, j'ai en commun quelques plages comme Noirmoutier, Ostende et surtout Venice en Californie.
Dans cet apparent tohu bohu cinématographique, en fait parfaitement pensé et qui est une grande leçon de montage, s’Il y a peut être quelques plans de pas complètement réussis , il y en surtout d' époustouflants comme celui des trapézistes face à la mer. Séquence extrêmement difficiles à régler et surtout à éclairer. Il y a comme cela dans ce film quelques prouesses techniques, presque en contrebande, qu'il est bon de saluer. Il ne faut surtout pas rater ces plages que je vais aller revoir une deuxième fois.

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